J'ai rencontré Caviardageman pour la première fois au bord d'une route départementale. Il était assis sur un caillou, la tête entre les mains, dans son costume bizarre déchiré. Je me suis assis à côté de lui et il m'a dit :
— Gros, je suis au fond du trou. Ma vie n'a plus aucun sens à cause de ChatGPT.
Il m'a montré l'écran de son Nokia truc, qu'était tout niqué, et recouvert d'un truc visqueux qui ressemblait drôlement à de la morve. Il lisait le dernier roman de Jean-Louis Mounier. Alors je lui ai dit :
— Dis donc, ton costume, c'est celui de Sailor Moon, non ?
Il a fait comme s'il n'avait pas entendu.
— Tu vois, gros, (il insiste là-dessus, mais sachez que j'ai repris le sport et que mon embonpoint léger devrait prochainement diminuer), gros donc, il a dit, le problème, c'est même pas GPT. C'est le packaging.
J'ai réfléchi un peu.
— La standardisation, tu veux dire.
— Ouais, gros, comme tu veux. Les gens, ils se sont GPTisés. Ils pensent comme des IA, ils écrivent de la merde comme les IA, putain, je suis sûr qu'ils baisent comme des IA.
Je me suis demandé comment une IA baisait. Je me suis aussi demandé combien coûtait un costume de Sailor Moon sur Leboncoin.
— Mais, Caviardageman, ai-je dit, pourquoi ne caviarderais-tu pas ?
Il a soufflé.
— Trop d'inutile et de chiant, gros. J'en aurais pour des milliards d'années avec toute cette merde. Je saurais même pas par où commencer.
Alors j'ai ouvert la Zone sur son téléphone de merde, et là, j'ai vu quelque chose s'éclairer au fond de ses yeux chassieux et néanmoins légèrement bulbeux.
UNIT2 ANALE
Bref aperçu d'une sodomie hebdomadaire à une grand-mère lumière dans un EHPAD
D’après ce texte
Les volets sont percés de toute part.
Il y a eu de la grêle il y a sept ans, ça a tout endommagé. Personne n’a jugé bon de les remplacer CMBDTC.
C’est une aile spéciale de l’EHPAD. L’unité baiseunviok. L’unité Anale.
Pour protéger ces p’tits vieux des fous, ou protéger les fous de ces p’tits vieux qui pissent partout ?
On a collectivement accepté de mettre à disposition des dizaines d’humains complètement tarés pour s'occuper d'eux. Et on appelle ça de l'amour, oui madame. Heureusement que ces "donneurs d'amour" portent des blouses, avec des grandes manches attachées à l'arrière.
Enfin bref. Il ne faut surtout pas y penser quand ils rendent visite aux gens qu’on aime. Et qui n'attendent que ça. Pour de vrai.
Elle les accueille avec un grand sourire. « aaah ! Ça tombe bien ! Je suis prête ». Grande embrassade, des câlins moins fermes, mais toujours aussi sincères qu'avant. Ils se dirigent tous vers une table dehors, pour être plus à l’aise.
Une résidente reste toujours allongée au sol, doggystyle. Apparemment c’est normal. Alors ils la laissent ouverte aux quatre vents.
Ma mamie n’y prête pas attention. Elle préfère les couvrir de baisers, de caresses qui les réchauffent, les sans-bras.
Elle porte des chaussures à talons. Au début, les gardes-chiourmes veillaient à ce que les résidents ne s'échangent pas leurs donneurs d'amours, mais c'était peine perdue. Quotidiennement, ils retrouvaient des fous pleins de foutre fourrés dans des endroits étranges. Une fois j'en ai vu un coincé dans l'arbre de la cour.
« Mémère, aujourd’hui, c’est mon anniversaire. J’ai 24 ans, enfin je crois »
Elle sourit de plus belle, tend ses mains vers MOI, qui m’attends alors à quelques manipulations bien choisies : « ah mais… On dirait que t'es content de me voir ! » lance-t-elle avec un regard plus malicieux que jamais.
J'ai appris les codes. Faut répondre à l’intention. L’excitation qu’ils perçoivent. Faut prendre en compte le taux de stérone. Ça donne des dialogues à la con. On s’y fait. Et parfois des instants de lucidité volés à cette maladie au nom barbare : presbyproctomanie. Des « SANS LES MAINS T4AS VU » dirigés vers les vieux avec une énergie que des non-malades seraient bien en peine de fournir.
