Karl parlait français avec un plaisant accent d'outre-Rhin.. ça contribuait sans doute à son charme.. il était encore jeune mais déjà un peu vouté.. ses cheveux longs et noirs flottaient au vent quand il fonçait vitres ouvertes dans sa vieille Lada break.. son visage creusé triangulaire semblait toujours animé d'un sourire.. et ses grands yeux marrons-gris délivraient une pointe de malice.. Karl était natif du Luxembourg mais vivait en France depuis des années.. il disait que son pays était trop étroit.. issu d'une riche et vieille famille germanophone.. Karl avait besoin d'espace à vivre..
Karl ne travaillait pas vraiment.. ça ne veut pas dire qu'il ne faisait rien pour gagner sa vie.. mais le gazier n'avait pas vraiment le profil d'un salarié.. Karl préférait monter des petites affaires interlopes qui ne duraient jamais très longtemps.. après il larguait tout et disparaissait.. pour passer à autre chose.. c'était son mode de vie..
La première fois qu'il est entré en prison c'était dans son pays.. pour purger une peine à sa majorité.. à cause de la drogue.. mais quand il est sorti sa famille a voulu rompre avec lui.. double peine.. sa grand-mère l'avait reçu au château.. dans le bureau de son défunt mari.. officier durant la Seconde Guerre mondiale.. tué à la fin.. Karl n'avait donc jamais connu son grand-père.. mais il avait toujours respecté son image.. sa grand-mère Emmy lui avait montré quelques photos où on le voyait en uniforme.. l'homme avait fière allure avec sa casquette à visière surmontée de l'aigle.. mais ce jour là Emmy ne l'avait pas convoqué pour évoquer des souvenirs.. le mal était fait.. Karl avait déshonoré le nom de la famille.. il ne s'était pas contenté d'avoir raté ses études.. ses actions mauvaises devaient finir par jeter l'opprobre sur un arbre généalogique entier.. et il n'y avait pas d'autre héritier mâle direct.. Karl était le dernier.. mais son caractère dénaturé l'avait fait exclure de sa race..
Emmy a regardé son petit-fils droit dans les yeux.. les siens étaient très bleus.. ils éclairaient littéralement son visage ridé mais toujours beau.. une beauté nordique à peau claire.. « Ecoute.. a dit la grand-mère.. je t'avais prévenu.. tu es indignes de porter notre nom désormais.. c'est pourquoi je te demande de partir pour ne jamais revenir ».. la messe était dite.. Karl savait bien que tous les autres membres de sa famille lui tourneraient le dos s'il demandait de l'aide.. alors il est parti.. pour s'installer en France.. d'abord dans un squatt à Marseille.. puis dans une ferme en Ardèche où il avait vécu en communauté.. « avec plusieurs femmes » selon certains.. ensuite il avait repris la route.. fait un peu de prison.. avant de débarquer au village..
La drogue accompagnait Karl qui n'a jamais manqué de clients.. désormais il vivait avec sa nouvelle femme.. très jeune.. fille du Nord aux cheveux longs très blonds.. le portrait craché de la grand-mère dans sa jeunesse.. Karl l'avait tellement aimée.. un soir elle avait même ouvert l'armoire secrète dont elle avait la clé.. ce qu'elle n'avait jamais fait pour personne.. le meuble contenait les effets personnels du défunt mari.. sa casquette avec l'aigle.. ses gants de cuir noir.. une cravache.. sans doute pour les chevaux.. et ses médailles.. il y avait aussi des dossiers avec des photos.. Emmy en a montré une.. une seule.. c'était Grand-père en uniforme noir.. devant un tank peint en blanc qui se confondait avec la neige.. l'officier fixait fièrement l'objectif.. le pied posé sur quelque chose.. peut-être un sac.. mais Karl a dû regarder de plus près pour voir enfin le visage défait d'un homme écrasé sous la botte du vainqueur..
ici les conséquences du nazisme.. à l'échelle de nos vies minuscules.. voire crépusculaires.. = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
Je me demande bien comment on peut fantasmer tout ce temps sur un grand-père nazi et être ébranlé quand on voit une photo de lui où il est montré en train d'agir simplement comme un nazi lambda. à l'échelle de ma vie minuscule et crépusculaire, j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps.
Oui, mais tu as gagné plein de points : 98 pour être exacts.
A quoi ils vont te servir ?
Tu le sauras en lisant la prochaine histoire de Korbua. Alors fonce chez ton marchand de journaux !
