LA ZONE -

Vénus d'un jour

Le 05/02/2026
par KORBUA
[illustration] C'est l'histoire d'une première rencontre.. et d'une malédiction..
Site industriel de C.. durant la pause..    
Fabien le monteur avait rencontré une femme.. une femme admirable selon lui.. pas comme celles qui ne pensent qu'à se faire trouer au petit bonheur.. mais une femme qu'on peut élever au rang de déesse.. une déesse compréhensive et consolatrice.. bien sûr.. avec des rondeurs égéennes.. tenant dans sa main la victoire de l'amour.. sous des cieux complices.. à l'aurore éternelle.. et rose.. célébrée par Sapho depuis son point de chute..
Fabien a senti sa vie basculer en quelques heures.. il est tombé dans les feux de l'amour.. comme un poisson dans l'océan.. il a dit qu'il voulait épouser cette femme unique et lui faire des enfants.. pour se ranger des voitures.. raccrocher.. avoir une vie normale.. et ne plus être un mercenaire du travail payé à l'heure ou au pouce.. baladé dans le monde entier.. à terre ou en off-shore..
Fabien était encore jeune et capable.. alors il croyait en son avenir.. loin du chantier.. avec Jelly.. sa gentille femme rencontrée dans un bar.. elle essuyait les verres derrière le comptoir.. il l'a regardée.. elle était très belle.. trop belle dans ce décors banal à pleurer.. mais le patron du rade était son mari.. ils s'étaient mariés un mois plus tôt.. une belle connerie qu'elle regrettait déjà..
Fabien le galant ne s'est pas dégonflé.. il a soufflé un bon coup avant de proposer à la fille de le suivre.. ce qu'elle a fait aussitôt.. sans hésiter.. elle a jeté son tablier de serveuse sur le zinc.. devant son mari effaré.. puis elle a dit qu'elle partait avec son amour.. pour toujours..
La scène s'est jouée devant des clients médusés.. le mari n'a rien pu faire pour retenir sa femme.. il s'est jute mis à pousser des cris de cochon qu'on égorge.. on pouvait l'entendre jusque dans la rue.. des passants surpris s'arrêtaient.. mais le cocu n'a pas bougé.. Fabien l'avait prévenu.. il ne voulait pas de scandale..
Fabien a quitté le chantier le soir même.. ça n'a pas traîné.. les gars de l'équipe ont bien ri de cette histoire.. le Marseillais surtout.. un vieux de la vieille tireur de câbles qui aimait amuser la galerie.. "Fabien reviendra au chantier quand sa Vénus l'aura pompé jusqu'au dernier billet.. certaines savent s'y prendre.. il reviendra au chantier comme un toutou fidèle rentre à la niche.. je connais bien Fabien.. c'est un idiot avec les femmes.. il se croit capable de tout accepter pour cette pute.. mais il se trompe.. même s'il trouvait un autre boulot dans ses cordes il ne pourrait pas ramper devant son chef pour le garder.. ce n'est pas dans sa nature.. donc c'est perdu d'avance.. évidemment.. il ne s'en rend pas compte parce qu'il est aveugle.. mais le chantier est une fatalité à laquelle on n'échappe pas.. nous le savons tous ici.. seul Fabien ne le sait pas encore.. c'est pourquoi il reviendra bientôt.. quand il aura flambé sa paye.. il reviendra.. la queue entre les jambes.. et l'autre gourde n'aura plus qu'à aller se faire voir.."

= commentaires =

Nino St Félix

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Pute : 155
    le 04/02/2026 à 13:24:59
La suite des aventures de la France d'en-dessous.
Je suis curieux de lire les commentaires sur l'image de la femme dans ce texte. le "pas comme celles qui se laissent trouer" ouvre grand la porte du "kikiparle?". Pour faire écho au débat de haute volée, ici on est dans l'entre deux, écrit avec les tripounettes, avec quand même le soin de pas en foutre partout, mais peut être que du coup, ça affadit le cliché.
Car c'est un cliché, au sens propre du terme, un image ternie, jaunie, fixe et pourtant mobile, d'une existence pauvre comme la narration, fixée dans un més(aventure) qui sent le pastis et la jaunisse (thématique jaune du jour).. Qui nous renverra pour les plus heureux d'entre nous.. Dans un bouge sans âme ou on jouait au baby.. En attendant Godot..Et puis les amis qui s'en vont.. Et reviennent jamais.. Pour aller bosser sur les chantiers.. Ou s'enterrer dans les banlieues encore plus blèmes.. et ça n'en fini pas, malgré les points, les trois points, les deux points.
Lapinchien

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Pute : 315
à mort
    le 04/02/2026 à 13:42:40
Je n'ai pas encore lu le texte mais dans la critique, je trouve que le fait de trouver évident de trouver des misogynes sur un chantier est de la misandrie. Cela dit, cela fait belles lurettes qu'il y a de plus en plus de femmes sur les chantiers alors peut-être que c'est un a-priori antitractopelliste en fait.
René de Cessandre

Pute : -166
    le 04/02/2026 à 14:01:02
L'IA aurait dit que le chantier devenait un personnage à part entière. Et pour une fois, elle aurait tapé juste, parmi tous ses coups donnés dans le vent.
On ne peut pas dire qu'il ne se passe rien dans ce texte : deux personnages qui veulent fuir leur vie quotidienne (peut-être leur seul point commun) et qui changent d'existence, non pas du jour au lendemain, mais d'une minute à l'autre.
Mais on ne change pas aussi facilement sa vie.
L'entreprise paraît rationnellement vouée à l'échec, les garde-fous de la réalité que sont les contingences matérielles laissent prévoir le retour de Fabien au chantier et sans doute celui de la femme (qui n'a pas de prénom : Fabien n'a même pas pris le temps de le connaître, indice qu'il poursuivait plus un phantasme qu'il ne recherchait vraiment une compagne), au bar et près de son mari (qui semble ne demander que ça).