Ça s’agite derrière eux CMB. Ils se tournent, sans cesser de besogner. La dame sur le sol est allongée au travers d’une porte, les yeux clos. Elle empêche trois vieilles putes de passer du jardin à l’intérieur. L’une lui fourre un pied de son déambulateur dans le con. Une autre essaie de la mordre. Petit à petit, certains curieux s’approchent. Ces ombres hagardes qui errent en boitant. Au début ça fait carrément peur, après on s’habitue. La conne ne veut pas bouger. Alors l’un des tarés ne tient plus et lance un « Putain, elle en veut, la fille de joie ». Je vous laisse imaginer la scène. D’un lubrique ludique. Complètement praliné. Une garde-chiourme vient fourrer sa matraque dans la belle endormie. Le passage est libre. Les trois vieilles ne veulent plus s’arrêter. Elles retournent se doigter dehors.
C’est ça, la magie de l’unité Anale. Un petit bijou pour les amateurs de sodomie sous boules à facettes.
Après de longues minutes à ramoner ma grand-mère, à pousser un peu de vie au creux de la sienne, à susurrer, comme si de rien n’était. Elle commence à s’agiter sur sa chaise. Elle se retourne, mets son visage entre ses mains et comme une enfant elle dit « J4EN AI MA DOSE? COCO ». Je comprends qu’il va falloir se retirer. On se sourit une nouvelle fois, on se serre encore plus fort. Et elle me glisse à l’oreille, comme une confidence « il y a que des trouduc ici ».
Je ris, je bande aussi. On s'aime toujours aussi fort, à l'Unité Anale.
— Wow, Caviardageman, je lui dis, c'est bluffant. Mais un peu lisse encore, non ?
Il ne répondit rien et ouvrit un autre texte.
GERBER
D’après ce texte
J’ai écrit mon profil BAISEPOURVIEUX.COM dans le silence de la nuit. Au petit matin, j’ai ouvert l'application et admiré un instant la grosse bite veineuse qui occupait tout l'écran. Quelque chose en moi s'enflammait YOUPI. J’ai envoyé des likes a plusieurs keums bien membrés. Ma décision est prise, irrévocable. Je vais me faire bien remplir une dernière fois, lourde de leur sperme, façon GISELE PELICOT ouais, ultime vidange. Je vais les laisser propres et toutes luisantes comme je les ai toujours aimées. Il me reste à ranger encore un peu et à tout bien nettoyer pour ce soir. Je veux partir imprégnée de leur odeur paisible.
Et voilà, moi qui aimais tant ma vieille moule, je suis rangée dans ce que j’exécrais le plus au monde : les godemichets, l’ultime refuge pour les inutiles. Le pire, c’est que j’ai choisi cette solution de bon cœur. Je me répète, chaque jour, que je ne pouvais plus demeurer frustrée comme si j’éprouvais le besoin de me convaincre. L’entretien me coute cher en crèmes. Sans parler de l'extérieur. Il devenait un champ d’herbes folles, une vision insupportable. Et mes escarres, ma fierté, je ne pouvais plus m’en occuper comme il se doit.
Parlons de mon cul, il ne va pas trop mal, mais je suis consciente que tout se dégrade petit à petit. Je ne souffre pas le martyre, pourtant, je n’arrive pas à me remémorer l’époque où je n’avais aucune douleur après m'être bien fait secouer. Je ne prends que cinq médicaments par jour, ce qui me place bien en dessous de la moyenne de la maison, mais assez haut pour voir voler des cochons jaunes qui chantent la macarena.
Je mange face à la fenêtre, avec vue sur le parc, idéale pour cracher sur les soignantes. Ils m’ont offert une des meilleures places, de là j'écarte les jambes et tout le monde peut admirer.
Ici, il faut savoir attendre. Alors j’attends. J’ai trouvé une parade, je descends au repas avec mes lunettes de soleil. Certaines aides-soignantes chuchotent, en se croyant spirituelles : « Attention, la salope arrive ». Je leur adresse un sourire amical et un doigt d'honneur.
Les jambes ne sont plus très bonnes, je sens que je manque d’équilibre, mais il me reste ce qu'il faut. Les oreilles bourdonnent. J’ai du mal à suivre certaines conversations. Cela me handicape, surtout pour certaines positions ; je me plaisais tant à discuter de la pluie et du beau temps pendant la besogne.
Je prétends qu’il n’y a de moins en moins de bons amants ou que leur sonotone est mal réglé.
Mais je sais bien ce qui se dérègle.
— Mouais, je lui dis, à Caviardageman. C'est un peu facile je trouve. Tu remplaces des mots par bite, cul, chatte, et voilà. Je vois ce que tu veux faire, c'est un caviardage très libre. Mais je trouve que c'est assez puéril, avec un humour de collégien.
