Pour le concours de la Saint-Con, j’ai décidé d’adopter une méthode rigoureuse. Il fallait bien cela. La question mérite un minimum de sérieux : qui est la personne la plus conne du monde ?
L’humanité produit chaque jour des candidats remarquables. Impossible de se fier à une intuition. J’ai donc établi un protocole. Grille d’évaluation. Indicateurs mesurables. Barème sur cent points. Un travail propre.
Premier critère : la simplification abusive. Toute réalité doit pouvoir tenir dans une phrase de dix mots, verbe inclus. Bonus si la phrase contient un coupable unique.
Deuxième critère : absence de nuance. Toute hésitation entraîne un malus. Les phrases commençant par “cela dépend” disqualifient immédiatement le candidat.
Troisième critère : certitude permanente. Le doute est suspect. L’exclamation est valorisée.
Quatrième critère, essentiel : succès public malgré incohérences manifestes. Contradictions, revirements, erreurs factuelles : aucun impact négatif sur la popularité. Au contraire, progression stable.
J’ai observé des figures publiques. Un responsable politique capable d’expliquer la géopolitique mondiale en trois métaphores culinaires. Un chroniqueur persuadé que la science avance trop vite depuis Galilée. Un entrepreneur qui résout la complexité sociale avec une application mobile. Une célébrité qui analyse l’économie internationale entre deux placements de produits.
Je note. J’additionne. Je compare.
Certains se distinguent par une maîtrise exceptionnelle du slogan. D’autres par une confiance qui traverse les tempêtes de preuves contraires. L’un d’eux cumule vingt-huit contradictions en un trimestre sans perdre un seul abonné. Performance remarquable.
Le classement provisoire place en tête les puissants. Ceux qui disposent d’un micro. Ceux qui occupent les plateaux. Ceux qui parlent plus fort que les faits.
L’hypothèse semble solide : la connerie prospère en altitude.
Je poursuis l’enquête avec application. Tableaux, graphiques, corrélations. Une constante apparaît : plus l’énoncé est simple, plus l’audience est large. Plus l’affirmation est péremptoire, plus l’adhésion est forte.
Le phénomène mérite une étude approfondie.
Il ne s’agit pas de juger. Il s’agit de mesurer.
Après tout, la Saint-Con exige de la précision.
Une hypothèse exige des vérifications. J’ai donc organisé une série d’expériences en milieu naturel. Aucun animal n’a été blessé. Seulement quelques neurones.
Premier cobaye : un politicien expérimenté. Costume sobre, sourire calibré, regard grave. Je lui propose trois versions d’un même discours sur un sujet délicat. Il accepte, ravi de contribuer à la science.
Version A : analyse complète. Causes multiples. Données chiffrées. Incertitudes admises. Les phrases dépassent quinze mots. Résultat : silence poli. Quelques toux. Une personne consulte son téléphone. Applaudissements légers, principalement par courtoisie.
Version B : discours simplifié. Un problème. Deux solutions. Trois ennemis identifiables. Ton ferme. Résultat : applaudissements nets. Hochements de tête. Reprises de slogans en sortie de salle.
Version C : discours simpliste et factuellement douteux. Une cause unique. Une solution miracle. Promesse immédiate. L’orateur hausse la voix et réduit le monde à une équation de cour d’école. Résultat : ovation. Public debout. Hashtags spontanés. Interview à la sortie.
Le politicien me demande la version C pour ses prochaines interventions. Il évoque l’efficacité. Je note : adaptation rapide au stimulus.
Deuxième expérience : un influenceur spécialisé dans l’actualité brûlante. Je lui fournis un dossier complet, cent pages, sources vérifiées. Il produit une vidéo de quinze minutes, structurée, argumentée, pédagogique. Résultat : trois partages. Un commentaire. Sa tante.
Nous testons ensuite une phrase choc. Huit mots. Ton indigné. Regard fixe. Résultat : deux cent mille vues en quarante-huit heures. Partages en cascade. Invitations sur des plateaux. Sponsoring en approche.
L’influenceur examine les chiffres. Il supprime la vidéo détaillée. Il conserve la phrase choc. Il parle d’optimisation.
