LA ZONE -

L’édito écrit en chiant mes organes

Le 03/10/2026
par Nino St Félix
[illustration] Salut, mes petits ragondins sans queue.

Alors, vous l’avez sentie passer, cette première Semaine du Grand Lavement ? Non ? C'est normal. Elle a été avortée, unilatéralement, comme on dit, et j'en porte l'entière et négligeable responsabilité. Trodomage.

Mais laissez-moi quand même vous raconter quand et comment m'était venue cette merveilleuse idée.

À la base, j’avais mal au ventre, je voulais écrire quelque chose sur l’IA, ce nouveau nègre de la littérature : mais je me suis dit que rien qu’écrire « nègre », bon ; déjà que j’avais proposé qu’on appelle cette semaine la Semaine de la Grande Épuration et que, pour une raison qui m’ignore, cette proposition n’a pas rencontré un Franc succès…

J’étais donc assis sur mes toilettes, proprement déculotté, et je tripotais mon téléphone. Oui, l’IA, au moins, ne débordera jamais de quoi que ce soit. En fait, moi, je l’aime bien, l'IA, j’ai rien contre le fait d’écrire avec l’IA, ou même de « plagier » ; d’ailleurs, ce verbe ("plagier") me donne toujours l’impression que c’est pas si mauvais : y a « plage » dedans. C’est comme le verbe chômer, qui voulait, je crois, d’abord dire un truc comme « se prélasser au soleil ». Enfin, non, ça n’a rien à voir : si ce n’est que j’ai appris ici même qu’il existait une loi de Poe selon laquelle, en gros, tout ce qui s’écrit sur Internet est potentiellement du second degré — ou ne l’est pas. Tant qu’on n’utilise pas de smiley, difficile de savoir, en réalité. Surtout quand on sait justement que, sur la Zone, l’utilisation du smiley est passible de sodomie à la quille de molky, ça laisse songeur sur l’afflux de migrants littéraires qu’on accueille dans notre Lampeduzone. Ça voudrait donc dire que tout ce qui se dit sur la Zone relève à la fois du premier et du second degré. Un peu comme le chat dans la boîte. Mais en vrai, ce qui m'irrite le plus le fondement, ce n'est pas l'IA, ni même ceux qui la singent, ou ceux qu'elle singe.

Non, me disais-je, constatant que cela ne voulait pas vraiment sortir. Ce qui m'irrite (et m'inquiète, et m'attriste) c'est qu'il y a environ 70 textes en attente, dont 25 déposés par deux auteurs seulement : donc je ne sais pas si un grand remplacement est en cours, et je m'en branle, mais j'aimerais juste dire aux autrices et auteurs : putain, amusez-nous ! choquez-nous ! troublez-nous ! faites-nous rire, pleurer, énervez-nous, je sais pas, faites quelque chose, faites qu'on ressente quelque chose, quelque chose qu'on a pas vu ailleurs, ou qu'on voit trop rarement. Le slogan du site c'est "textes sombres, débiles, violents". Mais merde, sur ces 70 textes, y'en a à peine 10 qui cochent vraiment une de ces cases.
Le reste ne manque d'ailleurs pas forcément de qualités, mais ils n'ont pas été envoyés au bon endroit - quand ils n'ont pas été envoyés partout, sans chercher à savoir à qui.
Peut-être que je me plante. Que les temps et les mentalités ont tellement changé ? Qu'on ne peut plus être violent, débile, sombre, sans se mettre en danger, sans mettre le site et ses admin en danger... Sans doute, on ne peut plus écrire ce qu'on écrivait il y a 20 ans. Mais est-ce une raison qu'on nous abreuve de textes moralistes, contemplatifs, psychologisants et mous du gland pour autant ? Est-ce une fatalité... et donc finalement un nouveau triomphe de la grande standardisation morale et esthétique de l'occident, du monde et de l'univers ?

Quoi qu'il en soit, ça ne voulait toujours pas sortir, alors je me suis mis à pousser encore plus fort. Pousser, pousser : il fallait que ça sorte, tout ce que j'avais accumulé depuis plusieurs semaines. J'en revenais au chat, à la boite, etc. Ainsi, l'auteur pouvait écrire tout et n’importe quoi, le lecteur comprendre tout et n’importe quoi, cela n'avait aucune importance, puisqu'en réalité, le texte lui-même devenait, en même temps, tout et n'importe quoi. Là, le signifiant, le signifié et le pauvre débile qui essaie de s’en démerder, tout ça était renvoyé où ?
Devant une IA, juge de paix. L’ironie étant que cette même IA avait sans doute contribué à écrire certains textes, peut-être même des articles, voire des commentaires, qu’on lui demandait de décrypter, de "discriminer". D’ailleurs, on y revient. L'IA se nourrit des écrits humains, qui eux même viennent peu à peu imiter ceux de l'IA... J'entends que c'est aussi le progrès, l'évolution techno-culturelle de l'humanité. Soit, pour ma part, un texte de merde reste un texte de merde, qu'il soit écrit à l'IA, ou fini à la pisse humaine.

Je poussais un peu plus fort. Toujours rien, seulement quelques flatulences laborieuses, gémissantes, comme si mon âme elle-même cherchait à se faire la malle, tant bien que mal, par le fondement. Toute la tuyauterie grognait à présent ; et moi, je soufflais, je sifflais, tel le grand méchant loup. Rien n’avait plus de sens, on entrait dans la post-postmodernité : la fin de la fin du grand récit, la relative relativité de chaque virgule. Trop de « comme » pour être humain, expliquait un philosophe assermenté dans une vidéo TikTok. Trop de comme, je me suis dit… trop de « comme »… trop de « cum »… trop de…

Ça m’est venu tout à coup. La parade, la preuve : c’était justement le style, le style coco, rococo, décadent, débordant, les tripes ; la merde, la merde est la nouvelle tripe, la merde partout. La merde est le vivant, si le chat est vivant, alors le chat est de la merde. Alors, tout est sorti d’un coup.
Ça m’a déchiré du dedans, comme une grande JPO improvisée dans mes intestins. Un soulagement infini mêlé à une douleur sans nom.
Quand ça s'est enfin arrêté, après de longues secondes à souffler, gémir, pleurer : je me suis penché, et j’ai vu qu’un grand truc gluant pendait entre mes jambes. Rose. Veiné. Recouvert de merde et de sang.

Pas ma bite. Pas mon âme.
xxx LOL

= commentaires =

Nino St Félix

Pute : 100
    le 03/10/2026 à 12:17:16
Rendons à César :
https://www.lazone.org/textes/201.html#c80813
Nino St Félix

Pute : 100
    le 03/10/2026 à 13:17:25
Logorrhée.

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