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La Zone -
Résumé : Ça commence comme une journée banale, puis un détail déraille. Petit à petit, un livreur sous pression, scanner greffé à la main, se transforme en pleine tournée. Ce qui débute par un détail grotesque devient peu à peu une mutation plus vaste. Le corps commence à buguer version body-horror logistique. Ça bip, ça scanne, ça transforme. Et au bout du compte, on se demande qui livre qui.

LA MÉTAMORPHOSE DU LIVREUR PRIME+

Le 04/06/2026
par Caz
[illustration]
Ça a commencé un mardi, vers 11h32, juste entre deux livraisons et une envie de pisser.
Je scannais un colis quand ma main a fait plop.
Pas un bruit de doigt qui craque.
Non.
Un plop humide, comme un fruit trop mûr qui lâche.
Ma paume s’était ouverte.
Pas une blessure : une bouche.
Avec des dents.
Des petites dents blanches, alignées comme un service client trop poli.

La main-mâchoire a parlé :
« Livraison en cours. Temps estimé : souffrance. »
J’ai rigolé.
Nerveux.
Fatigué.
Mal réveillé.
Mais la main a mordu le carton.
Et l’a avalé.
En une bouchée.
Puis m’a envoyé une notification :
« Votre colis a été ingéré avec succès. »
J’aurais dû aller à l’hôpital.
J’ai préféré finir ma tournée.

Les statistiques d’efficacité, tu sais ce que c’est : si tu loupes une journée, t’es déjà mort dans le système.
À 14h, c’était mes pieds.
Ils ont fusionné avec mes chaussures.
J’ai senti le plastique fondre et s’infiltrer dans ma peau.
Mes orteils se sont transformés en petites roulettes silencieuses, comme sur les valises d’aéroport.
Pratique, pour aller plus vite.
Moins pratique pour les escaliers.
J’ai dévalé un immeuble de dix étages en hurlant comme une trottinette possédée.

À 16h, mon dos vibrait.
Pas un mal de dos classique.
Une vibration industrielle.
J’ai compris quand le logo s’est formé entre mes omoplates :
le sourire jaune, celui qui promet la commodité tout en mâchant les salariés comme du chewing-gum discount.
J’étais devenu un entrepôt ambulant.
Un hub logistique à deux pattes.
J’émettais du bip-bip quand je tournais.
Mes intestins imprimaient des étiquettes.
Je pissais du ruban adhésif.

Le soir, j’ai tenté de prévenir mon manager.
Il m’a scanné.
Son scanner a affiché :
« Optimisé. Peut travailler 40% plus vite. »
Il a dit que c’était une promotion interne.
J’ai dit que j’avais mal.
Il a dit que la douleur était un bug temporaire.
J’ai dit que je n’étais plus humain.
Il a répondu que « l’humanité n’est pas dans le contrat ».
J’ai repris la route.

À 21h, j’étais littéralement une machine.
Des bras en convoyeur.
Des yeux qui faisaient des QR codes.
Une langue en GPS.
Je me suis regardé dans un rétroviseur.
J’avais encore une bouche.
Humaine.
Mais elle servait à quoi, maintenant ?

Je livrais.
Je livrais.
Je livrais.
Même quand les maisons étaient vides.
Même quand les habitants pleuraient en me voyant.
Même quand je déposais mes propres organes dans les boîtes aux lettres.

Vers 23h, un dernier colis s’est matérialisé dans mon torse.
Il vibrait.
Il me brûlait.
Il voulait sortir.
L’étiquette disait :
« DESTINATAIRE : VOUS-MÊME
CONTENU : DÉPÔT DÉFINITIF »

J’ai compris.
J’étais la marchandise finale.
Je me suis déposé moi-même sur le paillasson de mon immeuble.
J’ai sonné.
J’ai attendu.
Personne n’a ouvert.
Alors je suis resté là.
En vrac.
En transit.
« Statut : livré. »
Mais pas reçu.

= commentaires =

A.P


    le 04/06/2026 à 08:54:37
Quand l'entreprise broie ses employés, les soumet aux cadences infernales, les remplace comme des fringues achetées sur Shein...
Quand les patrons remplacent le savoir-faire par la programmation, sacrifient leurs employés aux objectifs de rentabilité, regrette le "bon temps" de l'esclavagisme...
... Caz, après avoir fricoté avec Cronenberg nous livre une masterclass.

Simple, clair, percutant, intelligent, original et politique.

Bon puisqu'on est sur la Zone je vais quand même te traiter de pauvre cruche pour la forme et ce de manière totalement gratuite.





Pauvre cruche.
Nino St Félix


    le 04/06/2026 à 12:52:44
Je vais dire de la merde, comme d'hab, et j'espère que ça me vaudra une avalanche de PP négatifs, ou quoi caisse, RAB.

Pis en plus je radote, donc c'est mon QI de 75 qui ne me permet pas d'aller plus loin.

encore une fois, une idée sympa, desservie par le style. Oui, je sais : c'est volontaire, une adéaquation fond/forme, la critique de la société de l'immédiat, du putacliquisme consumériste, de l'anomie. Et peut être même ironique et assumé, sans doute même, je suis pas là pour chercher les poils de cul de l'égo des auteurs, ce qu'ils ont voulu dire, pourquoi, comment.

Je suis juste un connard de lecteur a deux balles. Un lecteur qui ne supporte pas de lire, en un seul paragraphe, deux fois :

PAS un bruit de doigt qui craque.
NON.
[...]
PAS une blessure : une bouche.

