LA ZONE -
Résumé : Quelque part entre eXistenZ de Cronenberg, Minority Report et Mr.Robot existe dans le multivers onirique le storyverse dickien enfanté par l'imaginaire de Claker et renommé "Le Seuil du miroir". La dystopie dans ce second volet y dévoile la conspiration qui semble en être le fondement : une société qui asservit délibérément un tiers de ses citoyens réduits aux tâches les plus ingrates alors que les deux tiers restants vaquent à des occupations artistiques tout en se droguant pour naviguer dans un Internet des cerveaux connectés. Clacker manie avec brio toutes les recettes dickiennes en ajoutant son petit grain de sel. On se délectera en particulier des passages sur les troubles d’altération et augmentation de la perception de la réalité. Avec des contributions de cette qualité la Zone va bientôt être rachetée par Netflix qui en fera un laboratoire clandestin dans l'antichambre de ses usines à R&D de son département storytelling. Addictive et puissante, cette drogue de synthèse produite par Clacker ne manquera pas de satisfaire tous les camés que nous sommes. Bientôt des mégatonnes de pétitions sur Change point org pour lui réclamer la suite. A noter que la sœur de P.K.Dick est promue héroïne principale de l'oeuvre. Notable aussi la dose de digressions félines qui reste constante dans cette seconde partie, probablement l'ingrédient mystère et la substance active dans la composition de la drogue. Attention, ces lignes sont à sniffer par les yeux.

Le Seuil du miroir (2)

