Dimanche après-midi..
Dans la salle de bain..
Le p'etit Michel s'est regardé longtemps dans le miroir avant d'appuyer sur la détente.. mais le 7.65 qu'il dirigeait contre sa tempe a glissé.. ainsi la balle n'a fait qu'emporter le haut du crâne.. épargnant plus ou moins le cerveau.. alors le p'tit Michel a survécu.. avec une plaque en métal dans la tête.. mais il a survécu..
Bien sûr le p'tit Michel a perdu son job après cet accident.. et il a aussi perdu sa femme.. puis il s'est fait expulser de son appartement confortable et bien éclairé.. avant de finir au village dans un logement insalubre et non déclaré..
Il habitait un deux pièces avec ses cinq chiens féroces.. ces bêtes dévoraient des kilos de viande par jour qu'elles transformaient en kilos de merde.. et tout ça flottait aux premières pluies dans la cour intérieure du logis..
Le p'tit Michel tuait sa solitude comme il pouvait.. sa consommation de « jaune » ne cessait d'augmenter.. il ne mangeait presque plus car l'alcool suffisait.. et puis les chiens passaient d'abord.. le p'tit Michel savait leur parler.. les calmer.. les rassurer.. en fait il parlait chien.. et les chiens le comprenaient et le respectaient comme leur maître bienfaiteur..
Tous les soirs le p'tit Michel restait chez lui.. télé allumée.. ça lui arrivait parfois de se croire ailleurs.. et c'était peut-être vrai.. ici devenait un ailleurs.. sans doute plus vaste.. plus profond.. dans une sorte de vertige.. de quoi liquider le quotidien lessivé.. les tâches inutiles.. tout ce qu'on a abandonné..
Le p'tit Michel n'attendait personne.. pourtant un jour quelqu'un est venu.. l'homme s'est présenté.. riche collectionneur propriétaire de nombreux véhicules de prestige.. il avait acheté à Bordeaux deux Norton modèle Manx coursifié d'usine.. une rareté car très peu d'exemplaires au monde.. mais les moteurs n'amorçaient plus.. un ancien du village avait dû recommander le p'tit Michel qui avait été un mécano hors pair dans sa première vie..
Pendant deux jours le p'tit Michel n'a pas bu.. ou si peu.. le temps de régler les deux motos capricieuses chez leur acquéreur qui avait aussi une belle maison dans le coin.. ce n'était pas un petit job.. aucun manuel d'atelier n'a jamais existé pour caler ces moteurs préparés en 1954.. c'est juste une question d'oreille et de toucher.. il faut avoir reçu l'enseignement de ceux qui savent.. être initié..
Au soir du deuxième jour le collectionneur était ravi d'entendre ses Norton tourner comme des montres.. alors il a proposé d'employer le p'tit Michel à la maintenance de son parc de véhicules en Floride.. avec un bon salaire.. mais le p'tit Michel a décliné l'offre.. il a dit qu'il n'avait pas le temps.. à cause des chiens..
LA ZONE -
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On ne le dira jamais assez.. ne pas se fier aux apparences..
= commentaires =
décidément j'adore la prose de korbua! et ses héros auxquels je m'identifie complètement à chaque fois.
Idem. J'aime le style de Korbua : phrases courtes, rythme nerveux, juste ce qu'il faut pour nous tenir en haleine, aucun développement inutile mais fortement suggéré, un anti-héros - un looser - qui transforme sa déchéance en triomphe du devoir (vis-à-vis de ses chiens, mais aussi de lui-même), et tout cela dans un texte court, sans prétention, mais effroyablement précis et efficace. Du grand Korbua, du grand Art.
Et celui qui dit le contraire aura affaire à moi !
Ouhlala René non s'il te plait pas le fouet.
Oui c'est sympa, comme toujours, de bons archétypes de la misère socio-sentimentale néo-rurale, forcément ça parle à 90 % des zonards testiculés.
Aprés il y a ce rythme particulier, sans virgules et avec ces deux points qui hésitent sans hésiter, ces phrases qu'on croit achevées et qui continuent de se dévider. Ca marche trés bien sur ce format court, dépiauté.
Un bon instantané des chroniques du presque rien, qui me parle forcément par mon tropisme motocyclique.
Mais le seul reproche c'est que Korbua prépare un superbe feu de camps, avec des matières trés inflammables, choisies avec soin et gout et... il n'allume pas le feu.
Ca manque de Hallyday.
Et en même temps c'est ce qui fait le charme de ces presque rien, c'est qu'en fait il ne s'y passe finalement presque rien. Bref, si l'auteur réussi a faire un roman de 400 pages la dessus, j'achète !