Pitié. Pitié, je sais que notre temps de cerveau disponible est en régression, et j'ai moi même expliqué hier que me bouffer 20 pages de charabia ça me donnait la chiasse. Mais l'excès inverse, c'est pas mieux. On parlait de l'écriture assistée par IA, je sais plus quand, mais là, c'est de écriture humaine qui copie (même en la parodiant) l'IA. Et pire même : c'est le style de l'époque. Le style LinkedIn.
Et putain moi aussi ça commence a me contaminer.
J'ai envie de mettre des points.
Pas des virgules, des points.
Partout.
Et des retours à la ligne aussi.
Qui font comme un nouveau départ.
Pas une répétition.
Un nouveau départ.
Et je comprend. Je comprend ce style, je comprend ce besoin.
Je comprend l'époque.
Mais j'y accroche pas.
Le pauvre cruche, c'est moi.
Il suffit de deux négation pour m'aliéner.
C'est pitoyable, désolé.
Mais c'est comme les 67 "comme" que j'ai compté dans un texte a bientôt venir.
C'est comme le pédagogisme outrancier du texte d'hier.
Le pacte ne fonctionne pas, ne fonctionne plus, a cause de ça, juste ça.
Parceque je suis qu'une merde superficielle.
Point.
final.
Lapinchien


    le 04/06/2026 à 15:04:40
Nouvel opus de Transformers sans Shia Labeouf, mais que fait la police des mœurs ? Perso, j’ai adoré.
Nino St Félix


    le 04/06/2026 à 15:20:41
Oui, je me relis, c'est un peu violent et Caz n'y est pour rien, mais je n'accroche plus à ce style, et pourtant j'ai aimé, et quand je dis "ce style" je ne parle pas du style de Caz, je parle de cette façon d'écrire et de segmenter. Ce qui me déprime c'est que justement dessous il y a du travail, de la créativité, mais que cette façon d'écrire (oui, voilà, c'est pas le style, c'est la façon d'écrire en fait) m'éloigne du fond. Comme je l'ai dit parceque je suis superficiel, et un nazi de la lecture, sans doute. Ca n'enlève rien a la qualité du texte et je comprend qu'on l'apprécie, et en fait j'aimerai y arriver. Mais je peux pas, ce truc des double négations, des retours à la ligne systémiques...

bon, au moins, on pourra pas me reprocher de chercher du sens et d'herméneuter a tout va...
Lapinchien


    le 04/06/2026 à 18:01:08
L'image IA avec l'exploit d'avoir un perso à 6 doigts alors que ce problème est réglé depuis longtemps.
Lindsay S


    le 04/06/2026 à 21:06:14
C'est le paradoxe du texte : il dénonce l'optimisation à outrance avec une efficacité remarquablement optimisée.

Tout est livré dans les temps. Les mutations arrivent à l'heure. Les images grotesques sont soigneusement emballées. La satire est correctement étiquetée. Même la chute bénéficie d'un suivi de colis.

C'est là le travail d'un artisan très compétent qui sait exactement quoi livrer et à quelle adresse. C'est agréable à lire, mais un peu confortable.
tomatefarcie


    le 04/06/2026 à 22:04:09
Nino a tout dit dans son premier commentaire. Rien dans le second, celui où il s'excuse.
Incontestablement, Caz est dans le top de ce qui est proposé en ce moment sur lazone. Mais ce texte, soit c'est un prank raté car rien ne permet de comprendre que c'en est un, soit c'est juste raté, pour à peu près toutce qu'en a dit Nino dans son premier comm (ne lisez pas le second). De ce que j'ai lu et lis quotidiennement de l'autrice, je penche pour la première hypothèse. Si ce n'est pas le cas, alors j'espère que ce texte a été écrit "avant" (qu'elle trouve sa propre voix, qu'elle devienne alcoolique, ou pire, qu'elle essaie de (com)plaire).

En gros, c'est pourri.
Nino St Félix


    le 04/06/2026 à 22:15:29
Bin en fait vu que ça a l'heur de plaire, cette façon d'écrire, j'en viens à me dire que soit je suis un vieux con qui ne comprend rien, soit je suis un vieux con tout court, peu importe. C'est ça qui me déprime, je me dis que ça a l'air super vu les autres commentaires, ici et sur d'autres textes écrit dans ce style, un peu comme si y aias une super fête disco et que moi, je suis devant l'entrée et j'essaie de regarder a travers les fenêtres pour voir tous ceux qui s'amusent, et que j'ai pas le droit de m'amuser avec eux, parceque j'ai pas le groove dans la peau.

Donc en fait ce texte m'a rendu triste.
Nino St Félix


    le 04/06/2026 à 22:18:48
Après un doute m'habite profond.
Je crois que Caz avait demandé à supprimer certains de ses textes. Ou du moins a en geler la publication.
J'espère qu'on a pas fait une connerie en publiant celui-ci. Mais on avait pas la liste... Si c'est le cas j'ajoute l'excuse a la désolation
LePouilleux


    le 04/06/2026 à 23:10:27
Nino > On peut monter un club des merdes superficielles alors. J'ai aussi buté sur le style, comme l'impression de voir des grosses ficelles dépasser du texte, surtout avec le "pas machin mais truc" répété deux fois. Et maintenant que tu as mis un nom dessus je peux pas m'empêcher de le voir ce style froid et impersonnel. Pourtant le texte est bon, bien rythmé et bien construit.
Caz


    le 05/06/2026 à 19:22:30
Merci pour vos retours !
Caz


    le 05/06/2026 à 19:32:57
Et Nino, moi je considère que t’as le groove.
Cormary Stéphane


    le 08/06/2026 à 11:49:36
"Un livreur en livrée, livre et délivre des livres, ivre et délivré"
Marcel Prout
Castor tillon


    le 08/06/2026 à 13:00:59
El Nino, effectivement. Ceci dit, dans un texte aussi court, la segmentation, ça passe. En roman, ça serait illisible.
Sinon, j'aime bien l'histoire.

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