1. OUVERTURE -Drame, sueur et nostalgie
Depuis que Maxence n’est plus là, le monde sent le linge humide et la cire fondue. Chaque matin, je me réveille dans ce lit trop grand, trop vide, trop chargé d’odeurs de son corps disparu et de mon désespoir humide, et je sens son parfum - Océan de Tendresse -imprégner mes draps comme une pluie tiède sur ma peau glacée, et je pleure, je tremble, je suffoque, je suffoque à nouveau parce qu’il n’est plus là et que la vie, évidemment, doit continuer… mais comment ?
Je me rappelle encore de notre dernier été. Nous étions sur ce pont de bois, sous une pluie battante, trempés jusqu’aux os, et il riait, riait de ce rire qui me faisait frissonner désespérément, tendrement, passionnément, maladroitement, et j’aimais ça, je l’aimais plus que tout, plus que moi, plus que la pluie, plus que les oiseaux mouillés qui hurlaient dans le vent. Il tenait ma main, ma main collante de sueur et de peur et de bonheur, et je croyais que rien ne pourrait jamais nous séparer…
Puis l’accident.
La pluie tombait comme des millions de clous brûlants, et ce camion énorme, monstrueux, absurde, est arrivé trop vite, trop fort, et il a broyé notre bonheur, notre rire, mes doigts et mon cœur en un seul et même fracas silencieux mais trop bruyant pour que je puisse le supporter. L’airbag s’est déclenché, m’écrasant les mains sur son torse, et je voyais ses yeux clairs se voiler, ses lèvres trembler, et le sang chaud et métallique se mêler à la pluie et à mes larmes et à ce parfum tiède et presque comestible de sa peau… et je criais, je criais son nom, je criais tellement que le monde entier aurait dû m’entendre, mais il n’y avait que moi et le camion et la pluie et le fracas et le vide humide et la cire fondue de nos souvenirs.
Depuis, chaque bruit de moteur me fait frissonner maladroitement, chaque klaxon me transperce passionnément, chaque respiration me rappelle qu’il n’est plus là, que je suis seule, seule, seule.
La vie devait continuer… mais comment ?
2. L’ACHAT - Déclencheur organique et mystique
Trois mois plus tard, entre deux pots de Nutella et trois crises de larmes, j’ai compris que je devais rebrancher mon corps au monde, ou au moins reconnecter quelque chose qui vibrait, qui respirait, qui sentait… qui existait.
C’est comme ça que je suis entrée dans “Les Mystères de Vénus”, boutique mi-ésotérique mi-lubrique, où les attrape-rêves pendaient au-dessus de sextoys recouverts de poussière et de quartz rose, et où l’encens brûlait comme un parfum trop sucré sur ma peau moite.
La vendeuse avait les cheveux violets et les yeux couleur d’univers, et elle m’a accueillie avec un sourire qui me faisait frissonner, trembler, pleurer, frissonner encore, et je savais que je devais acheter quelque chose.
-Vous cherchez quelque chose pour tourner la page ?
- Oui… ou pour qu’elle me tourne un peu, ai-je murmuré, passionnément, désespérément, maladroitement.
Sur une étagère, il brillait.
Un objet presque vivant, scintillant, humide, et il avait des courbes qui me rappelaient ses doigts, la texture de sa peau, le moelleux de ses lèvres, le souffle chaud sur ma nuque. Il vibrait doucement, comme un petit cœur mécanique, et je savais qu’il connaissait mes angoisses, mes souvenirs, mes désirs confus, ma sueur, mon odeur, ma peur et ma nostalgie moite.
- Il vous choisira, murmura la vendeuse.
- Je suis prête, répondis-je, passionnément, désespérément, maladroitement.
3. PREMIERS SIGNES - Paranormal moite
La première nuit, il a bougé. Tout seul.
Un frisson humide a parcouru mes bras. L’odeur de Maxence - sueur, gel douche, shampooing tiède - flottait dans la pièce. J’ai respiré profondément, étouffée par la nostalgie, et j’ai cru entendre son souffle sur ma nuque.