Le 22/10/2017
par Clacker
[illustration] 5. Narcisse ne se Supporte Pas

- T'as pas l'air en forme, affirma Harry d'une voix affectée en jetant de rapides coups d'oeil à Mona. Il lui tint la porte et entra à sa suite dans Le Café du Dôme.
Cette fille pourrait être vraiment belle, si elle ne se camait pas autant, pensa-t-il. Et si elle était un peu moins déjantée.
En effet, Mona Vial n'avait pas l'air naturel, et même pas vraiment normal. Son visage fin semblait froid, encadré par ses cheveux raides et gras, regroupés en baguettes comme des queues de rat, et le maquillage bizarre et charbonneux qu'elle se faisait soulignait ses yeux bleus et les rendaient hypnotiques, comme deux projecteurs couleur azur perçant une plaque de carbone à la manière d'un laser de découpe. L'usage de la toxine Zêta ainsi que de diverses drogues la rendait maladivement maigre et pâle, et pourtant tout ça n'enlevait rien à son air juvénile. Au contraire, elle avait 22 ans mais n'en paraissait que 17.
Harry, lui, ressemblait à n'importe quel type des quartiers modestes de l'InterCité. Dans la trentaine, vêtements amples, barbiche et air faussement détendu.
Mona cliqua de son index effilé sur la case "double expresso" de l'écran tactile incorporé à la table puis dégaina sa cigarette électronique. Elle inspira plusieurs bouffées puis recracha la vapeur au visage de Harry, qui commandait à son tour.
- Ca sent la beuh, ton truc, dit-il en fronçant les sourcils. Tu voudrais pas éviter d'attirer l'attention ?
- Ca m'aide à me concentrer, répondit Mona. Alors H., raconte-moi tout.
Ils se connaissaient par leur prénoms mais n'utilisaient que les initiales, par prudence.
- Bon, commença-t-il, tu te souviens de Z. ?
Mona aquiesça.
- Tu sais qu'elle a disparu de tous les radars en ce moment ? Impossible de la contacter, personne sait où elle est.
La jeune fille hocha la tête avec impatience. Elle savait déjà tout ça.
- Mais ce que tu ne sais pas, c'est qu'avant de disparaître mystérieusement, elle a réussi à me transmettre..., Harry s'arrêta le temps que la serveuse dépose les cafés et reparte. Il reprit :
- Elle a réussi à me transmettre des informations classifiées.
Le regard de Mona se fit plus intense. Harry s'en sentit tout fier l'espace d'un instant. Lui, le simple Harry, avait de quoi captiver la géniale et étrange M. Il ne put contenir un sourire en continuant :
- Et crois-moi, ces infos sont explosives.
Silence pendant lequel on n'entendit plus que le cliquetis rapeux du clearomiseur de la cigarette électronique.
- Bon, et pourquoi tu ne me les as pas envoyées par IC ?
- Holà ! Trop risqué. Non, il valait bien mieux faire un transfert direct, à l'aide d'un câble InterCom modèle D-3.
- Un transfert par câble !? Mais il te suffisait juste de crypter les données avec n'importe quel logiciel un peu correct et de me les envoyer via la boite fantôme avec Duplicity, s'emporta Mona, qui tremblait en tenant sa tasse de café. Elle en renversa d'ailleurs sur son pantalon de cellulose et grimaça.
- Calme-toi, je t'en prie, dit Harry en jetant des regards anxieux dans toutes les directions. Je ne veux prendre aucun risque, voilà tout. Et je ne maîtrise pas aussi bien que toi le Zêta... Allons aux chiottes pour faire le transfert.
- Ouais, bonne idée, grogna-t-elle en agrippant son sac à main.
Sitôt la porte refermée sur eux, Mona retira sa veste en cuir Pure Human(R), s'accroupit et se mit à préparer une ligne de cocaïne sur l'abattant des toilettes. Bien évidemment, elle n'en proposa pas à Harry, qui soupirait en la regardant faire. Cette fille est un joli petit cargo à la dérive. Un cargo plein jusqu'aux yeux de produits pharmaceutiques, se dit-il.
- Comment se fait-il que tu ne fasses pas exploser les portiques d'émo-analyse avec tout ce que tu te trimballes dans le sang ? demanda-t-il d'un air atterré.
Mona prit le temps de sniffer sa ligne avant de répondre :
- J'ai mis au point un super logiciel qui falsifie les données corporelles délivrées par IC. Ca marche par résonnance magnétique, expliqua-t-elle en rejetant la tête en arrière, yeux fermés. Toujours accroupie, elle chancela sur ses talons, perdit l'équilibre et vint buter contre les jambes de Harry, à 30 centimètres de là. Elle éclata d'un rire dément qui mit ce dernier mal à l'aise.
- Ca suffit, relève-toi, protesta-t-il en la remettant debout. Il faut que je te transmette les infos, et bon sang c'est important !
Il commençait à se demander s'il n'y avait pas quelqu'un d'autre capable de faire le boulot... Et pourtant il se résigna. C'est la meilleure dans ce domaine, pensa-t-il.
- OK, envoie le câble, et n'oublie pas d'activer Duplicity, dit Mona, reprenant son sérieux.
Harry sortit le modéle D-3 de son manteau et tendit l'un des embouts à la jeune fille. Elle l'attrapa et de l'autre main se mit à se tâter le cuir chevelu à la recherche du port InterCom. Elle finit par le trouver et brancha le câble directement sur la pastille. Harry fit de même. Tous deux ouvrirent leur gestionnaire IC et procédèrent au transfert de données. Deux êtres humains bizarrement connectés par un lien qui n'était pas sans rappeler un cordon ombilical.
Mona Vial en profita pour lire les documents en direct. Il s'agissait de pages scannées d'une étude écrite à la main - chose extrêmement rare dans ce siècle hautement numérique - par, semblait-t-il, un chercheur de l'institut Bastet Pharmacologie. Le rapport traitait des effets à longs termes d'une manipulation génétique effectuée en laboratoire sur des fétus humains.
Le visage de Mona vira translucide. Elle lut que les expérimentations étaient effectuées sur 30% de toutes les naissances, de manière totalement arbitraire. Elle fit le lien instantanément : 30%, c'était la part exacte de Sereins au sein de la société.
La manipulation avait vraisemblablement pour effet d'accroître les capacités physiques de l'individu à naître, sa resistance à la fatigue et au stress, mais présentait aussi pour effets latéraux une diminution drastique de ses capacités cognitives et une atrophie des noyaux gris centraux du cortex frontal, responsables de la capacité de délibération. En clair, les sujets ne disposaient plus de leur libre arbitre.
Harry, qui guettait la réaction de Mona, prit la parole :
- Ouais. C'est un document officiel. Le sceau électronique en bas de page est bien celui de Bastet Pharmacologie.
- Bordel. Mais comment Z. a fait pour se procurer ça ?
- Aucune idée. Tout ce que je sais c'est qu'elle a réussi à pirater un Datas-TITAN.
- Impossible. Ces boites sont complètement étanches. Le Religat n'a même pas...
Elle s'arrêta de parler, comme frappée par une évidence. Harry observa son air pensif pendant plusieurs secondes. Il n'osa pas lui demander ce qu'elle avait en tête. Elle débrancha le cordon D-3 et se frotta le visage des deux mains.
- Bien. Il nous faut plus de preuves. On ne peut pas simplement vendre cette info à des journalistes indépendants. Il faut des rapports d'analyses, le nom des chercheurs impliqués, l'entreprise qui les finance, et pour ça il nous faut d'autres infos à tirer de ces Datas-TITAN de Bastet... commença-t-elle en parlant à toute vitesse, quand soudain une page InterCom indésirable lui sauta aux yeux. Elle eut un sentiment extrêmement dérangeant en constatant que la vision qui s'imposait à elle la représentait - elle-même -, dans la cabine des toilettes, mais sans Harry. Elle se voyait de face, comme si elle était observée par des yeux étrangers. Elle, Mona, toute menue dans son débardeur sans manches et son pantalon serré en mailles de cellulose, les yeux écarquillés. En fait, se dit-elle, je me vois à travers le regard de H., je suis à l'intérieur de sa tête. Comment est-ce possible ? Est-ce que je suis en train de rêver ?
Elle entendit une voix qui semblait lui venir de l'intérieur, et qui pourtant résonnait de manière lointaine, la voix de Harry :
- M. ? Est-ce que ça va ?
- Je... je crois que quelque chose... marmonna la jeune fille. Elle disposait du contrôle de son propre corps qu'elle voyait devant elle, mais c'est comme si sa conscience s'était dédoublée et pouvait s'approprier la vision de Harry. Et pas seulement sa vision. En effet, elle percevait tout un tas d'émotions propres à son ami, mais sans pouvoir influer de quelque manière que ce soit. Elle ressentait également un étrange désir... un désir charnel... pour Mona ! Enfin, pour moi... Je me trouve séduisante ! se dit-elle avec angoisse. Elle était en train de faire l'expérience directe de l'attirance que Harry éprouvait pour elle-même.
- Qu'est-ce que t'as ? demanda-t-il en posant sa main sur l'épaule nue de la jeune fille.
Il fixe intensément mes lèvres, se dit-elle. Il voudrait bien m'embrasser. Et moi aussi je voudrais bien m'embrasser.
Elle secoua la tête et s'efforça de fermer le canal parasite, le visage crispé. Elle y parvint au bout de quelques secondes, et soupira longuement. Elle était de nouveau elle-même, dans sa propre tête, et son regard, le sien propre, croisa celui de Harry, visiblement inquiet.
- Ca va, aucun problème, dit-elle en reprenant contenance.
- Tu devrais peut-être y aller mollo avec la came...
- Pour en revenir à notre affaire, je crois que je sais comment faire.
- Comment faire quoi ?
- Pirater les Datas-TITAN.

