Ça avait été un peu par hasard qu'il était venu se réfugier dans cette église.
Même s'il n'avait pas reçu une éducation chrétienne, il avait toujours été fasciné, depuis tout petit, par la beauté extrême de ces lieux de culte, qui se détachaient souvent de loin.
Quand il avait du vague à l'âme...Il trouvait le chemin des églises. Ça lui procurait toujours un apaisement qu'il avait d'abord eu du mal à comprendre, avant de réaliser qu'il se calmait en songeant à cette éternité dont il faisait partie en ces lieux qui avaient vu tant de monde et qui en verraient encore, et que ses soucis du moment étaient et seraient noyés dans ce fleuve ininterrompu de tracas humains.
Cette fois, cependant, plus que les chocs du quotidien, ce qu'il venait de vivre l'avait profondément marqué. Il venait de perdre le dernier membre de sa famille, sa mère de 87 ans. Il n'avait plus personne, et cette terrible constatation l'affligeait plus sans doute que de savoir qu'il ne verrait plus quelqu'un à qui il tenait énormément.
Ce n'était pas la première fois qu'il venait ici. Il adorait cette église en pleine nature, à la sortie d'un petit village, entourée de pins, ceinte d'un végétal qui contribuait à lui remonter le moral.
Les églises, il se rendait bien compte qu'il y passait de plus en plus de temps. Quand il avait fini son travail, il venait se caler dans un édifice religieux, dans la ville moyenne dans laquelle il travaillait ou alentour, et il s'y installait, pour ainsi dire, sans prier, parce qu'il connaissait aucune prière, partagé entre sa fascination pour les lieux, ses souvenirs qui remontaient, et ses pensées, souvent sombres, parfois optimistes.
Il pénétra ce jour-là dans ce lieu de culte soigneusement entretenu, et alla d'abord allumer quelques cierges pour plusieurs personnes auxquelles il pensait, avant de s'installer sur une chaise.
Il appréciait cette église, la trouvait belle, et était sensible à son positionnement dans cet écrin végétal.
Ce fut la troisième fois qu'il s'y rendit qu'il la remarqua.
Sans doute parce que la statue était sur sa gauche et légèrement dans l'ombre. Mais ce jour-là, il y avait un soleil radieux, qui amenait une lumière absente les fois précédentes, pour cause de grisaille.
C'était la seule statue présente dans l'édifice, mais cette statue-là était...
Il n'avait jamais vu une statue pareille.
Elle criait le réalisme.
Celui qui l'avait faite avait sans aucun doute du talent, car non seulement il avait su faire un bloc de pierre une silhouette humaine, mais il l'avait tellement bien modelée qu'on aurait dit qu'elle était vivante, simplement figée, et qu'elle allait s'animer dans les secondes qui suivaient.
Une jeune femme, quasiment nue, simplement couverte d'un tissu léger qui ne masquait pas ce qui faisait sa féminité, dessinée avec une précision de détails troublante.
Il y avait quelque chose en elle qui le séduisit. Ces derniers temps, pris entre des soucis divers, il n'avait pas vraiment regardé les femmes, et en voir une ainsi figée, mais très sensuelle lui rappelait que les femmes existaient, et qu'on pouvait avoir du désir pour elles.
Il se demanda qui cette statue représentait. Une sainte, sans doute? Laquelle? Il aurait été bien incapable de le dire. Mais c'était vrai, il avait déjà remarqué qu'il y avait énormément de sensualité dans des représentations religieuses, mises par les créateurs d’œuvres, avec, il en était convaincu, une intention subversive.
Dans les jours qui suivirent, s'il revint régulièrement dans cette église, ce fut moins parce qu'il aimait ce cadre qu'à cause d'elle.
Elle lui inspirait, il s'en rendait bien compte, du désir. Des images prenaient forme, qu'il ne pouvait repousser, et d'ailleurs très rapidement, il cessa de ressentir de la culpabilité. Il la voyait, prenant vie, nue, se déplaçant devant lui, avec grâce, troublante au possible.
Il se passa quelques semaines avant qu'il n'entende une voix.
Assez curieusement, il ne pensa pas qu'il était devenu fou, au contraire, cette voix s'imposa comme bien réelle, un écho à la fascination et au désir qui étaient les siens depuis un moment.
— Tu peux m'avoir sous une autre forme, si tu le souhaites vraiment.
Il n'y eut rien de plus, mais il ne douta pas. Qu'il avait entendu SA voix, et aussi qu'il pouvait faire basculer les choses.
