Y’a gros à jouer et y’a du cash, des stacks de biff. Pas trop pour moi, mais pour lui clairement : s’il perd, c’est mort pour la blinde. Ou même, s’il gagne, mais que je le démolis trop, comme j’ai fait pour les autres, alors il sera cramé pour le titre. T’imagines pas combien de moula circule, et toutes les combines et les plans chelous qu’il y a dans ce métier. Heureusement, moi, j’ai Jean-Marc qui me protège de tout ça. Et Jean-Marc, c’est un vieux, genre vénère hardcore, mais à qui tu peux lui faire confiance même avec les yeux fermés. Il est un peu comme le Mickey de Rocky Balboa. Il dit toujours que lui, c’est le cerveau, et que moi, c’est les poings. On est comme deux personnes qui forment un seul corps. Non, c’est le contraire : deux corps qui font une seule personne. Je ne sais plus. Mais, tu vois ce que je veux dire… Donc moi, j’ai pas à me prendre la tête, je boxe comme il me dit et c’est clean. Même la thune, c’est lui qui gère tout.
Les gens disent que Kévin « The Beast » il cogne trop fort, mais Jean-Marc, lui, il dit que j’ai pas à flipper, que j’ai juste à boxer comme il me dit. Il a pondu un « système » que j’ai qu’à le suivre pour être sûr de gagner. Les systèmes à Jean-Marc c’est toujours du lourd. Du coup, moi, j’ai juste à rester focus sur le fight. Il a pas voulu trop me lâcher d’info sur le système, avant le match. Ce que j’ai compris, c’est que ses coups, à Kevin, je les arrête avec ma gueule et que je reste en garde basse pour bien lui montrer que je sais encaisser. Et que je retiens les miens pour jusqu’à quand Jean-Marc il me dira. C’est la première fois qu’on teste cette tactique. J’ai pensé que Jean-Marc avait peur que je gagne trop vite. Et ça, franchement, ça m’a rassuré, parce que les frérots arrêtent pas de me dire que le Kevin, il va me démontrer la tronche. Pardon de ma façon de parler, mais c’est comme ça que eux ils disent.
Jean-Marc me fourre le protège-dents dans la bouche, coup de gong, et c’est parti. Je me présente garde basse devant Kévin. Je pensais qu’il allait halluciner en me voyant baisser mes défenses, mais même pas. D’entrée, il m’assaisonne de directs pleine tête. Secs, lourds. J’en évite certains. Pas tous. Je m’en tiens au système. Ça tape, mais, même si ça fait mal, j’encaisse sans broncher. En retournant à mon tabouret, j’entends des sifflets dans la salle. Et ces sifflets, ça plait pas trop à Jean-Marc. « T’as vu, j’ai bien suivi le système » que je lui dis, « Ouais, un peu trop bien, qu’il me fait, maintenant, tu vas lui en allonger quelques-uns, mais en douceur, pas pour faire mal, juste pour lui montrer qu’il est vulnérable. T’as capté ? ». Il me regarde dans les yeux : « On appelle ça de la psychologie ».
Au deuxième round, le tsunami repart, mais je le caresse tranquille deux, trois fois et je vois bien que ça ne lui plaît pas. Quand le round se termine, je suis tellement rincé que je galère à retrouver mon tabouret. Faut dire aussi qu’il me reste plus qu’un œil pour le chercher. Le gauche, il me fait l’effet d’une orange greffée à ma tête. Je voudrais bien demander à Jean-Marc quand le système me dira d’attaquer, mais je veux pas le décevoir. Et sûrement qu’il me balancera que c’est pas mes bails.
Les rounds suivants continuent pareil. Mon corps, c’est comme un scaphandre de douleur. Dans ma tête, tout tourne et j’ai la gerbe. À un moment, j’ai trop appuyer mon jab à la mâchoire. Je regarde Jean-Marc. Il me fait les gros yeux, pas content du tout. Kevin, après, il se déchaîne, genre pour me punir. J’attends trop que le round se termine, parce que là, j’ai mal partout. Et, en même temps, je flippe ma race d’entendre le gong parce que Jean-Marc va m’engueuler, à cause mon jab trop appuyé.