6. Le Loup contourne le Berger

Mona Vial rentra dans son petit appartement de banlieue. Elle avait la tête pleine comme un oeuf, et tout se bousculait dans son esprit. Elle boucla sa porte à double tour, jeta sur le sol son manteau de cuir trempé d'un geste las, envoya balader ses chaussures, et rejoignit son atelier de travail, qui était en fait sa salle de bain - l'appartement ne disposant que de deux véritables pièces, à savoir la chambre à coucher et le salon-cuisine. Elle actionna l'interrupteur et une lumière crue et bleue illumina la pièce encombrée de dizaines de sculptures, la plupart inachevées. Mona, un jour qu'elle était particulièrement défoncée, crut lire quelque part en surfant sur le Religat que les radiations lumineuses de couleur bleu permettaient de canaliser la créativité et augmentaient la capacité de concentration. Alors elle avait remplacé l'ampoule LED blanche de son "atelier" par une bleue. Ainsi la salle de bain ressemblait à un étrange musée d'art moderne miniature.
Elle se mit à genoux sur un tapis en fibre de polypropylène, près d'une ébauche de sculpture commencée quelques nuits auparavant, attrapa ses boites de matériaux ainsi que du gel coagulant et se mit à l'ouvrage.
L'art de sculpter, le travail de la matière lui permettait de ne pas perdre totalement pied avec la réalité objective. En effet, l'usage du Zêta ainsi que de nombreuses autres drogues, et même simplement l'utilisation excessive et déviante de son InterCom altéraient profondément sa capacité à se reconnaître comme être unique, comme personnalité singulière, et déformaient même sa reconnaissance des figures géométriques simples, comme la représentation des lieux dans lesquels elle évoluait. Une simple chambre, quatre murs, un plafond et un sol, pouvaient par moments d'angoisse la perdre dans un labyrinthe dépourvu de logique euclidienne. Parfois, pendant des heures entières, Mona ne savait plus distinguer une droite d'une courbe, et un banal plafond lui donnait l'impression de se tordre dans des positions extrêmement troublantes - et impossibles.
Un psychanalyste de renom, Charles Rosen, avait décrit cet ensemble de symptomes comme faisant partie du spectre de la schizophrénie, et avait nommé ces troubles sous l'appellation globable de "Syndrome de la maison des horreurs" (mieux connu par la suite, par souci de simplicité, comme "Syndrome Rosen"), en référence aux très anciennes attractions de foires destinées à l'amusement des enfants et des adolescents du 20 et 21e siècle. Il expliquait que la maladie pouvait entre autre prendre sa source dans l'utilisation abusive du système de communication InterCom, mais qu'un terreau à la fois génétique et environnemental n'était pas à négliger dans le déclenchement du syndrome. Dans son ouvrage le plus célèbre, Les Mondes intérieurs, il le décrit ainsi :

