Elle refait surface doucement, comme si son corps venait de revenir d’un rêve dont elle n’avait jamais été spectatrice. L’air nocturne lui fouette le visage, l’odeur de fumée lui brûle la gorge, et dans sa main droite tremble un objet familier : le briquet. Ses yeux scrutent le vide.
« Qu’est-ce que je fous là… ? » murmure-t-elle, incrédule.
Les souvenirs remontent, fragmentés, brûlants. La scène du bureau, les années de travail, l’humour, la patience… et Michel.
Clémence était là depuis dix ans.
Dix ans à faire tourner la boutique sans jamais faire de bruit. Dix ans à récupérer les erreurs des autres, à lisser les tensions, à expliquer calmement des choses qu’elle avait déjà expliquées trois fois. Dix ans à être celle qu’on appelle quand ça merde, mais jamais celle qu’on félicite quand ça marche.
Elle connaissait les dossiers comme on connaît une chanson qu’on n’aime pas mais qu’on a trop entendue pour l’oublier.
Elle connaissait les clients, leurs tics, leurs paniques, leurs mensonges polis. Elle savait exactement à quel moment il fallait hocher la tête, à quel moment il fallait dire “on va regarder ça”, et à quel moment il fallait mentir avec élégance.
Et surtout, elle avait de l’humour.
Un humour discret, chirurgical. Pas bruyant. Pas lourd. Le genre de phrases qui tombent juste, qui font mouche, qui font rire les bonnes personnes et passer au-dessus de la tête des autres.
Michel, par exemple.
Michel est arrivé il y a un an.
Au début, Clémence s’était dit que ça passerait. Ça passait toujours. Les clients pénibles, les logiciels qui plantent le lundi matin, les collègues qui répondent “oui oui” sans jamais rien faire derrière. Elle avait développé une forme de tolérance professionnelle, un truc un peu triste mais efficace, qui lui permettait de survivre sans trop réfléchir.
Michel, pensait-elle, serait juste une variable de plus.
Elle lui serre la main.
— Bienvenue. Ici, on ne juge pas. On observe et on prend des notes.
Michel rit.
— Ah ouais, t’as de l’humour toi.
— J’en ai surtout besoin.
Elle l’a formé.
Vraiment formé.
Pas le genre de formation expédiée entre deux mails. Non. Elle lui explique, elle détaille, elle anticipe ses erreurs avant même qu’il ne les fasse. Elle lui donne des repères, des astuces, des raccourcis.
— Là, si tu fais ça, tu gagnes vingt minutes.
— Ah ouais.
Le lendemain :
— Attends, pourquoi ça me prend une heure ?
Elle le regarde.
— Parce que tu ne fais pas ça.
— Ah ouais.
Elle recommence.
Toujours calmement.
Toujours précisément.
Avec cette patience qui n’est pas une qualité mais une stratégie de survie.
Très vite, Michel prend confiance.
Pas en ses compétences.
En elle.
— Tu peux vérifier ?
— Tu peux faire ?
— Tu peux regarder vite fait ?
“Vite fait” devient une unité de temps extensible.
Clémence commence à faire son travail.
Puis celui de Michel.
Puis à corriger celui de Michel sans qu’il s’en rende compte.
Et Michel, lui, commence à dire :
— T’inquiète, c’est bon, j’ai géré.
Un jour, elle assiste à une scène fascinante.
Michel, debout, en train d’expliquer SON dossier.
Avec SES mots.
Mal.
Mais avec aplomb.
— Comme j’ai structuré le truc…
Clémence lève les yeux.
“Comme j’ai structuré”.
Elle ne dit rien.
Pas encore.
Elle observe.
Comme un scientifique face à une anomalie.
En réunion, il prend de plus en plus de place.
Il parle fort.
Il coupe.
Il simplifie tout à outrance, comme si le monde était trop compliqué pour lui.
Et ça marche.
Le patron hoche la tête.
Les collègues suivent.
Clémence intervient, parfois.
Juste assez.
— Tu peux préciser ?
— Non mais en gros…
— Non, justement. Pas en gros.
Silence.
Michel sourit.
— Oui bon, après on ne va pas rentrer dans les détails.