Oui Nino, c'est ce "presque rien" qui en dit long qui définit le mieux l'univers de Korbua.
Le storytelling est mort, démembré par la hache d'une impatience numérique qui exige que chaque récit soit une lobotomie de soixante secondes chrono, un peu comme le haut du crâne du p'tit Michel emporté par un 7.65 récalcitrant. Cette boucherie culturelle trouve son apogée en Chine avec les Wei Duanju, ces micro-fictions épileptiques qui dominent l'industrie en injectant du mélodrame frelaté à une plèbe zombifiée, et je me dis : « KORBUA, enculé.. », on ne le dira jamais assez, il ne faut pas se fier aux apparences de progrès. Entre deux métros, des millions d’esclaves modernes s’enchaînent des épisodes de deux minutes comme le Michel enchaîne les verres de « jaune » dans son logement insalubre, préférant la dopamine facile à la dignité d'un savoir-faire initié, celui de ceux qui savent régler une Norton Manx à l'oreille. Ce cancer narratif s'est métastasé via les Stories, les Shorts et TikTok, transformant notre attention en une merde de chien flottant dans une cour intérieure les jours de pluie, là où le vertige liquide le quotidien lessivé. KORBUA, enculé.., nous avons remplacé l'arc narratif par le spasme visuel, forçant les créateurs à devenir des dealers de micro-chocs pour une audience qui a perdu son job, sa femme et sa capacité à fixer un miroir sans appuyer sur la détente. C’est le triomphe du vide, une usine à foie gras algorithmique où l’on nous gave jusqu’à l’éclatement de la psyché, nous enfermant dans un deux-pièces mental avec cinq chiens féroces pour seule compagnie. KORBUA, enculé.., le silence est devenu un crime de lèse-majesté dans cette foire aux vanités où l'on décline l'offre d'une vie meilleure en Floride parce qu'on est déjà trop occupé à nourrir nos propres monstres numériques. Il faut pourtant admettre l'efficacité terrifiante de ces formats, optimisation ultime du cerveau disponible pour ceux qui n'attendent plus personne. Mais cette prouesse technique est l'impasse cognitive absolue, une plaque de métal dans la tête qui nous condamne à une errance fragmentée, incapables de concevoir un futur qui durerait plus longtemps qu'un balayage de pouce sur un écran crasseux. KORBUA, enculé..
En effet, de nos jours où les gens ne sont plus capables de penser par eux-mêmes, il faut leur servir des textes longs, avec beaucoup de répétitions et d'explications, afin qu'il y ait une chance que leur cerveau anémié comprenne.
Tu as compris, Korbua ?
Tu confonds la longueur du texte avec l'épaisseur de la pensée, alors qu'on ne le dira jamais assez : il ne faut pas se fier aux apparences de profondeur quand on patauge dans l'inutile. Ce que j'éjacule à la face du monde, ce n'est pas un plaidoyer pour le verbiage.
Cool un bukkake mental ! encore ! décidemment !
Conne de vie.. chienne de vie..
Le caisson abîmé, P'tit Michel enchaîne les merdes, encaisse les coups durs en tenant le lecteur par la laisse pendant 3 minutes. Puis le laisse. De toute façon on connaît la suite
On dirait pourtant. J'ai failli croire que tu plébiscitais l'écriture de Balzac qui aurait fait un roman à partir des idées de Korbua (mais c'est vrai qu'il avait déjà écrit "Les Misérables").
Mais alors qu'y a-t-il à reprocher au texte de Korbua ?
> A.B. : ah , oui, je vois ta suite : "P'tit Michel se fait bouffer par ses cinq chiens qu'il ne pouvait plus nourrir et qui crevaient la dalle..".
Je ne pense pas que ce soit le message du texte...
Bordel, Korbua, sois plus explicite ! (P.S. : heureusement que tu n'as pas osé prénommer ton héros "Louis" !).
Toujours la même impression de lire non pas un texte écrit, mais un projet de texte.
On a un personnage, on aurait une ambiance, mais rien n'est ouvert, rien n'est porté, tout est laissé tomber. Pas une écriture courageuse et ça me fait chier parce qu'une fois encore, y aurait matière à ce qu'une ambiance littéraire commence à exister.
L'aspect brouillon saute aux yeux, la ponctuation n'en est qu'un des signes, quoique le plus évident et le plus gonflant ; d'autres paresses sont plus graves, comme le txist totalement out of the blue, que Michel est en fait mécano HAHAHA trop bien et vas-y qu'on te prétend que c'est un ressort narratif ; en fait non, c'est une paresse. Soit tu l'as amené avant, soit tu évites. Je pense que ce texte n'a même pas été relu.