Il hocha la tête et me remercia. Puis me déclara qu'il allait commettre son ultime chef d'oeuvre, sur un texte sur le point de disparaitre. De sorte que son propre caviardage serait la seule trace rémanente de ce texte mystérieux.
NOTRE TEMPS, ALMANACH DE MES COUILLES
Issu de ce texte
JANVIER
Les Tilleuls occupent un terrain plat.
Denise Klein regarde le courrier arriver avant elle.
FÉVRIER
Marcel Wendling belote tous les mardis et vendredis Roger Haeffner, dans la salle commune, à la table près du radiateur.
Roger tire discrètement les rideaux. Tout le monde le sait. Personne ne dit rien.
Ils rient tous les deux. Roger dit que le sien, à la maison, avant, sa femme le trempait dans le kirsch la veille, et que "c'était pour les enfants".
MARS
Denise se détend, elle sourit, elle s'en souviendra toute la semaine.
Ce samedi une fois par mois et un sac de pralines. Elle a fini par appeler ça "le format que je peux tenir".
AVRIL
Madame Bloch, dix ans qu'elle fait ce métier.
Une quinzaine de résidents installés en cercle, certains debout à portée de main. Madame Bloch fredonne en travaillant.
Quand la séance se termine, vers seize heures trente, il reste quelque chose que Madame Bloch reconnaît : une texture différente.
MAI
Odette commence à s'effriter par les bords.
Le personnel a essayé de la raccompagner en douceur. Plus de vingt-trois ans de manque.
JUIN
Les résidents volontaires entretiennent un jardinier qui vient le mardi.
On sort vite des peaux qui ont perdu leur épaisseur.
Marcel installe Roger. Denise tient ouverts ses genoux, parce que ça lui rappelle une position dans le jardin de la maison, avant.
JUILLET-AOUT
Roger préfère rester dans sa chambre, la peau sèche. Mais quelque chose ramène les glaces au jardin. Marcel a perdu, en quelques semaines, un peu de cette énergie qu'il mettait dans Roger.
SEPTEMBRE
Roger a vu venir sans oser le dire trop fort.
Marcel reste fermé trois jours
Un mardi, il s'installe seul à la table près du radiateur. Une aide-soignante qui passe lui propose de jouer avec lui.
OCTOBRE
Denise reçoit une lettre.
NOVEMBRE
Odette attend Bernard dans le vestiaire en rangeant sa blouse.
Elle dit bonsoir à dix-sept heures trente.
DÉCEMBRE
Michel sapin est monté dans le hall d'entrée avec des boules rouges. Marcel praline la petite-fille. Denise raconte une fin.
Dehors ne tiendra pas.
Je ne savais plus quoi dire. Caviardageman se redressa, lissa sa jupe.
— C'est trop difficile, gros. Ton AAT Notre Temps a produit tellement de chiasse soi-disant littéraire, que j'ai fait un genre d'overdose. Maintenant, je vais me retirer, et j'espère ne jamais avoir à faire ça à nouveau.
— Mais, Caviardageman, tu ne peux pas nous abandonner comme ça. Tu te rends compte de tout ce qu'il faut caviarder ? Tu as lu le texte de Louise Guersan ?
Il se rassit.
UNE SOIRÉE CHEZ LES JALABERT
Issu de ce texte
« Viendrez-vous à la course de ce soir ? » m’avait demandé Nicolas Jalabert au téléphone.
Je suis comme tout le monde, j’adore la région Champagne-Ardenne.
La dernière fois, j’avais ressenti comme une douleur à la cuisse. Je m’en étais ouverte à un Laurent Jalabert présent à l'arrivée. "confrontons nos souvenirs"
— Nous nous étions tous groupés au sommet de la côte. Vous sembliez beaucoup vous amuser. Je m'égare. Je m'égare. Je m'égare.
— La compétition, ça émule fortement, ça vous pousse à forcer le meilleur de vous-même. Tricher n’est pas jouer ! Je me suis contentée de boire de l'eau claire ! Rien de plus.
— Comme alors vous avez rayonné ! À quel moment avez-vous commencé à éprouver la douleur dont vous m’avez parlé ?
— Je ne sais pas vraiment. C’est quelque chose qui s’insinue peu à peu. Au départ on ne s’en rend même pas compte, et quand on s’en aperçoit, c’est que la chose est déjà en vous depuis un moment mais qu’on n’en avait pas encore conscience.