Clémence incline légèrement la tête.
— C’est littéralement notre métier.
Il y a aussi ces petits moments.
Discrets.
Glissants.
Michel qui passe derrière elle et laisse traîner sa main.
Michel qui regarde un peu trop.
Michel qui teste.
Toujours à la limite.
Toujours avec ce sourire.
— T’es sympa toi.
— Oui. C’est temporaire.
Un après-midi, il lui demande d’aller chercher un document dans son tiroir.
— Tu peux regarder en bas ?
Elle s’accroupit.
Ouvre.
Pause.
Referme.
Se relève.
— T’as trouvé ?
— Oui.
— C’était quoi ?
— Une preuve que Darwin avait tort.
— Hein ?
— Rien.
Elle ne précise pas.
Elle n’a pas envie d’expliquer pourquoi un homme adulte conserve des photos de lui à poil dans un tiroir de bureau.
Certaines choses doivent rester des mystères.
Les cafés deviennent un rituel.
— Tu peux m’en faire un ?
Elle le regarde.
— Tu veux aussi que je valide ton bilan pendant que j’y suis ?
— Bah si t’as le temps…
— Je vais t’en trouver.
Elle se lève.
Revient.
Pose la tasse.
— Tiens.
Il boit.
— Il est fort.
— Comme moi.
Un autre jour :
— Tu peux faire les photocopies ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que si je commence, tu vas croire que c’est une compétence.
Les collègues commencent à remarquer.
Pas tout.
Juste assez.
— Il abuse un peu, non ?
Clémence hausse les épaules.
— Non, il optimise.
Le soir, elle rentre chez elle.
Elle enlève ses chaussures.
S’assoit.
Et parfois, elle rejoue les scènes.
Pas pour se venger.
Pas vraiment.
Juste pour corriger.
Dans sa tête, elle est plus rapide.
Plus tranchante.
Plus juste.
Et parfois…
Un peu plus violente.
Rien de concret.
Rien de réel.
Juste des idées.
Des esquisses.
Des “et si”.
Des microsecondes où elle se dit que remettre les choses à leur place lui ferait un bien fou.
Puis elle se lève.
Se sert un verre d’eau.
Et passe à autre chose.
Parce qu’elle n’est pas comme ça.
Parce qu’elle ne sera jamais comme ça.
Et pourtant.
Chaque jour ajoute une goutte.
Invisible.
Silencieuse.
Irréversible.
Les mois passent.
Clémence tient.
Parce qu’elle sait pourquoi elle est là.
Parce qu’elle sait ce qu’elle vaut.
Parce qu’elle sait que ça finira par payer.
Puis le poste tombe.
Adjoint au patron.
Enfin.
Elle ne saute pas de joie.
Mais quelque chose s’aligne.
Dix ans.
Dix ans pour ça.
Ça a du sens.
Michel ne dit rien.
Mais il sourit.
Ce sourire.
Elle le connaît maintenant.
Le jour de l’annonce, tout le monde sait.
Ou croit savoir.
— Franchement Clémence, c’est évident.
— Si c’est pas toi, je comprends rien.
Elle sourit. Juste ce qu’il faut pour ne pas avoir à expliquer pourquoi elle ne le faisait plus vraiment.
Le patron arrive.
Annonce.
Michel.
Silence.
Un vrai.
Clémence ne bouge pas.
Ne cille pas.
Professionnelle jusqu’au bout.
Michel, lui, rayonne.
— Merci, merci… ça fait plaisir qu’on reconnaisse mon travail.
Elle le regarde.
Vraiment.
Pas comme avant. Pas comme on regarde un collègue, ou un type qu’on supporte par nécessité.
Elle le regarde comme on observe un objet défectueux qu’on vient enfin d’identifier comme tel. Un truc qu’on a essayé de réparer, d’excuser, de comprendre… et dont on réalise soudain qu’il ne fonctionne pas.
Michel sourit. Gonflé. Fier. Presque beau, dans son propre référentiel déformé.
Clémence ne dit rien.
Elle n’a plus rien à dire.
Elle tourne les talons et retourne dans son bureau. Chaque pas est parfaitement maîtrisé. Ni trop rapide, ni trop lent. Une démarche neutre. Professionnelle. Lisse.