Au neuvième round, c’est toujours le même délire : je me prends des séries de crochets qui me mettent de plus en plus mal. J’ai le foie qui explose, l’estomac broyé, les oreilles en mode sirènes. Un étau m’écrase les tempes. Mon œil droit c’est juste une minuscule fente. Jean-Marc arrête pas de me dire que si je veux il jette la serviette, mais moi je lui dis que je veux continuer à suivre le système. Je déguste un nouveau uppercut de ouf suivi d’une série de shovels. Du coup, mon poing gauche part tout seul pour me protéger du déluge. Je crois qu’un crochet de mon droit a dû le suivre. Je vois plus Kévin. Je sens le bras de l’arbitre qui me pousse en arrière. Lentement, je commence à capter la clameur de la foule. Je vois plus l’arbitre non plus ! J’y comprends plus rien. Je les cherche partout. Puis, je comprends. L’arbitre a un genou au sol à côté de Kévin allongé ! Il le compte ! Kévin ne bouge pas, son protège-dents a giclé. Y’a juste ses jambes qu’ont des convulsions. Le doc monte déjà sur le ring ! Neuf, dix, j’ai gagné ! Je lève les bras, acclamé par la foule, et je me tourne vers Jean-Marc. Il est effondré dans son coin et me regarde, tout blanc. C’est là que je réalise que j’ai merdé : le système, oh purée, j’ai zappé le système !
LA ZONE -
Mon style c’est Joe Frazier, ou Floyd Mayweather. Tu vois ? Pas le délire « Vole comme un papillon, pique comme une abeille » comme l’autre danseuse. En tout cas, c’est ce que me dit toujours Jean-Marc. Jean-Marc, c’est mon coach depuis mes débuts. Et on forme une équipe de ouf, moi et lui. Même si je me suis fait refaire plusieurs fois la devanture, on n’a jamais perdu un match. Jamais. Que des victoires par KO. Et à pas vingt ans, je vais combattre contre Kévin « The Beast » Bourdan. Pour moi, ce sera juste un combat de plus, mais lui, il joue gros : s’il me bat, il pourra aller chercher Shahin « Bang-Bang » Mabeck, pour le titre national FFB en super-mi-moyen. = ajouter un commentaire =
Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.
![[imprimer]](/images/print.png)




= commentaires =
L'intelligence du poing. Punch the system.
Bien sûr, tout de suite, en la personne de Jean-Marc, le coach, j'ai reconnu la marionnette de Jeff Panacloc qui pour se venger de sa condition d'être qu'on manipule, en lui fistant bien profond le rectum, se livre lui-même ici à un exercice d'emprise par ventriloquie sur le boxeur. Cependant ce qui m'a fait le plus tiquer, c'est l'usage, dans ce cadre ridicule de projection des paroles de Jean-Marc dans la bouche du narrateur, en bougeant ses lèvres de Muppet Wish de manière imperceptible, du terme " se faire démontrer la tronche ". C'est un concept d'une profondeur insondable.
Sur le plan purement cognitif et sémantique, " se faire démontrer la tronche " impliquerait une mise à nu méthodique et intégrale de l'activité cérébrale d'un individu par un tiers. Le verbe " démontrer ", pris dans sa rigueur étymologique d'exposition logique, transformerait alors la boîte crânienne en un espace d'investigation où chaque pensée, souvenir et savoir serait extrait puis analysé devant le public du match de boxe en furie. Subir cette opération ne signifierait pas recevoir un coup physique, mais bien pire, voir le contenu de son esprit méthodiquement disséqué, étalé et expliqué point par point comme un théorème mathématique. L'esprit du sujet deviendrait ainsi le support matériel d'un cours magistral visant à inventorier la totalité de ses connaissances empiriques et de ses représentations mentales.