— Je vis passer sur votre visage comme une ombre au moment où un Bernard Sainz s’extasia sur votre coup de pédale.
— Je m’en souviens maintenant ! Vous savez ce que je pense ? Je me suis dit à cet instant qu’il ne jouait pas franc jeu. On a l’impression que cela couvre quelque part une volonté de ne pas respecter les règles.
— Tout jeu doit respecter des règles. J’avais moi aussi remarqué Bernard Sainz. Mon frère Nicolas avait organisé deux tables, l’une pour le massage et l’autre pour le happy ending.
— Je crois que vous comme moi avions compris que cet homme trichait. Ne pensez-vous pas que la fraude puisse être considérée comme une composante intrinsèque du jeu ?
— blabla, blablabla.
— bla, tricher, c’est tout de même jouer. blablabla. Il parait que cela procure une jouissance infinie.
— Voici qui ne saurait être acceptable.
— Il n’est que de voir leur expression enflammée, leurs regards brûlant du désir de gagner, leur expression de haine lorsqu’un autre coureur réussit à les dépasser.
*
J'avais décidé de ne pas me rendre chez les Jalabert ce soir (putain, tout ça pour ça...).
Dans l’après-midi mon amie me téléphona pour insister encore sur ma présence, je finis par céder. Et lorsque la voiture vint me chercher, j’étais fin prête. Je fus accueillie chaleureusement sur la ligne de départ, comme la dernière fois et je retrouvais de vieilles connaissances, parmi lesquelles Laurent Jalabert. Nous échangeâmes un regard complice.
Je repris pour ma part mon petit jeu préféré, qui était de ne pas assurer les relais durant l'échappée, avec un certain succès.
Et soudain je l’aperçus, notre fameux tricheur. Il allait de soi que l’homme désirait briller en société mais se montrait maladroit.
Je décidais de me placer en danseuse derrière lui. Je découvris blablabla que j’avais été le jouet de mon imagination. Ce n'était pas Bernard Sainz.
Je me sentis mal. Je le dépassais et je me tournais vers Laurent qui s’écria alors: « vous accélérez déjà ? Ah non ! Il n’en est pas question !».
« Et maintenant, annonça Nicolas Jalabert, qui gagne gagne et qui perd perd !
Les autres coureurs se mirent à rire stupidement.
blabla
Caviardageman se releva en titubant.
— Je ne peux plus, gros. C'est...Je n'ai pas de mots. C'est comme si j'avais bouffé toute la pièce montée à moi tout seul au mariage de ma cousine Lucienne.
— Caviardageman, lui lançai-je, alors qu'il s'éloignait en titubant, comment ferons-nous si nous avons à nouveau besoin de toi ?
Il s'arrêta, tourna la tête une dernière fois. Il arborait un sourire contrit. Une mèche de cheveux sauvage s'échappait d'un de ses chignons.
— Vous n'aurez qu'à publier une bonne grosse bouse. Je vous fais confiance.
Circoncision du directeur
(Sticky tribute to HaiKulysse)
PAS DE SAIGNEMENT PARTICULIER
À Oyonnax, Mika commence à disparaître.
La pièce ressemble complètement à un chariot de petit-déjeuner.
— Je bois.
Il laisse couler. La protection ne coopère pas vraiment. L’odeur devient plus croupie, jusque dans la région pubienne. Il nettoie le mur. Puis il dit :
— Oui.
Décalottage complet. C'est là que la macération disparaît dans l’Ain.
— Oui.
Les gens pensent qu’une pince à linge c’est terminé. Et encore, je simplifie.
— Levez un peu la partie la plus large. Trop lâche, elle fuit pendant que la pluie frappe devant la porte.
Mika frictionne Zigmund depuis l’opération. Il le mouille, l’essore.
Une gorge profonde reste collée sous le sternum.
— On se tourne un peu.
Zigmund dévoile le sacrum. Stade II sur le dos du gant. C’est nouveau.
La télé diffuse du sang sur le drap, une dernière fois.
Sur la feuille de transmission sans sel, le silence est étrange.
Zigmund finit la tête légèrement inclinée.
Le linge sale, le poisson froid. Le protocole continue au supermarché.
Il la prend et s’éloigne.
Chez lui, ses chaussures, côte à côte.
Légère bavure au fil de la journée.
Trente-sept voyants de la guerre. Un anniversaire toujours plus acide.
— Comment vous savez ?
Le néon se met à expliquer.
Non...pas Caz... L'enfoiré... il a osé...
Rétrospective prématurée de l'œuvre crépusculaire et météorique de Caviardageman.= ajouter un commentaire =
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