LA ZONE -

Lieu commun n° 3 : Faire table rase

Le 14/02/2016
par Mill
[illustration] Vous ne trouverez chez moi qu’un seul meuble susceptible de passer pour une table digne de ce nom : le bureau. D’ordinaire, je n’ai qu’à me frayer un passage pour poser mon assiette et je grignote mon basmati sans sauce devant un livre ouvert ou une BD. Je ne reçois pas. Jamais. Manque de place, de confort et d’envie. Cette « table » constitue mon lieu de travail, d’oisiveté, de réflexion. C’est peut-être cet aspect de la chose qui m’a frappé ce matin. Alors, j’ai retroussé mes manches.
Je me suis d’abord occupé de tous les restes qui traînaient ça et là, amas de miettes, morceaux de viande et grains de riz, noyaux de cerises et d’olives coincés sous le clavier, tasses noires agonisant depuis perpète sous le dictionnaire du Rock, un Tardi ou un Cortazar. Je me suis coupé un doigt sur les bris de verre que j’ignorais depuis plusieurs printemps et trois de mes huit cendars ont chu sans grâce dans ce pauvre remue-ménage.

J’ai empoigné ensuite un sac-poubelle dans lequel j’ai jeté papiers gras, brouillons élimés, emballages oubliés. De tabac, de chewing-gums, de capotes, des sucres récupérés dans les cafés, du ketchup emprunté à McDo, de ces ceci-cela qui nous encombrent sournoisement sans qu’on y prenne garde. Des kleenex usagés, des bouts d’ongles mordillés, des poils par milliers, des cheveux. Plus j’avançais, plus j’accordais à mes actes un sens profond, libérateur : j’accomplissais le grand ménage. J’ordonnais mon existence, me rangeais de fond en comble. Je devenais la vague qui m’emporterait au loin.

J’ai pris chacun des trois cents livres, l’ai dépouillé de sa poussière, avant de le confier à ma bibliothèque, selon un classement bien précis. J’ai glissé dans sa boîte le livret de chaque CD que j’avais oublié entre deux contes, deux pages ou deux instants. J’ai retrouvé les disques, les ai nettoyés idem et ma collection privée a repris peu à peu sa forme initiale. Stylos et capuchons se sont remis en ménage. Quelques morceaux de hashish se sont manifestés avant de réintégrer ma pauvre réserve.

J’ai démonté l’ordi, rangé l’écran, le clavier, la souris, l’unité centrale. J’ai passé un coup d’éponge sur la surface contreplaquée de mon bureau déserté.

J’ai fait table rase et je me suis senti con.

= commentaires =

Remarquable
    le 14/02/2016 à 18:09:33
Très bonne entrée en matière où l'on visualise à la perfection le Dude d'appartement.
Respect, frère, comme dirait Serge Aurier.

Quant au classement de livres, je suis partisan du tri-partage, trois niveaux horizontaux pour chaque attitude :
- indiscutablement lus
- à moitié/tiers-lus, mais bon lol quoi
- à moitié/tiers-lus et à lire putain

J'en profiterai aussi pour ajouter mon sentiment au bureau en tant que pièce, et je m'adresse ici spécifiquement aux individus célibataires qui ne sont pas faits une raison.
Le bureau doit être votre première préoccupation dans le cadre d'une cohabitation, et ce indépendamment du nombre de relations sexuelles que vous avez pu mener à bien avec l'être en question.
Le bureau, doté d'une porte et dans l'idéal d'un verrou, sera votre ami, votre canot gonflable, votre tyrolienne et votre espace de téléportation pour les décennies à venir, ne négligez jamais un bureau.
Chaque visite d'appartement doit débuter et se solder par cette simple question : Où est mon bureau ?
se sont
    le 14/02/2016 à 18:10:41
pas faits une raison.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 14/02/2016 à 21:39:57
Le président Mao a dit : le révolutionnaire doit être dans une table rase comme un poisson dans l'eau.

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