Troisième expérience : un éditorialiste réputé pour son sérieux. Je lui suggère d’exprimer un doute en direct. Il le fait. Il dit qu’il lui manque des éléments. Il admet la complexité. Résultat : baisse d’audience. Messages irrités. On lui reproche son manque de clarté.
Le lendemain, il revient avec une certitude flamboyante. Il tranche. Il accuse. Il simplifie. Résultat : viralité. Extraits découpés, partagés, commentés. Le doute a disparu. L’audience revient.
Je compile les données.
Dans chaque cas, la version la plus fragile sur le plan intellectuel obtient les meilleurs résultats mesurables : vues, partages, applaudissements, invitations.
La “bêtise” affiche une performance remarquable. Elle attire l’attention. Elle rassure. Elle mobilise.
Je précise que mes sujets d’étude ne sont pas des caricatures. Ils observent les réactions. Ils ajustent leur discours. Ils testent les limites. Ils suppriment ce qui échoue. Ils amplifient ce qui fonctionne.
L’adaptation s’opère en quelques cycles. La complexité recule. La nuance s’évapore. La certitude s’impose.
Je trace une courbe. Elle est claire. Plus l’énoncé est simple, plus la récompense est élevée. Plus l’affirmation est tranchée, plus l’engagement progresse.
La bêtise performe.
Reste une question méthodologique.
Une performance suppose un public.
Qui valide ? Qui récompense ? Qui transforme une approximation en succès massif ?
Mes graphiques indiquent des millions d’interactions. Des foules réactives. Des clics enthousiastes. Des applaudissements nourris.
La bêtise obtient des résultats impressionnants.
Mais elle ne s’auto-applaudit pas.
Elle reçoit.
Je poursuis l’enquête.
À ce stade de l’étude, une conclusion provisoire s’imposait : les figures publiques excellent dans l’art de l’adaptation. Elles ne persistent jamais longtemps dans une formule inefficace. Elles testent. Elles ajustent. Elles calibrent. Elles observent les réactions avec une précision admirable.
Un mot provoque un pic d’audience ? Il sera répété.
Une nuance entraîne une chute ? Elle disparaît.
Une indignation déclenche une vague ? Elle devient ligne éditoriale.
Je les imaginais orgueilleuses, enfermées dans leur propre certitude. Erreur méthodologique. Elles se montrent d’une grande souplesse. Elles parlent. Elles scrutent les chiffres. Elles corrigent. Elles recommencent.
On n’enseigne pas la bêtise. On la détecte.
La formule m’est venue en examinant les courbes. Chaque prise de parole ressemble à un sondage grandeur nature. Chaque plateau télé devient laboratoire. Chaque publication en ligne agit comme un capteur.
Un responsable politique tente une explication détaillée. Le public décroche. Il raccourcit. Le public reste. Il simplifie davantage. Le public applaudit. Il conclut.
Un influenceur effleure un sujet technique. Les vues stagnent. Il transforme l’analyse en accusation générale. Les vues explosent. Il prend note.
Un éditorialiste exprime une hésitation. Les messages s’agacent. Il tranche la semaine suivante. Les partages affluent.
Ils ne parlent pas pour convaincre. Ils parlent pour mesurer.
Le soupçon glisse lentement. Jusqu’ici, je traquais un individu exceptionnel, un champion toutes catégories de la connerie publique. Je surveillais les micros, les tribunes, les studios. J’accumulais des noms en tête de classement.
Or mes tableaux indiquent autre chose. Les discours évoluent en fonction d’un signal extérieur. Ce signal ne vient pas des faits. Il provient des réactions.
Les puissants ne créent pas seuls le phénomène. Ils l’optimisent.
Chaque phrase agit comme une sonde envoyée dans la foule. Si la sonde rencontre de la résistance, elle disparaît. Si elle traverse sans obstacle, elle devient doctrine.
Je consulte mes notes. Les mêmes personnalités qui semblent caricaturales à un moment donné ont parfois tenté la complexité. Elles l’ont abandonnée faute de rendement.
Le mot rendement apparaît souvent dans leurs entretiens. Rendement électoral. Rendement médiatique. Rendement d’engagement.
La bêtise, dans ce cadre, ressemble moins à une déficience qu’à un produit bien positionné.
Un produit adapté à la demande.
Je relis mes critères : simplification abusive, absence de nuance, certitude permanente, succès malgré incohérences. Tous ces indicateurs dépendent d’une validation extérieure.