Et bien qu'elle ne lui ait donné aucune consigne, il sut aussi COMMENT faire.
Il se leva et s'approcha de la statue.
Et il se laissa aller à son désir.
C'était cela la clef.
Il caressa le corps froid et immobile comme il aurait caressé un corps de femme doux et chaud. Ses mains glissant dans des gestes qu'il répéta.
Et dans ces gestes il y avait toute la sincérité de l'envie qu'il avait d'elle.
Il y eut une évolution. C'est-à-dire qu'il sentit qu'elle passait de la froideur, à la tiédeur, puis à une réelle chaleur.
Celle d'un corps vivant.
Il avait les yeux clos durant ce qui se rapprochait d'une transe.
Il avait senti une bouche venir s'appliquer à la sienne, pour un baiser dont la chaleur l'avait envahi.
Ce qui s'était passé dans les minutes qui avaient suivi devait le hanter pendant des années.
Un moment comme il n'en avait jamais connu auparavant, même s'il avait connu une période de sa vie où il avait fréquenté des femmes d'une manière frénétique. Une étreinte, un rapprochement, quelque chose d'intense, de fort, de total. Il s'était demandé plus tard s'il ne s'agissait pas d'un sacrilège, avant de se dire que non: en ce lieu, il n'y avait qu'amour, et leur étreinte avait été une forme d'amour.
Il avait fini par perdre connaissance.
Quand il avait repris conscience, elle avait disparu.
Il s'était souvenu d'être revenu à lui un instant, et de l'avoir vue s'éloigner vers l'entrée, entièrement nue, ses fesses et ses hanches ondulant.
Il rentra chez lui, dans un état second.
Revint le lendemain. La statue avait disparu.
Il avait beaucoup de questions à se poser, mais aucune ne remettait en question sa santé mentale. Il était sûr de ce qu'il avait vécu.
Ce fut dans les mois et les années qui suivirent qu'il entendit parler d'elle. Des échos. Elle était à la fois proche mais lointaine, car il ne la revit jamais.
Il l'avait simplement libérée de son état.
Il lut un article six mois plus tard. Dans la presse locale. Un journaliste évoquant une femme entièrement nue aperçue par plusieurs personnes et qui vivrait au milieu des montagnes proches.
Il y eut un laps de temps qui glissa avant que ce qui était d'abord passé inaperçu revienne dans la presse nationale.
Une légende se construisit, celle d'une femme mystérieuse qui vivrait en pleine nature, issue d'on ne savait où. Certains la croisaient ou l'avaient croisée.
D'autres mettaient en doute ce qui prenait la valeur d'une hallucination collective, comme on avait déjà pu en connaître.
Ça dura plusieurs années avant qu'on ne parle plus d'elle.
Ce moment avait changé pas mal de choses pour lui. Il avait d’abord compris que petit à petit il s'était isolé de la vie, et qu'elle valait la peine d'en profiter vraiment. Il était vraiment revenu à la vie.
Une autre question l'avait hanté. Il s'était interrogé par rapport à cette statue. Il avait reconstitué, parce qu'il savait plutôt bien dessiner la silhouette et le visage de la femme ,et avait multiplié les recherches. Il avait d'abord pensé à une sainte locale, avant de conclure qu'il s'agissait simplement de quelqu'un qu'il ne connaîtrait jamais qui avait subi un sort dont il l'avait délivrée.
Lui qui n'avait jamais trop cru au surnaturel s'était posé beaucoup de questions.
LA ZONE -
La vie est partout. Même dans ce qui est immobile. = ajouter un commentaire =
Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.
![[imprimer]](/images/print.png)






= commentaires =
Mon commentaire tiendrait en un seul mot.
"Pourquoi"
Pourquoi nous infliger ça ? C'est écrit a la truelle, les choix modaux bien foutraque, sans parler donc du fait que le personnage principal est sans doute taré depuis le début, sauf que la fin tombe comme un pet dans un bain de mousse
Mais a la rigueur ce ne serait pas grave si l'histoire allait un peu plus profond que des fesses ondulantes et autres clichés.
Donc en fait le "pourquoi" c'est juste : pourquoi écrire cette histoire qu'on a déjà lu 150 000 fois ?
Je ne vois qu'une explication : c'est un entraînement, et nous ne sommes que des sparring partners.
Enfin je dis nous mais vu l'activité du site, on peut imaginer que je parle de nous même.