-Maxence ?
bzzz…
-C’est toi ?
bzz-bzzz…
Le petit objet vibrait de plus en plus fort, comme s’il riait avec moi et contre moi à la fois. Mon corps, encore tendre de solitude et de manque, réagissait maladroitement, passivement, passionnément. Chaque vibration m’envoyait un mélange étrange de frissons et de larmes, de souvenirs et d’excitation, de cire fondue et d’odeur moite. Je me suis accroupie au sol, les larmes coulant sur mes joues, mon nez humide respirant encore le parfum tiède de son corps disparu.
Je me parlais à voix haute, comme une folle, désespérément, maladroitement, passionnément :
-C’est impossible… et pourtant… c’est toi…
4. LA SCÈNE DE POTERIE REVISITÉE -Le cœur du désastre humide
J’ai mis Unchained Melody à fond, parce qu’on ne peut jamais être trop cliché quand on danse avec la nostalgie, la sueur et la cire fondue.
J’ai allumé toutes les bougies, jusqu’à ce que la pièce ressemble à un sauna gothique de fin du monde, et la cire coulait sur mes mains, se mélangeant à ma sueur, à mes larmes, à l’odeur moite de mon corps, et je sentais l’objet vibrer, presque humain, presque lui, presque Maxence…
J’ai pris l’objet dans mes mains, et là… ça a commencé.
Les vibrations s’infiltraient dans chaque fibre de ma peau, chaque pore, chaque pensée, comme si ses doigts fantomatiques guidaient mes gestes maladroits, comme si son souffle moite envahissait la pièce, comme si chaque souvenir de nos étreintes se mélangeait à l’humidité, aux odeurs de cire et de plastique, à la tension électrique de mon excitation et de ma nostalgie.
- Tu te souviens de notre première fois ?
bzzz…
-Personne ne te connaîtra jamais comme moi…
bzzz…
Je tremblais, je pleurais, je riais, je pleurais encore, je tremblais encore. Mes larmes se mêlaient à la cire fondue sur le canapé, mes mains glissaient sur le plastique humide, et chaque vibration me rappelait la chaleur, le souffle, la maladresse de ses gestes. Je sentais son corps, ou ce qu’il en restait, entre mes mains, et c’était à la fois réconfortant, répugnant, délicieux, dégoûtant, désespéré et moite.
Pendant un instant suspendu, j’ai cru toucher son âme. Ou peut-être mon propre fantasme humide et malodorant. Peu importe.
5. L’APRÈS - Transcendance humide et suintante
Quand tout s’est arrêté, la pièce s’est remplie d’une lumière douce, presque visqueuse. Un halo a entouré l’objet. J’ai cru entendre sa voix, faible, tremblante, moite :
- Merci… grâce à toi, je peux enfin partir en paix.
Je tremblais, mes larmes ruisselant encore, mêlées à la cire et à l’odeur persistante de son corps disparu. Un dernier frisson humide parcourut mon dos, et il disparut, laissant derrière lui l’odeur de nostalgie et de plastique tiède.
J’ai rangé l’objet dans sa boîte. Mais le couvercle a vibré une dernière fois. Juste un petit frisson humide. Comme un clin d’œil moite.
6. CHUTE - La cerise pourrie et shlingueuse
Depuis, j’ai retrouvé quelqu’un : Sébastien. Gentil, banal, sec. Il ne vibre pas. Il ne sent pas Maxence. Il ne pleure pas à mes côtés, ni ne tremble en entendant Unchained Melody.
Mais parfois, la nuit, je sens encore un petit frisson humide venant du tiroir.
Un rappel qu’il est là, dans le plastique, dans le silicone, dans le souvenir moite et irrépressible de ce que nous avons été.
Et je souris.
Parce que l’amour vrai… ne meurt jamais.
Il se recharge, il transpire, il shlingue, et il revient vibrer là où on ne l’attend pas.