Super décevant.
Un cas social et deux petits points. On commence à reconnaître la patte de l'auteur.
Je sens que je vais vite me lasser sans nouveauté. Te laisse pas enfermer KORBUA, explore, recherche, tente ! Quitte à te planter.
Sinon tu tourneras en rond.
A part ça René, sache-le, étant donné tes prises de position et tes propos sous d'autres textes, la patience de la Zensubrigad à ton égard est épuisée (si jamais il en restait).
Donc conteste l'autorité ou la légitimité de qui que ce soit parmi les commentateurs, et je te dézingue les tiens. Poubelle. Personne, sur la Zone, ne détient la vérité, si tant est qu'elle existe. Personne, sur la Zone, n'est en droit d'imposer sa lecture et de délégitimer celle des autres. L'anarchie a un prix : le respect. Et toi t'es pas prêt à le payer, semble-t-il. Si tel est le cas, tu peux sortir, tu seras pas regretté.
La Zone est un écosystème ; n'y sont tolérés par le système que ceux qui le font fonctionner. Les profiteurs dégagent.
Ce que je lui reproche, c'est d'enchaîner des annonces comme on scrolle sur TikTok, balançant des pistes sociétales majeures — de l'exclusion sociale à la déconnexion technologique — pour les laisser crever dans la cour avec les chiens, sans jamais oser la moindre confrontation antithétique qui donnerait un sens réel à sa vision. En refusant de creuser ces paradoxes, il ne fait qu'injecter une dose de nihilisme facile, transformant la tragédie du p'tit Michel en un simple clip de deux minutes pour cerveaux lessivés. C’est là l’insulte suprême : faire de la littérature un fast-food de l’âme où l’on survole l’abîme sans jamais y descendre, nous enfermant dans une impasse cognitive où le storytelling est sacrifié sur l'autel de l'efficacité immédiate.
[modéré par Glaüx] Juste pour que tu comprennes que je ne plaisante pas, René. Soit tu respectes la pensée des autres, et tu acceptes de ne pas détenir une prétendue vérité, soit tu la boucles et tu dégages. [/modéré]
Et commence toi-même à respecter la pensée des autres ! L'exemple que tu donnes, donne à réfléchir !!
Ce commentaire-là, je te le laisse, parce que pour ma part j'ai un handicap, j'ai pas d'ego, et les faits parlent d'eux-mêmes.
Mais tu as constaté à l'instant que tout message porteur d'agression, qu'elle soit directe ou veule comme la plupart des tiennes, explicite ou cachée derrière un prétendu second degré qui te permet de ne pas être courageux, sera dégagé.
L'ambiance doit être préservée, la possibilité de chacun.e de participer doit être préservée.
yep.. merci pour ces retours.. c vrai.. y'en a qui déroulent des pages avec du souffle.. ça c des romanciers.. et c pas moi.. ces formats courts sont tirés d'une série inédite toujours en production.. avec des phrases simples.. élaborées sur le modèle des slogans.. plus facile à retenir.. en seulement quelques lectures.. un peu comme des mantras.. et yes.. c easy lisible sur un phone.. n'importe où.. n'importe quand.. c l'avantage de voyager léger.. sinon tant pis pour la ponctuation tradi.. inutile ds ce format.. elle ne fait que ralentir mon flow.. et aussi je kiff l'image qui illustre le texte.. comme souvent..
D'accord avec toi, Korbua.
Voir les "microfictions" de Régis Jauffret. Qui sont d'ailleurs assez zones pour certaines.
Le format "carte postale" m'y fait assez penser. Et paradoxalement je pense que la publication fragmentée peut le desservir. Ça doit prendre du volume et de la constance en recueil / bloc. Après je pense que le choix de ponctuation deviendrait alors moins une signature qu'un gimmick
La seule critique que je puisse faire à ce texte, c’est qu’il aurait dû être retravaillé.
Pas parce qu’il est faible — il ne l’est pas — mais parce qu’il s’arrête juste avant d’être cohérent avec ce qu’il prétend être.
Il revendique une lecture simple, immédiate, consommable au pouce. Très bien. Sauf qu’il est présenté comme un bloc compact, dense, posé là comme une page papier qui n’a jamais croisé un téléphone. Un texte écrit pour le scroll, livré pour l’imprimante.
Je n’ai rien à reprocher au fond.
Juste à cette forme qui ne va pas jusqu’au bout de sa propre paresse revendiquée.