Pour les ".." qui agacent certains : parfois cela devient un tic, d'accord. Mais à l'origine ce choix marginal est signifiant : cela s'accorde au style de Korbua, pour lequel le point unique de fin de phrase segmente trop la pensée et les "..." la ralentissent trop. Les ".." sont un moyen terme, qui marque une réflexion un peu plus longue que ne le ferait la virgule qui est juste une marche que l'on monte (ou descend) sans vraiment y faire attention), alors que les points-virgules nous feraient trébucher, les "..." suggèreraient un suspens qui n'a pas lieu d'être, et les ":" rendrait le discours artificiel et trop affecté.
Pour fuir ces pièges et plier son écriture à sa pensée, Korbua choisit celui des ".." et l'assume.
Les grincheux diront : "S'il faut un mode d'emploi pour lire un texte, c'est pas pour moi !".
Mais personne ne les force.
Donc j'aime bien tes textes, mais malgré tout n'abuse pas des ".." par péché d'habitude ou facilité : ce sont des édulcorants savoureux, mais trop gâcheraient le goût du plat.
Lapinchien

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Pute : 315
à mort
    le 04/02/2026 à 14:16:34
Attention, Zola n'a qu'a bien se tenir. KORBUA investit le réalisme social brut. Fabien a du mal a conjuguer son désir de péter des schnecks et ses connaissances raffinées sur l'antiquité grecque. Je n'ai pas trop compris s'il travaillait sur un chantier urbain ou une plateforme pétrolière mais ça doit pas être bien différent. L'histoire d'amour est expédiée à 100 à l'heure, plus rapidement que l'idylle entre Sandra Bullock et Keanu Reeves dans le film "Speed", on a l'impression d'un constat d'huissier sténographié lors d'un flagrant délit d'adultère. Le passage de la victoire de l'amour sous des cieux complices aux cris de cochon qu'on égorge du cocu en quelques mots donnent d'ailleurs l'impression qu'on s'est fait violer le cul par les yeux et ça grattouille un peu après la lecture. Ce simple arc narratif pourrait couvrir 123 épisodes des Feux de l'amour par exemple. La malédiction du chantier vortex in fine ressemble plus à une réinterprétation du mythe de Sisyphe où le héros à la place des grosses boules pousse de la greluche.
A.P

Pute : 134
    le 04/02/2026 à 14:36:58
Ce n'est plus de la misère humaine à ce niveau, c'est du bon gros cassos'.
Je commence à me lasser...
1000i

Pute : 24
    le 04/02/2026 à 14:39:28
Un bon point pour Korbua, son texte a fait sortir Nino Saint Félix de sa période scato ! Bravo et merci !

Sinon, je me suis questionnée sur le « .. » tout le texte, mais le sous-titrage de René m’a convaincue, OK pour moi.

Quant à l’histoire de la Vénus d’un jour, elle m’a fait penser à la chanson le Bistrot, de Brassens. Depuis ma plus tendre enfance, je me demande ce que ça donnerait si « la femme à ce gros dégueulasse » se barrait avec un beau et fringuant Fabien. Ben bof en fait… On écrirait d’elle que c’est une pompeuse de billets…

Et bé les filles, bonjour l’image de la femme ! On n’est pas prêtes de pouvoir faire ce qu’on veut de nos fesses, hein ! Parce qu’on ne peut pas être admirée ET trouées (d’ailleurs, trouées.. .. ..)
Si on quitte un homme qu’on n'aime plus pour se redonner un peu d’amour et un peu de plaisir avec un autre homme, bah voilà, on est une « pauvre Vénus » (encore un clin d’œil à Brassens, tiens).
Merde alors !
Vulve power !
Lapinchien

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Pute : 315
à mort
    le 04/02/2026 à 14:41:29
L'impression d'avoir speed-watché un prequel du film "Un air de famille" de Klapish qui pourrait s'appeler "L'enlèvement des Sabine Azéma".
Lapinchien

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Pute : 315
à mort
    le 04/02/2026 à 14:50:30
ça va tellement vite que Fabien à la pause déj' aurait pu se contenter d'entrer dans le bar, lâcher un éjac' facial sur le percolateur et retourner pointer pénard.
A.B

Pute : 69
    le 04/02/2026 à 15:11:46
Quel gros con le Marseillais. Le disque pété du type qui n'a même pas choisi son slip.

J'aime bien l'ambiance et le traitement de l'histoire courte. Un truc frai dans le décor déprimant; la story amoureuse d'un type un peu héroïque qui se bouge le cul et là bam! Le marseillais qui empeste la mort en bouche.
A.B

Pute : 69
    le 04/02/2026 à 15:26:42
L'enlèvement des Sabines Azema 😂
Lindsay S

Pute : 241
    le 04/02/2026 à 21:50:52
Je connais le scénario : Fabien tombe amoureux. Trois mots. Tout le reste ? Des envolées poétiques lourdingues et de l’ironie forcée. J'y reviens parce que ça se lit, mais soyons clairs : ça brille par le style, pas par l’histoire. Toujours surfait, et toujours aussi vide.

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