LA ZONE -
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= commentaires =
Je me suis bien marré à la lecture de ce texte répondant à l'appel à textes Zone Parafoutrale. J'adore quand Lindsay S déconne dans ses écrits et s'adonne à la parodie. On se marre bien dans l'écriture de textes collectifs d'ailleurs ou elle se laisse emporter beaucoup plus loin dans les délires. Paradoxalement, ce qui m'a le plus fait marrer, en plus de l'exagération stylistique du new romance, c'est la retenue dont Lindsay S fait preuve pour nous parler de sexualité. C'est voulu, ça se voit, comme un contrepied à l'appel à textes, une sorte de niche, mais c'est dommage car au final je ne sais pas bien si l'objet en question était un sextoy ou bien juste une pierre à énergie vibratoire de chez Nature et Découverte. MAIS C4EST PROBABLEMENT PARCE QUE LINDSAY S N4EST PAS ENCORE UNE CAPSLOCKISTE PRATIQUANTE car une fois ce cap franchi c'est beaucoup plus facile de raconter des conneries.
Pfah la présentation aussi dans le genre dégoulinant...
Sympa à lire, difficile à critiquer, comme toute parodie, surtout d'un genre que je ne connais pour ainsi dire presque pas. Mais le peu que j'en connais me semble à la fois bien plus mielleux et bien moins pseudo-sérieux. Je confesse regarder actuellement "Vampire Diaries" (ça demande pas trop de concentration, et ça se laisse voir), c'est à peu près ma seule référence, biaisée par le trop vampire qui plus est : et en fait, je trouve que là avec le texte de Lindsay on est plus dans la caricature que la parodie, pour ce que j'en sais.
Mais ça marche aussi, et même surprenamment, caressament, attendrissament pas si mal.
Étrange de lire un texte romantique de Lindsay. Ça fait pas naturel mais c'est parce qu'elle nous a habitués à plus trash ou rentre-dedans.
Mais sortant de ces considérations de ressenti personnel quand au contexte et aux attentes que nous reste-t-il à nous mettre sous la dent.
Un remake de Ghost avec Patrick Swayze remplacé par un sextoy. C'est gnangnan, c'est marrant et c'est à peu près tout.
Les énumérations sont trop longues pour être supportables avec pour mention spéciale à: " et je criais, je criais son nom, (Aline?) je criais (...) et le fracas et le vide humide et la cire fondue de nos souvenirs (et la tête, alouette)." Interminable de pleurnicherie.
Et la répétition de "passionnément, désespérément, maladroitement" qui donne plus dans le gimmick que dans l'effet de style.
En fait j'ai l'impression que ce texte a le cul entre deux chaises : la caricature par mièvrerie de l'histoire et une vraie tentative d'histoire d'amour par la qualité de l'écriture.
Les deux n'arrivant pas à s'accorder ou s'entremêler il reste cette impression que Lindsay ne croit pas complètement à son texte.
Bref, ça reste distrayant malgré tout, loin d'être mauvais mais pas non plus une franche réussite de mon point de vue.
(Je viens de me rendre compte qu'on était dans le dossier parafoutrale ce qui pourrait expliquer pourquoi le texte semble être forcé par moments)
A part les leitmotivs thématiques qui reviennent comme une psalmodie lancinante et qui donnent son rythme au texte et participent grandement à son atmosphère... je ne sais quoi en penser où en dire. Heureusement, vous allez surement le faire mieux que moi !
D'accord avec toi A.P.
Je rajoute juste que le fameux "passionnément, désespérément, maladroitement" est une allusion à une célèbre chanson interprétée par Guy Marchand (et au thème et aux paroles de cette chanson), ce que j'ai bien aimé, sauf que le problème c'est que pendant la lecture, et depuis, j'ai cette chanson dans la tête...
J'ai pas encore mon nom au palmarès du pire 😔
yep.. funny.. mais certaines maladresses stylistiques alourdissent la pâte.. et diluent les effets..
"et il disparut, laissant derrière lui l'odeur de nostalgie et de plastique tiède".
ou alors..
"et il disparut, dans la nostalgie et le plastique tiède.." et tant pis pour le tarin et la reniflette..
"je me suis accroupie au sol".. yep.. au plafond c + difficile.. ce texte peut être bon.. mais doit passer à l'élagage.. aussi important que l'acte d'écrire.. pour une version d'Unchained Melody qui déchire.. mais ce n'est que mon petit avis..
@Korbua
Mais c'est fait exprès 🙃
Je m'entraîne pour le TDM
Ah oui mais non quoi ! D'une part ça se fait pas de revendiquer le worst of, même si c'est une bonne stratégie (puisque c'est vraiment laid justement de faire ça).