Au passage, grand bravo aux admins qui ont mis en place un système de mise en relation entre une contribution et un appel à texte. J'aime bien le look "papier peint des année 70" que ça donne au bas du site.
La pensée humaine et la pensée artificielle partagent une architecture profonde en "boîte noire", où des réseaux neuronaux interconnectés (biologiques ou artificiels) traitent l'information de manière non linéaire pour faire émerger des prédictions ou des décisions complexes. Dans les deux cas, la convergence s'opère par des algorithmes d'apprentissage : là où l'humain ajuste continuellement ses synapses par rétroaction biologique face à son environnement, l'IA calibre ses poids neuronaux par rétropropagation statistique face aux données, rendant le cheminement exact de leurs calculs finaux tout aussi opaque et indéchiffrable. Mais il y a du nouveau depuis quelques jours alors je le partage ici même si je préfère la déconne à la vulgarisation : https://www.youtube.com/watch?v=K1uHpJ-azVw
Huhu on parle d'IA sur le texte que Korbua a écrit sur l'application notes de son Nokia pendant qu'il faisait popo. C'est la beauté du site.
J'ai pas vu toute la vidéo, mais c'est fort intéressant. Je ne doute pas de la complexité et l'intelligence de l'IA, ni de ses capacités de mimétisme. On lui donne le début d'un texte de Korbua, elle saura le finir à sa façon. Tiens, petite expérience :
Karl parlait français avec un plaisant accent d'outre-Rhin.. ça contribuait sans doute à son charme.. il était encore jeune mais déjà un peu vouté.. ses cheveux longs et noirs flottaient au vent quand il fonçait vitres ouvertes dans sa vieille Lada break.. son visage creusé triangulaire semblait toujours animé d'un sourire.. et ses grands yeux marrons-gris délivraient une pointe de malice.. Karl était natif du Luxembourg mais vivait en France depuis des années.. il disait que son pays était trop étroit.. issu d'une riche et vieille famille germanophone.. Karl avait besoin d'espace à vivre..
Karl ne travaillait pas vraiment.. ça ne veut pas dire qu'il ne faisait rien pour gagner sa vie.. mais le gazier n'avait pas vraiment le profil d'un salarié.. Karl préférait monter des petites affaires interlopes qui ne duraient jamais très longtemps.. après il larguait tout et disparaissait.. pour passer à autre chose.. c'était son mode de vie..
Parfois Karl disparaissait plusieurs semaines.. personne ne savait vraiment où il allait.. certains parlaient d'Espagne.. d'autres de Roumanie.. ou de ports industriels du nord de l'Allemagne.. puis il revenait d'un coup.. amaigri.. bronzé.. avec une nouvelle veste militaire trouvée dieu sait où.. et toujours quelques histoires impossibles à raconter..
Un soir il prétendit avoir convoyé des statues religieuses volées dans un ancien corbillard polonais.. une autre fois il disait avoir passé trois jours caché dans une scierie à cause d'un mari jaloux.. personne ne savait ce qui était vrai chez Karl.. lui-même probablement l'ignorait..
Il avait cette façon étrange de considérer l'existence.. comme une frontière à traverser en permanence.. il méprisait les gens installés.. les carrières longues.. les crédits immobiliers.. les discussions sur les retraites.. « vous vous enterrez vivants.. » répétait-il avec son sourire triste..
La nuit.. quand nous roulions sur les départementales désertes.. il fumait des cigarettes brunes qui sentaient le clou de girofle.. et conduisait d'une seule main.. le regard perdu dans les phares jaunes de sa Lada.. parfois il se taisait pendant une heure entière.. puis murmurait soudain :
— un jour.. je vais finir très loin d'ici..
Et à l'époque.. je croyais qu'il parlait d'un autre pays..
C'est bien comme ça que je compte débusquer où se terre Dourak Smerdiakov pour aller lui montrer tout l'amour que je lui porte.
Donc, ouais, on peut écrire à l'IA, comme le fait d'écrire sur clavier a changé des choses, comme le fait d'écrire tout court a changé des chose. Ca viendra, ça se fera, et même a un moment donné on aura plus grand chose à faire.
Et surtout, on s'en rendra même pas compte, on l'aura dans le cul. le texte d'hier a raison sur ce point. L'avenir, c'est le nazisme en intraveineuse, le fascisme virtuel, les idées qui couleront entre les tirets cadratins, qu'on sera tellement content d'assimiler, car bien dressé à cette patée là.
Je lisais sur Linkedin (aaaaaah) le témoignage d'une "correctrice" qui se pâmait d'avoir corrigé un super manuscrit écrit en style moderne, phrases courtes, parfois juste un mot.