À l’intérieur, quelque chose s’est arrêté.
Le patron arrive quelques secondes plus tard. Il frappe à peine et entre déjà, comme quelqu’un qui pense ne jamais déranger.
— Ça va ?
Clémence relève la tête. Son visage est impeccable. Trop impeccable.
— Très bien.
Il hoche la tête, rassuré beaucoup trop vite.
— Ton tour viendra.
— Bien sûr.
Elle le dit sans ironie apparente. Sans émotion. Comme une phrase administrative. Une signature.
Le patron s’avance un peu, presque complice.
— Demain, au pot… je vais lui offrir ce briquet en or. C’est un petit cadeau pour le féliciter de sa promotion. C’est mon meilleur élément, je dois lui témoigner de ma reconnaissance pour son dévouement professionnel.
Il est sincère.
C’est ça, le pire.
Clémence le regarde. Une demi-seconde de trop. Juste assez pour que quelque chose passe. Quelque chose de minuscule. Une fissure.
Elle hoche la tête.
Roule légèrement des yeux quand il détourne le regard.
Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre…
— Faites attention, ça brûle vite ce genre de chose.
Le patron sourit, pensant à une plaisanterie.
Il ne comprend pas.
Il ne comprend rien.
La secrétaire passe la tête par la porte.
— Le café est prêt.
Comme une cloche.
Comme un signal.
Ils sortent tous les deux.
Michel est déjà là.
Il lui tend une tasse, avec ce sourire satisfait, presque complice, comme s’ils partageaient quelque chose.
Dans tes rêves. Et encore.
— Tiens.
Clémence prend la tasse.
Leurs doigts se frôlent.
Elle ne réagit pas.
Elle le regarde.
Une fraction de seconde.
Différemment.
Puis elle boit.
Le parking.
Vide.
Silence.
Elle s’assoit.
Ferme la porte.
Et explose.
Elle frappe le volant.
Une fois.
Deux fois.
Encore.
Jusqu’à ce que ça sorte.
Tout.
Les dix ans.
Michel.
Le briquet.
Le sourire.
Tout.
Ses mains tremblent.
Sa gorge brûle.
Puis le calme.
Brutal.
Net.
Elle respire.
Regarde son téléphone.
Compose.
— Attends-moi au bureau. J’ai une surprise pour toi. Un…cadeau.
Elle quitta sa voiture, un sourire en coin sur les lèvres. Un sourire qui ne promettait rien de bon.
Le bureau était vide. Presque trop silencieux.
Michel était là, assis. Confiant. Sûr de lui. Comme d’habitude. Plein de ses pensées salaces.
Le gros lourd…
— Ferme tes yeux…
Il s’exécute, naïf. Confiant.
Clémence inspire. Une seule fois. Lentement. Tout ce qu’elle a enfoui, tout ce qu’elle a supporté, tout ce qu’elle a laissé passer pendant un an…
— TA GUEULE, MICHEL ! hurle-t-elle.
Puis elle frappe. L’écran plat de l’ordinateur. Le crâne. Encore. Encore.
Le bruit éclate. Résonne dans la pièce vide. L’écran explose. Sa rage explose avec.
— Voilà. C’est mieux, non ? murmure-t-elle, glaciale, laissant sa colère parler pour elle.
Michel est sonné, titube. Elle le tire par le col vers la photocopieuse, plaque sa sale tête contre l’écran, referme le capot plusieurs fois.
— Tu as assez de photocopies là, connard ?
Puis elle l’entraîne vers la salle de pause. La cafetière est encore allumée.
— Mais qui a oublié d’éteindre cette putain de cafetière ?
— Michel… voyons, tu reprendras bien un peu de café ?
Elle ne laisse pas le temps de répondre et lui balance le liquide brûlant sur le visage… et sur ses parties les plus sensibles.
— Ça devrait aller là ? Non ? Toujours pas ? Attends… c’est pas fini.
Elle le tire par la cravate comme on tire sur la laisse d’un chien foufou et le pousse dans les escaliers.
— Passe devant moi… ça me ferait chier que tu mates mon cul, espèce de pervers. Et monte plus vite, j’ai prévu un truc pour toi. Un afterwork.