"L'individu en proie à une crise de ce type a le sentiment d'être coupé brutalement de ses habitudes mentales, il se sent physiquement et psychiquement enfermé dans une zone limite où les lois qui composent cette zone, et les personnes et objets qui l'habitent, se comportent et agissent de manière parfaitement incohérente face à la réalité dite objective. A l'image de ces foires folkloriques et archaïques des siècles derners, un micro univers dans lequel tout peut arriver et où les actes et leurs conséquences sont altérées s'installe dans la psychée de l'individu. Parmi mes nombreux patients qui présentaient ce trouble caractéristique, certains particulièrement atteints se sont mis à tirer à la carabine dans une foule de gens depuis leur fenêtre en s'imaginant qu'ils gagneraient une sorte de trophée divinisé suivant leur habileté à viser juste, d'autres étaient persuadés que tout ce qui se trouvait dans leur appartement, meubles, murs, plafonds et fenêtres était uniquement composé d'une matière réfléchissante à la manière d'un vieux miroir au mercure déformant, d'autres encore pensaient que leurs animaux de compagnie, et notamment les chats, étaient des réincarnations parlantes d'aristocrates célèbres...
Pour ce qui est du langage, le patient utilisera bien souvent des expressions comme se sentir "face au goufre", "sur le seuil du miroir", ou encore "en équilibre sur le mur", ou variantes impliquant un effet de renversement de perspective.
Les troubles hallucinatoires du syndrome peuvent prendre des formes extrêmement diverses et variées, plus ou moins prononcées, mais une thérapie sur plusieurs années ainsi qu'une médication correctement dosée donnent des résultats satisfaisants en terme de "stabilisation" de l'individu."


Mona contempla son oeuvre un moment. Bien que non achevée, la sculpture lui ressemblait par bien des côtés. C'était un buste fin et délicat, dont le visage finement détaillé arborait une expression d'angoisse, la bouche légèrement entrouverte et les yeux grands emprunts d'une frayeur sensible.
Elle se sentait mieux, plus en phase avec son identité, et s'allongea sur le tapis en polypopylène, les yeux mi-clos, bercée par la douce lumière bleue que délivrait l'ampoule de la salle de bain.
Le seul moyen de pirater un Datas-TITAN, songea-t-elle, c'est de l'ouvrir physiquement, d'y brancher un câble InterCom et de télécharger les données en direct. Mais les boites sont vérouillées grâce à des cadenas de haute sécurité, fabriqués dans des usines spécialisées. Pour passer outre les cadenas, il faudrait les falsifier à la source, au moment de la fabrication. La surveillance vidéo dans ces usines est totale, impossible d'y aller en personne.
Mona ferma complètement ses paupières et émit un soupir de détente. Elle pouvait percevoir la solution, quelque part dans un coin de sa tête. Il y avait une solution.
Les Sereins, pensa-t-elle. Il faudrait persuader un Serein de l'usine en question de modifier ses plans de travail. Mais l'InterCom des ouvriers Sereins ne répond qu'aux seuls codes d'accès des Décisionnaires... et celui de ces derniers est impénétrable, à moins de réussir à infiltrer l'IC d'un citoyen-D, un membre de la Défense, qui disposerait, lui, des autorisations pour le faire.
Peut-être est-ce ainsi que Z. avait procédé ? Mais elle avait fini par disparaître. Etait-ce de son plein gré, ou s'était-elle fait prendre ? Après tout, l'opération est extrêmement risquée, les points d'erreurs sont nombreux, qui sait le genre de traitement que les autorités prévoient dans le cadre d'une telle intrusion.
Elle prit le temps de réfléchir plusieurs minutes, puis ouvrit grands les yeux et se leva de son tapis d'un bond. Le jeu en vaut la chandelle, décida-t-elle.