Sans applaudissements, la simplification retombe.
Sans partages, la phrase choc se dissout.
Sans audience, la certitude n’a pas d’écho.
Je commence à regarder ailleurs. Vers la salle. Vers les écrans. Vers ces milliers de regards qui récompensent, sanctionnent, amplifient.
Le classement provisoire des puissants vacille.
La question initiale demeure.
Qui est la personne la plus conne du monde ?
Je déplace légèrement le curseur de mon enquête.
Et la salle entre dans le champ d’étude.
L’enquête prend une direction inattendue. Une hypothèse s’impose, froide, presque désagréable.
Et si la personne la plus conne du monde n’était pas celle qui parle…
mais celle qui récompense ?
Je reformule la question en termes statistiques. Un discours simpliste obtient un fort taux d’engagement. Un discours nuancé enregistre une érosion rapide de l’attention. Les données sont stables. Les variations restent marginales.
Le public réclame la simplification. Les formats longs déclinent. Les explications détaillées suscitent l’impatience. Les phrases courtes dominent. Les réponses binaires rassurent.
Le public sanctionne la complexité. Les analyses prudentes sont qualifiées de floues. Les incertitudes sont interprétées comme une faiblesse. L’hésitation devient suspecte. L’ambivalence dérange.
Le public préfère l’émotion à l’exactitude. Une affirmation approximative mais vibrante circule plus vite qu’un rapport sourcé. Une indignation bien formulée dépasse une démonstration méthodique. Les chiffres n’ont aucune chance face à une colère bien placée.
Le public consomme l’indignation comme divertissement. Les polémiques rythment les journées. Les scandales se succèdent avec une régularité confortable. Chaque nouvelle flambée efface la précédente. L’attention se déplace sans regret.
Je précise qu’il ne s’agit pas d’un jugement moral. Il s’agit d’une observation. Les graphiques ne contiennent aucune insulte. Ils décrivent des comportements agrégés. Des millions d’actions minuscules composent une tendance massive.
Un clic valide un propos. Un partage amplifie une approximation. Un applaudissement transforme une exagération en succès public.
La responsabilité se diffuse. Elle ne porte pas de nom. Elle se répartit.
Les figures médiatiques ajustent leur discours à cette demande. Elles suppriment ce qui ralentit. Elles renforcent ce qui excite. Elles apprennent vite.
L’hypothèse devient difficile à ignorer : la performance de la bêtise dépend d’un marché réceptif.
Sans demande, aucune offre ne prospère.
Je relis ma question initiale. Qui mérite la première place du classement ?
Celui qui parle fort ?
Ou celui qui récompense ce volume ?
Le soupçon ne vise plus les tribunes. Il s’oriente vers la salle. Vers les écrans lumineux. Vers les doigts qui cliquent avec enthousiasme.
L’étude avance.
Et le champ d’observation s’élargit considérablement.
Une hypothèse sérieuse mérite un test décisif. J’ai donc décidé de quitter le rôle d’observateur pour devenir cobaye. Rien de spectaculaire. Un simple article publié en ligne. Sujet neutre. Données vérifiées. Sources accessibles.
Version 1 : texte nuancé.
J’expose les faits. Je détaille les causes. J’admets les zones d’incertitude. Je distingue les responsabilités. Les phrases respirent. Les conclusions restent prudentes.
Résultat après quarante-huit heures : cent vingt-sept vues. Deux commentaires. L’un corrige une virgule. L’autre demande un résumé.
Je note les chiffres. Je remercie les lecteurs. Je passe à la phase suivante.
Version 2 : texte outrancier.
Même sujet. Cette fois, j’affirme. Je désigne un responsable unique. J’élimine les nuances. Je raccourcis les phrases. J’ajoute quelques formules définitives. Le ton monte d’un cran. La complexité disparaît.
Résultat : vingt-cinq mille vues. Trois cents partages. Invitations à débattre. Messages de soutien passionnés. Messages d’indignation tout aussi passionnés. L’algorithme me découvre un talent.
Je prends note. La courbe grimpe avec une élégance remarquable.
Il me reste une étape.
Version 3 : texte volontairement stupide.