Arrivé en haut, elle le fait boire cul sec une bouteille de champagne, le ligote avec des câbles électriques piqués sur son bureau, lui fracasse la tête avec la bouteille vide, et l’asperge du whisky de 40 ans du patron.
Puis elle brandit le briquet :
— Oh ! Regarde le cadeau du patron. Il faut célébrer ça, non ? Fallait pas me faire chier, connard.
Elle allume le feu.
Michel hurle. Ses cris deviennent aigus, perçants, presque ridicules. La fumée monte, l’odeur de brûlé emplit la pièce. Et puis, plus rien.
Clémence lui jette un regard froid, ironique, fatigué et satisfait à la fois. Le briquet tremble dans sa main, comme si le monde venait de lui confier la justice qu’elle mérite.
Puis elle fouille dans son sac, trouve des chamallows, et sourit. Un petit bout de bois par terre, et elle les grille sur Michel en feu.
— Tu n’es peut-être pas si inutile en fait.
Le monde se réduit alors à la chaleur, à la fumée, au spectacle de ce connard qui crame enfin. Elle laisse échapper, avec une satisfaction sombre et ironique :
— Il crame longtemps ce connard… j’aurais dû emmener des chips.
Et elle reste là, immobile, contemplant le chaos, la fumée, les flammes, avec cette étrange sensation de justice et de liberté retrouvée.
On a tous un collègue relou. Michel en était un. Dix ans de patience, un briquet, et Clémence a décidé que ce serait la dernière fois. Humour noir, vengeance et chamallows inclus. D'avance, pardon aux Michel. Ou pas. = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
"comme si son corps venait de revenir". Revenait, quoi.
"L'odeur de fumée lui brûle la gorge". C'est chiant les odeurs brûlantes (le feu qui sent mauvais a la rigueur).
Deux phrases et je suis déjà "out". Bon je retenterais a jeun.
Ohlala. Bon, sur le rythme, oh oui, encore, encore.
J'en peux plus.
De ce style.
Pas du fond.
Pas des idées
Mais des retours.
A la ligne.
Pas une ni deux fois.
Mais sans arrêt.
Mais je radote. La concordance des temps ? Respectée oui mais un peu bizarre quand même par instants il m'a semblé. Ça se lit bien, et puis a la fin rebelote. Elle le force à boire une bouteille de champagne. Peut être des détails là parceque forcer quelqu'un a boire une bouteille entière ça demande une certaine logistique a mon avis. Et puis oh tiens y a des chamallow dans mon sac (wtf, y a une guitare folk et une planche de surf aussi ?).
Bon et puis michel est un con on l'a compris, le patron est un con aussi, les collègues sont bien braves mais un peu cons aussi...
Enfin au moins ce texte est quand même plutôt bien écrit à par ça, il a le grand mérite de ne pas trop en faire, de ne pas trop nous prendre par la main (même si c'est un peu limite par moments, notamment au début quand on nous montre comment Clémence sait tout et michel rien, on a compris au bout de deux phrases, pas la peine d'en faire 4).
Bref je suis sans doute un petit facho pisse froid mais j'ai pas trop fretillé a la lecture.
J'ai mis 10/10 à ce texte parce que j'ai eu la bizarre impression qu'il avait été écrit par Lindsay S.
Ça m'a rappelé un autre texte qu'on a pu lire il n'y a pas longtemps mais, ne me souvenant pas de l'auteur, j'ai fait une recherche sur le mot qui m'avait traumatisé à la lecture de ce texte par son usage lors d'une sorte de seppuku social et je l'ai retrouvé. C'était lui : https://www.lazone.org/articles/3734.html et le mot en question y est représenté en illustration.