Et surtout, on a le droit de s'entraîner pour le TDM ???
Si j'avais su j'aurai pas pondu des chefs d'oeuvres.
Ha-ha
Bon sinon oui ça peut postuler au TDM mais pas au worst of a mon avis.
Il est très bien ton texte. Il mérite pas le Worst Of et le Worst Of ne le mérite pas.
Screugneugneu
oui grace à sa une prose d’une richesse sensorielle remarquable
qui excelle a capturer l'essence du deuil et la nature ontologique des vibromasseurs
L.S.&Lpc.. sorry.. mais j'ai pas les réf.. TDM.. Worst of.. ou off.. et bien d'autres.. mais je pense que c pas grave.. yep..
Korbua : TDM = texte de merde (et si je disparaît un jour au motif TDM ce sera pas a cause du texte de merde ultime mais ça voudra dire Tour Du Monde.
Worst of : rubrique au palmarès de laquelle tout zonard rêve de figurer. Regroupe les pires textes (mais pas forcément les TDM, la est toute la nuance). J'ai bon maître Lapinchien ?
yep.. merci Nino pour cet éclairage.. tu m'as appris qq chose..
Toutafé, si ce n'est que pour moi, avec le temps, le TDM est devenu un genre littéraire à part entière. Tout aussi plaisant à lire et drôle, si ce n'est plus, qu'un texte comique écrit sérieusement. Généralement les meilleurs TDM ne sont pas intentionnels mais à force de les fréquenter, ils ont déteint sur les plus anciens d'entre nous et on connait quelques grosses ficelles pour les imiter.
yep.. Lpc.. ok.. je comprends..
yep.. Lpc.. mais est-ce qu'un texte comique peut-il être écrit sérieusement?.. et au fond.. c quoi écrire "sérieusement" quand on parle de textes fictionnels?
La plupart des chroniques drôles dans la presse, à la radio, la télé et les média sociaux sont écrites très sérieusement avec application et discipline. Si on s’attelle à écrire un texte drôle, complètement déchirés au protoxyde d'azote, le résultat est pathétique. Par contre, on peut écrire très sérieusement un texte sérieux et obtenir, bien malgré, soit un texte super fendard. Ce sont les meilleurs des TDM à mon humble avis.
Je t'invite d'ailleurs à lire le texte de Le Duc, indéboulonnable numéro 1 du 'Worst Of', ad vitam aeternam, pour t'en rendre compte par toi même : https://www.lazone.org/articles/1047.html
gnagnagnagna
yep.. Lapinchien.. merci pour tes explications.. je viens de comprendre pourquoi la plupart des humoristes pro m'ennuient.. c pourquoi je les trouve tristes et chiants comme des cygnes en deuil.. cela dit tes commentaires arrachés me font bien plus marrer.. alors te retiens pas.. c cool..
une histoire presque vibrante, presque dramatique, presque passionnante, presque.
J'en connais pour qui presque c'est déjà trop
C'est pas si pire, et c'est bien ça le problème. Peut-être que le texte de Lindsay ne fonctionne pas car on voit que c'est une parodie. L'autrice veut conserver sa dignité dans la médiocrité. Or, il faut ramper dans la fange.
Enfin, pas facile comme exercice, faire de la merde authentique, j'en conviens puisque je viens d'envoyer mon TDM (le délai est dépassé mais j'espère que ce n'est pas trop grave, en tous cas, je me suis bien marré à le faire).
ça n'a aucune importance, les délais des appels à textes. C'est juste une obligation que j'ai par rapport au règlement publié sur textes à la pelle.
Ce sera mon défi pour 2026, faire un TDM qui tienne.
Oui je suis une freakcontrol, et impossible pour moi (pour le moment) de lâcher...
Mais c'est surement une question de pratique, le Herakles Navet m'inspire moyen, je vais réessayer !
Herakles Navet et l'hypersensibilité doublée d'une extrême misogynie passagère d'HaiKulysse ?
Pourquoi pas
Mais je crois que Lucio s'y est collé.
Texte satirique vibrant!
C'est équilibré et bien construit, ce qui témoigne d'une parfaite maîtrise.
Surtout, les formules sont originales. Quand on lit on sait que c'est Lindsay. C'est ça qui est bon