Cette dissection pédagogique intime réduirait la conscience de la personne à un simple objet d'étude scientifique immédiatement accessible à l'observation extérieure. Chaque processus intellectuel, de l'idée la plus banale au concept le plus élaboré, ferait l'objet d'une explication systématique afin d'en prouver le fonctionnement mécanique et l'origine logique. Le cerveau du narrateur verrait ainsi ses réseaux de pensée traduits en concepts clairs et enseignés à la manière d'une leçon d'anatomie intellectuelle. Littéralement, se faire " démontrer " la tête reviendrait donc à subir l'expropriation totale de son jardin intérieur, converti en une démonstration savante où l'intégralité du savoir accumulé par l'individu serait exposée sans le moindre angle mort. Une humiliation publique que je qualifie sans la moindre ambiguïté de KO technique dont le narrateur ne pourrait se remettre.
Une telle démonstration de la boîte crânienne du boxeur mettrait à nu une architecture mentale fascinante par sa parfaite naïveté et sa vulnérabilité cognitive. La dissection de ses connaissances révélerait une culture intellectuelle extrêmement réduite, entièrement façonnée par les codes de la rue, l'argot populaire et un imaginaire cinématographique limité à l'univers de Rocky. L'analyse de ses schémas de pensée montrerait une totale absence d'esprit critique, caractérisée par une confiance aveugle et infantile envers son entraîneur Jean-Marc, la marionnette de Jeff Panacloc, qu'il investit d'une autorité paternelle absolue. On y découvrirait un fonctionnement exécutif fondé sur l'obéissance littérale, où le sujet préfère déléguer l'usage de sa propre rationalité pour ne conserver que la fonction purement mécanique de ses poings. L'inventaire de son monde intérieur exposerait également une incapacité chronique à manier l'abstraction ou la métaphore, comme le prouve sa difficulté comique à conceptualiser la fusion de deux corps en une seule personne. Ses représentations psychologiques révéleraient une dissonance cognitive permanente, le jeune homme rationalisant la violence absurde subie sur le ring comme une simple tactique nécessaire de son mentor en mousse jaune. Enfin, l'examen de sa mémoire affective traduirait un besoin vital de protection face aux manigances d'un milieu corrompu dont il perçoit vaguement l'existence sans en saisir les rouages financiers. En somme, la démonstration de son esprit exposerait le portrait clinique d'un combattant au cœur pur mais à l'intellect totalement asservi, naviguant dans le chaos du noble art avec pour seule boussole une loyauté tragiquement dévoyée.
In fine, cette intromission ventriloque révèle une métaphore anatomique d'une perversité absolue où la domination psychologique s'exprime par le contrôle mécanique du corps de l'autre. En introduisant sa main au plus profond de l'intimité du boxeur pour en manipuler les rouages et en dicter la parole, le coach substitue sa propre volonté à la conscience amputée de son disciple. L'acte de ventriloquie devient alors le point d'orgue de ce fist-fucking mental : l'asservissement est si total que le pantin, dépossédé de son propre centre névralgique, en vient à vocaliser avec fierté la théorie formelle de sa propre profanation. La "démonstration de la tronche" s'accomplit ainsi dans une double mise en abyme où la violence des coups reçus sur le ring n'est que l'écho superficiel d'une pénétration psychique bien plus dévastatrice. Le drame ultime réside dans ce spectacle grotesque où la marionnette salue la foule, ignorant que la voix qui célèbre sa victoire n'a jamais été la sienne, mais seulement le projeté d'un maître poing fermé dans ses entrailles, incarnation ultime du marionnettiste sans scrupules, Jeff Panacloc, ce sale fils de pute ultime.
Evidemment, LPC m'a piqué ma vanne sur Jeff Panacloc, donc j'ai les boules.
Un bon petit texte "punchy" qui se prend pas la tête, ne cherche justement à rien "démontrer" et est plutôt bien écrit. Après les 5 purges dont je me suis fadé la présentation ce matin, c'est rafraichissant.
Lapinchien a tout de suite compris quelle acception de “démonter” il fallait comprendre :
Démonter, v. tr. (de dé, et monter) : séparer avec soin les composantes élémentaires constituant un tout. “Avec quelques copains, on a démonté le McDonald’s de Millau” J. Bové, mémoires pour l'édification des générations futures