Ce texte m'a donné l'idée (qu'il faudrait que je fasse copyrighter d'ailleurs) de faire une sorte de suite à "Maman j'ai raté l'avion" mais qui se passerait dans un open space où Kevin, la quarantaine passée, bedonnant, promu au poste de directeur de production d'un hub de téléopérateurs appartenant à Xavier Niel, serait d'un coup assiégé par des méchants qui après "casseurs-flotteurs" dans le 1, "casseurs-poisseux" dans le 2, se feraient appeler "casseurs-andropausés" dans le 3. Et Kevin utiliserait tous les ustensiles de bureau (câbles, photocopieuse, cafetière) pour leur mettre une dérouillée avant qu'ils finissent en taule. Je me bidonne rien que d'imaginer les situations débiles dont ce film aurait le potentiel : "un coup d'agrafeuse dans les burnes par-ci", "un coup de taille-crayon sur le gland par-là" (...) mais je digresse et m'égare.
J'ai adoré le final twist avec les chamallows, ça fait très Tex Avery qui est tout autant mon mentor qu'Herakles Navet. Le chamallow devient ici une sacralisation du chaos, transformant un crime de sang en un moment de teambuilding entre morts et vivants, c'est disruptif, rafraîchissant, j'en verse une larmichette de joie ou peut-être est-ce de chagrin (je ne saurais pas trop bien faire l'exégèse de mes propres sentiments en ce moment).
La théorie du darwinisme appliquée aux cadres aux cols blancs est savoureuse mais j'imagine que des tas de gens ont eu l'idée avant puisqu'en ces lieux, vu que ce sont les plus médiocres qui restent in fine sur la durée parce que les plus puissants ne les voient pas comme des concurrents potentiels. J'y connais rien en sociologie en milieu extrême mais je pense que cette théorie est totalement juste par mon simple vécu qui n'est qu'un témoignage anecdotique dans ce commentaire.
Le power-up du personnage principal passant de mobilier de bureau à celui de divinité vengeresse est épique et malheureusement bien trop rare alors qu'avec un gros coup de pied dans les burnes, tous ces soucis s'arrangeraient très vite.
Le passage de relais du briquet entre le big boss et l'héroïne m'a vaguement fait penser à Koh-Lanta mais je ne pourrais pas expliquer pourquoi car je ne regarde pas cette chiasse au concept fasciste. La téléréalité aurait été inventée par les Allemands dès 1946 s'ils avaient remporté la guerre.
Le concept d'afterwork murder party m'a bien plu aussi. Mais faut pas pousser le roleplay à l'extrême non plus, non c'est pas une raison.
Juste pour conclure, prôner la loi du talion, c'est nier les vertus de la régulation par des voies progressistes et, pire que tout, c'est une crypto-référence à Sardou dans sa chanson "Je suis pour" qui est la chanson que je déteste le plus de lui et pourtant je déteste viscéralement toutes ses chansons.
Par contre, je n'ai absolument pas compris le choix de l'auteure de créer un parallèle dans son titre entre Gainsbourg et son récit.
Ca commençait bien. Trop bien, même. Je me suis laissée prendre, presque malgré moi, à cette mécanique de bureau parfaitement huilée où tout est juste : les micro-humiliations, la fatigue sociale, la lente érosion de Clémence. C’est précis, reconnaissable, presque désagréablement vrai. On se dit qu’on tient un texte qui observe, pas un texte qui crie.
Et puis arrive la fin.
Et là, soudain, le texte décide qu’il en a assez d’être intelligent.
On passe d’une construction fine du ressentiment à une sorte de storyboard de vengeance où la logique, la psychologie et la crédibilité prennent manifestement leur pause déjeuner sans prévenir. Michel cesse d’être un personnage pour devenir une cible mobile, et Clémence abandonne toute complexité pour devenir une version très appliquée de “justice par scénariste en colère”.
Ce n’est pas tant que c’est violent. C’est que c’est laborieux. Chaque action est surlignée, commentée, empilée, comme si le texte avait peur qu’on ne comprenne pas qu’il se passe quelque chose de symboliquement fort.
Le plus ironique, c’est que le début promettait exactement l’inverse : une violence diffuse, lente, presque administrative. Quelque chose qui s’infiltre. Et on termine avec une séquence qui ressemble davantage à une démonstration de créativité punitive qu’à une conséquence narrative.
La première partie m'a embarqué, par la mécanique "so corporate". L'acte final gâche un spiritueux hors de prix, et peut-être aussi quelques cartouches, mais qui suis-je pour juger ? Un mâle blanc occidental cisgenre, #notallmichel.