Je rassemble tous les ingrédients observés. Slogans courts. Mots en majuscules. Exclamations stratégiques. Je mélange des statistiques sans lien. J’affirme qu’un problème mondial possède une cause unique et qu’une solution simple existe. J’énonce deux propositions contradictoires dans le même paragraphe. J’accuse tout le monde et son contraire. J’utilise des évidences creuses. “Il faut agir.” “Les gens savent.” “On nous ment.” J’ajoute une certitude agressive à chaque ligne.
Je supprime toute référence. Je remplace l’analyse par l’indignation. Je termine par une phrase qui promet un avenir radieux si l’on me suit.
Publication.
Les notifications s’emballent. Les partages se multiplient. Les commentaires affluent. Certains approuvent avec ferveur. D’autres s’indignent avec la même énergie. Peu importent les arguments. L’engagement explose.
Des inconnus me remercient d’avoir “dit la vérité”. D’autres me traitent d’irresponsable. Les deux camps contribuent à la diffusion. Les chiffres montent. Les plateformes recommandent. On me demande d’expliquer ma position dans un format plus court.
Je consulte mes statistiques. La version la plus fragile sur le plan intellectuel obtient les meilleurs résultats. La version la plus absurde surpasse toutes les précédentes.
La démonstration se dessine avec une netteté inquiétante.
Le public récompense l’excès. Il amplifie la simplification. Il transforme l’outrance en performance mesurable.
Je relis mon propre texte stupide. Les contradictions sautent aux yeux. Les évidences sonnent creux. Les certitudes tiennent sur des slogans.
Rien n’entrave la progression des chiffres.
Je compare les trois versions côte à côte. La première exigeait un effort. La deuxième flattait une position. La troisième excitait une réaction.
Les réactions l’emportent.
L’expérience atteint son terme. Les données parlent avec une franchise admirable.
La bêtise performe.
Et elle ne performe pas seule.
L’enquête touche à sa fin. Les graphiques sont clairs. Les expériences reproductibles. Les résultats constants. J’avais commencé avec l’ambition de couronner un individu. Un champion absolu. Une figure spectaculaire, facile à désigner du doigt.
Le classement initial pointait vers les puissants. Les micros. Les tribunes. Les visages familiers des écrans.
Les données ont déplacé le centre de gravité.
La personne la plus conne du monde n’est pas une personne.
C’est une majorité.
Cette majorité ne possède pas de siège social. Elle ne porte pas de badge. Elle ne donne pas d’interview. Elle clique. Elle partage. Elle applaudit. Elle s’indigne. Elle récompense ce qui l’excite et ignore ce qui la ralentit.
Elle se compose de nous.
La formule peut paraître sévère. Elle reste statistique. Une addition de gestes minuscules produit une vague massive. Chaque réaction alimente le système. Chaque clic valide une stratégie. Les figures publiques adaptent leur discours à cette mécanique avec une rationalité exemplaire.
Il n’y a pas de complot. Il y a une offre et une demande. L’offre suit la demande.
Je n’ai pas trouvé un monstre isolé. J’ai identifié une dynamique collective. Une préférence marquée pour la simplicité tapageuse. Un appétit pour la certitude agressive. Une fatigue face à la complexité.
La Saint-Con célèbre un individu imaginaire. Mon enquête suggère une entité diffuse.
Si vous cherchez le coupable, fermez ce texte. L’écran deviendra un miroir.
Merci d’avoir participé à l’expérience.
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Ce texte a été posté par son auteur dans le cadre de la première consigne "Pour la Saint-Con, je brûle un con" et j'en ai un peu détourné l'intention de celui qui l'a écrit dans la critique.
si j'ai voulu voir dans ce texte une alerte sur la résurgence de l'extrême droite, c'est parce que c'est le cas dans la vraie vie, partout dans le monde et aux portes du pouvoir en France et les mécanismes décrits — la simplification outrancière, la désignation d'un coupable unique et le rejet de la nuance — constituent l'ADN historique des mouvements fascistes. En plaquant cette grille de lecture sur le récit, j'ai donné un nom et un visage au danger, transformant une satire sociale en un signal d'alarme politique nécessaire.
Pourtant, l'auteur ne semble pas avoir l'ambition de dénoncer un camp particulier, mais plutôt de disséquer une mécanique universelle qui transcende les idéologies. En réduisant son propos au péril néo-nazi, mon tort réside dans une forme de spécialisation du regard qui, paradoxalement, réintroduit une certaine binarité là où l'auteur nous invite à regarder notre propre reflet dans le miroir de la consommation médiatique globale.