7. Le Désespoir du Surveillant

A l'heure du déjeuner, alors que tous ses collègues étaient en pause, Tobias Barrera restait seul dans la salle de contrôle de l'Office de Sécurité-33. Il n'avait aucun appétit et ruminait la perte de son enfant, considérant la situation comme un véritable deuil. La découverte du trouble génétique qui faisait de sa progéniture un Serein s'apparentait dans son esprit à une fausse-couche, ou à une sorte de maladie mortelle déclarée non seulement dans sa descendance, mais aussi et avant tout dans ses propres gènes, en tant que porteur sain.
Il parcourait sans le moindre enthousiasme les IC de citoyens lambdas dont on lui avait attribué la surveillance. Prenant à peine le temps de consulter leur historiques, il se documentait en parallèle sur les conditions de vie des Sereins via des sites d'InterInformations gouvernementaux. On n'y apprenait pas grand chose, sinon que les Sereins étaient le ciment de la société, les ouvriers et les artisans permettant le brillant équilibre des structures en place. Que leur type de travaux s'adaptait particulièrement bien à leur métabolisme différent, et qu'ils étaient une chance pour la nation.
Il fut arrêté dans sa lecture par un appel sur son InterCom. L'identifiant et le portrait de l'appelant étaient ceux de sa femme, Héléna.
Etrange, elle ne m'appelle jamais au boulot, pensa-t-il. Il décrocha l'appel :
- Un problème ?
- Officier T. Barrera, j'aimerais discuter d'un sujet important avec vous, dit une voix qui ne ressemblait en rien à celle de sa femme et qui était visiblement trafiquée.
Pris de court, Tobias resta silencieux un moment. Puis, en s'apprêtant à déclencher mentalement l'alerte piratage de son IC, il demanda :
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Qui êtes-vous ?
- Je vous en prie, écoutez-moi avant de dénoncer cet appel. Vous n'auriez pas décroché si je n'avais pas utilisé l'identifiant de votre femme. Je veux seulement que nous parlions.
Tobias, bizarrement, avait envie de faire confiance à la voix. Ou peut-être était-il tellement mélancolique que tout ça lui importait peu.
- Et bien, parlez, dit-il.
- Très bien. Excusez mes méthodes, mais je dois commencer par vous dire que j'ai infiltré votre InterCom ainsi que celui de votre femme, et ce dans le seul but d'en apprendre un peu sur vos vies. J'ai lu vos cartes d'identification, vos livrets de famille, dossiers médicaux, carnets d'adresse, historiques de navigations, listes de courses et navigations privées.
Tobias resta muet.
- Mais rassurez-vous, je ne compte pas revendre ces informations. Je ne les ai même pas stockées, continua la voix. Je viens seulement requérir votre aide.
- Ecoutez, si vous voulez parler sérieusement, identifiez-vous. Vous savez tout de moi, je ne sais rien de vous. Ca ne vous semble pas déséquilibré ? rusa-t-il.
- En vérité je ne sais pas tout de vous. Ce qui est affiché dans votre InterCom ne représente pas vraiment ce que vous êtes, ni vos états d'âme, vos valeurs et encore moins vos pensées.
Nouveau silence.
- Mais... c'est d'accord, reprit la voix. J'ai votre parole que vous ne me dénoncerez pas illico à votre hiérarchie ?
- Vous venez de me donner toutes les raisons de le faire, rétorqua Tobias.
Silence.
- J'attendrai de connaître vos intentions. C'est un risque que vous devez prendre, ajouta-t-il finalement.
Son IC se mit alors à produire une fenêtre de visiophonie dans laquelle apparut une jeune fille, presque une adolescente. Elle était pâle, comme anémiée, et semblait lutter pour ne pas s'endormir sur place. En fait, elle avait l'air droguée. Tobias ne cacha pas sa surprise, il haussa les sourcils devant son interlocutrice.
- Je m'appelle Mona, dit-elle, et la voix n'était plus trafiquée.
- Euh... eh bien, enchanté, balbutia-t-il par automatisme. Je suis Tobias, mais vous le savez déjà, ajouta-t-il d'un ton plus mesuré.
- Bien. Maintenant que nous avons fait connaissance, permettez-moi de rentrer dans le vif du sujet.
- ...je vous écoute, fit-il, quelque peu désarçonné par le ton particulièrement sérieux de cette étrange jeune fille.
- Je sais que votre fils à naître est un Serein. C'est noté dans le dossier médical de votre femme.
Le visage de Tobias se rembrunit immédiatement.
- Et j'ai quelque chose à vous transférer. Des informations qui concernent le monde, et vous particulièrement.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 22/10/2017 à 10:53:45
Vivement une opération #BalanceTonPorc sur l'Internet des cerveaux connectés. ça ce serait douloureux pour les porcs.
Lapinchien


tw
    le 22/10/2017 à 11:28:05
d'étranges souvenirs d'écriture de http://www.lazone.org/articles/90.html sont remontés dans ma tronche. Je fais un syndrome de Rosen ? Vite un Lexocalm(TM)

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