D'abord je me suis dit, super, fachisme de la forme, va falloir écrire d'une seule manière maintenant (et de fait, Korbua, quoi qu'on en pense, ne se soumets pas à ça, à sa façon).
Mais c'est là ou c'est le plus vicieux. C'est que cette fille a volontairement écrit un truc "provoquant" sur le fond : son admiration pour une forme moderne, qui va ulcérer tous les vieux réac comme moi, qui vont faire des vues, donc booster son post dans l'algo.
Même chose sur instagram, avec le "eye catch" (je viens de voir une fille qui s'assoit sur son gode avant de jouer du metallica : si y'avait pas eu le gode sur la batterie, j'aurais pas écouté, même si j'aime Metalicca : esprit de YAYA 1 - Nino 0)
Donc ce qui m'effraie c'est pas le syndrome Skynet (j'encule son trou de fion en acier). C'est la contamination des esprits, la soumission à cet "esprit du temps" qui n'est qu'un succédané, une poudre de notre propre esprit passé a la moulinette des LLM. Autrement dit, on se nourrit de notre propre chair, facon Creutzfeldt-Jakob. C'est ça qui se passe. C'est pas une fatalité, on en ressortira, comme toujours. Mais le principal danger pour l'homme c'est pas la machine, c'est sa propre fainéantise. Et surtout, sa tendance a vouloir baiser a sec son prochain.
tu semble confondre fasciste et fashionista
yep.. merci pour vos retours.. c tjs plaisir de vous lire.. KORBUA pensait avoir été banni ou condamné à la géhenne.. pour qq obscures raisons.. mais ce n'est pas encore le cas.. tant mieux.. sinon l'illustration colle bien.. une fois de +.. bon.. concernant le "nazi lambda" évoqué par Lapinchien ça renvoie justement à la "banalité du mal".. et c insupportable.. avec parfois la sensation de "perdre son temps" devant cette "banalité".. on peut le comprendre car ça semble assez naturel.. mais c'était le thème proposé.. voili.. et pour l'IA Korbua n'y touche pas.. cela dit la suite de texte donnée par Nino est assez kiffante.. presque du KORBUA.. un KORBUA de synthèse sans doute amélioré.. on n'arrête pas le progrès.. même avec un fusil.. et aussi c tant mieux pour les générations futures si des machines pensent à leur place.. la plupart trouveront ça cool.. tandis que les autres(si peu nombreux)seront "redirigés".. ou quelque chose du genre.. ce sera facile et indolore.. une sorte de "monde meilleur".. ou de "meilleur monde".. KORBUA accepte cette évolution contemporaine car il a conscience de vivre une phase importante de rupture.. mais il espère secrètement (sans doute par vanité) que ses petits textes insignifiants traverseront les siècles.. pour éclairer de futurs archéologues ou philologues posthumanoïdes sur son époque depuis longtemps disparue.. ds la poussière des empires effondrés.. après un long crépuscule..
C'est cool de traverser les siècles. Perso, j'aspire à ce que mes textes enflammés traversent la baie vitrée d'un restau de bobos comme amorce d'un cocktail Molotov.
yep LpC.. sacré Molotov.. on lui a fait faire beaucoup de choses en effet..
parfois avec goût.. mais parfois sans..
Sacré Koko, nous raconter l'histoire d'un sal type rejeté par sa famille bien plus cradingue que lui. J'ai apprécié l'ironie.
Réponse à LPC sur " Je me demande bien comment on peut fantasmer tout ce temps sur un grand-père nazi et être ébranlé quand on voit une photo de lui où il est montré en train d'agir simplement comme un nazi lambda."
Quand on grandit dans un environnement il faut parfois des années pour se rendre compte de ce qu'autrui nomme évidence.
Exemple 1 : Après avoir mangé pendant 10 ans dans les assiettes de porcelaine estampillée BP de mes grands-parents, je me suis retrouvé fasciné d'y trouver un petit bonhomme assis sur une borne avec sa canne au plein milieu du paysage surchargé de détail.
Exemple 2 : Il m'a fallu des années pour comprendre ce que la grand-mère avait voulu dire quand en parlant de notre voisin juif elle prononça : "Ah! Hitler n'en a pas tué assez"
Je vois très bien ce que tu veux dire. ça me fait exactement la même chose quand je compte les rides de mon prépuce.
yep.. de mémoire le vieux Karl disait que l'Histoire ne se répète pas.. mais si elle se répète.. la première fois c une tragédie.. la seconde fois une farce.. yep.. c à voir..