Pour autant, cette interprétation initiale n'est pas dénuée de raison. Elle est même d'une pertinence frappante si l'on considère que le fascisme est, par essence, la traduction politique ultime de la "Version C" décrite dans l'expérience du texte. En affirmant que le succès de la bêtise dépend d'un marché réceptif, l'auteur valide indirectement l'idée que les idées les plus dangereuses ne progressent que parce que nous avons collectivement abdiqué face à l'effort de complexité. Si le public récompense systématiquement l'outrance et la certitude, alors les courants néo-nazis ou fascistes, qui sont les champions historiques de l'émotion brute contre l'exactitude factuelle, deviennent les produits les mieux adaptés à ce nouvel écosystème. In fine, quand même, on déroule le tapis rouge aux néo-nazis chaque fois que nous préférons un clic indigné à une lecture approfondie.
Mais j'aimerais revenir à l'intention première de l'auteur. La théorie exprimée dans ce texte rencontre des limites fondamentales qu'il convient de souligner. En postulant que la connerie est une entité diffuse portée par une majorité, le récit bascule dans un déterminisme cynique qui occulte la diversité des comportements humains. Cette vision suppose que l'audience est une masse monolithique, incapable de discernement ou de lassitude face au spectacle de l'outrance. Or, l'histoire et la sociologie montrent que les phases de simplification excessive sont souvent suivies de mouvements de recherche de vérité et de soif de profondeur. En affirmant que la bêtise ne s'auto-applaudit pas, l'auteur oublie que les plateformes sont conçues pour amplifier mécaniquement certains signaux au détriment d'autres. Enfin, si tout le monde est responsable, plus personne ne l'est vraiment : ce constat de connerie universelle est assez simpliste, nous faisant oublier que la nuance et la science, bien que moins virales, restent les seuls outils qui font concrètement fonctionner le monde réel au-delà des écrans. C'est aussi dire implicitement que toutes les conneries se valent et ce n'est absolument pas le cas. La connerie est hiérarchisée; La pire de toutes est la connerie fasciste, première sur le podium, à des millions d'années lumière du second.
La vache, c'est d'un chiant !
Passons sur le fait que ce texte ne respecte en rien les consignes, malgré les gesticulations désespérées de lapinchien pour tenter de faire entrer la forme carrée dans le trou rond.
Mais ça rabâche, on avance moins qu'on recule, et on a assez rapidement l'impression d'être pris soi-même pour un con tant les “démonstrations” sont ressassées, en se contentant d'intervertir A et B dans l'équation. Et ce rythme ternaire (parfois quaternaire, certes), c'est usant. Je m'emmerde moins en lisant le bottin.
Pourtant l'auteur sait écrire. Mettre l'humour qu'il faut, quand et comme il le faut. L'idée de base est plutôt originale, et son traitement a le mérite de ne pas se vouloir prétentieux.
Mais la vache, c'est d'un chiant !
Je vais de ce pas aller lire les autres textes de cet auteur dont on m'a vanté les mérites au demeurant.
Au pire, ça me donnera l'occasion de sucer un fantôme.
Sur le texte : très très chiant.
Le propos se mord la queue ; texte présenté comme une étude et revendiquant de plus l'exactitude, opposée à l'efficacité dans un contexte d'économie de l'attention, mais qui n'est pas une étude, n'en a que la forme et l'ambition, mais sans la solidité et l'étayage par des éléments factuels véritables. Ca reste une fiction ; mais dans une forme pénible. Au bout du compte, ça se retourne sur soi-même, parce que ça ne prouve rien ; ça ne prouve pas qu'un propos long, détaillé et ferme sur ses bases est moins "con", parce que ce texte n'a pas ces qualités ; et ça prouve au contraire qu'un texte moins solide mais qui prendrait acte du fait que toute communication passe par de la forme (que le canal est aussi important que le message) serait beaucoup plus efficace, en effet. Ca prête le flanc à la critique que ça porte soi-même : en prétendant à la solidité mais en n'en ayant pas, ça prend dans la gueule la critique de chiantise, et la critique de manque de solidité.
Les phrases courtes répétitives sont insupportables ; y a là une sorte de volonté lyrique mais manquée, voire quasi cérémonielle, d'un texte qui se propulse lui-même, qui se relance à chaque point, et qui a besoin de points proches pour ne pas s'effondrer.
On va d'affirmations péremptoires en affirmations péremptoires - dans un texte qui les condamne - et qui le resteront parce qu'il n'y a pas de sourçage, de travail scientifique, dans ce texte qui n'en a que la prétention.
Et le plaisir ? Il a été oublié, à force de se tordre la nouille à tenter une forme originale, le texte en reste à l'analyse du sujet, mais part hors-sujet.
Y a pas de crémation.
C'était le sujet.
Y avait un verbe, et un COD. Le verbe a été oublié à force de tourner le doigt dans le nombril du COD pour voir quelle consistance il a.
Non, c'était vraiment très très chiant.
Waw, ce texte est une claque magistrale.
Ça singe le commentaire scientifique mais le style est bien solide, grâce notamment à un sens du rythme percutant. Le propos est à la fois construit et clair. Et c'est le genre de texte qui malgré les conséquences de sa conclusion incisive ne prend pas ses lecteurs pour des cons.
Sur le fond du propos et la pédagogie qui s'en dégage je verrai plus ça comme un putain d'outil d'éducation aux médias à diffuser de force dans les classes de collège et de lycée .
Pour moi, pas un texte purement de Saint-Con donc mais un texte très important et intelligent. Et bravo d'avoir foutu ça en ouverture des festhostilités.
Sur ce que tu disais, Lapinchien : je n'ai pas du tout l'impression que le propos soit d'essentialiser la connerie et de l'attribuer comme qualité à la foule.
Tout au contraire, je crois que le texte tente une traduction des théories communes aujourd'hui d'économie de l'attention, et veut montrer que tout est question de dynamique, justement, pas de nature ; que tout est question de réaction, de rythme, de formulation, que tout le monde peut être "con" ou son contraire, non pas selon ce qu'il est, mais selon comment il communique te distribue son attention. Tout le truc sur les pseudo expériences qui n'ont jamais commencé à l'être tourne autour de ça.
Mais vaut mieux lire Yves Citton, c'est de la science, ça dit la même chose mais en clair et en fondé, et ça évite d'être chiant.
Après oui, y a pas beaucoup d'humour du coup.
Ouah Le Pouilleux c'est la première fois que je suis totalement en désaccord avec toi, mais je suis en total désaccord avec toi.
Un texte intelligent, c'est un texte qui ne manipule pas. Or ce texte est une fiction. Il faut semblant d'être scientifique. Mais il n'en a qu'un peu la forme, avec des défauts monumentaux qui la dégradent (le rythme, les gradations, le pseudo lyrisme). Ce texte manipule. Il le revendique même, dans sa conclusion poucrave.
Les élèves de collège et de lycée en savent, par expérience, beaucoup plus que ce que prétend découvrir ce texte. Ils vivent ça.
Faut avoir soixante ans pour que ces trucs soient des découvertes.
Perso, je n'ai pas trouvé le texte chiant du tout et même super drôle parce que justement il dénonce la connerie des gens qui ne prennent pas le temps de lire sérieusement des sujets traités sérieusement donc du coup, implicitement il se fout de la gueule de tous ceux qui vont le critiquer puisqu'il aborde le thème de la connerie avec sérieux et en longueur.
Mais justement, comme il singe la démonstration scientifique et n'essaie pas de la mettre en pratique à l'identique. L'auteur se place lui-même dans le cadre de la parodie.
Du coup, double effet "Kiss Cool", donc doublement drôle et pas chiant et ne se prenant pas au sérieux.
Sinon, je trouve que ce que dit Glaüx est très intéressant, mais peut être que je ne l'ai pas bien compris. @Glaüx : Est-ce que ton analyse c'est que ce texte parle de post-vérité ?
Ce serait bien marrant si c'était le cas (putain, triple effet Kiss Cool, Marc Chauvin est super fort) puisque c'est l'atout principal ayant facilité le retour des néo-nazis, dont Trump en premier lieu ( mais tous les autres se sont mis à l'imiter, all around the world, de par l'efficacité électorale de la post-vérité appliquée à nos contemporains, quelques soient leurs horizons).