Mesdames et messieurs,
Aujourd’hui, parlons de la pensée, rien que de la pensée. Pas de ces longs discours de Descartes qui font croire qu’on contrôle tout, non. Parlons de ce qui se passe vraiment dans nos têtes : ce bazar, ce fatras, ce gros n’importe quoi.
On nous dit sans arrêt : « Il faut penser par soi-même ! » Comme si c’était aussi facile que d’allumer une lampe. « Réfléchis ! » , « Sois logique ! » , « Fais un effort ! »
Mais personne ne nous explique comment. Personne ne dit si ça sert. Alors, on reste là, avec notre tête qui tourne, nos neurones qui cherchent des idées qui nous glissent entre les doigts comme des anguilles.
La pensée, c’est une soupe. Une soupe très mal faite, avec morceaux qui flottent : nos souvenirs, nos peurs, nos envies, nos doutes. Alors on prend notre cuillère, on tente attraper quelque chose, mais la cuillère a des trous. On attrape souvent que l'air du temps. On attrape des mots parfois. Mais des mots étranges qui filent, qui changent de sens, dans un bal qui nous échappent. On dit « liberté », et chacun voit ce qu’il veut : un oiseau qui s’envole, une cage ouvert, un drapeau qui flotte, un cri de rage ou pourquoi pas un pavé qui nous fuit comme dans un rêve. On montre la lune, mais certains voient un fromage, d’autres une lampe. C’est n’importe quoi.
Et puis, il y a la logique. La logique, c’est une voie. Une voie toute droite, avec des panneaux. « Ici, tourne à gauche. Là, stop. ». Mais cette voie mène souvent dans un mur. Ou dans un trou. Ou tourne en rond. Et nous, comme des idiots, on suit ces panneaux. Mais qui les a mis ? Sans doute, un gars bourré, un jour, sous la pluie, avec un marteau, qui voulait finir son boulot. Voilà pourquoi on termine dans le décor.
La pensée, c’est aussi un jeu. Un jeu où on invente des lois. « Si A, alors B. » Mais A, c’est une ombre. B, c’est un nuage. Les chefs aiment ce jeu. Ils parlent fort, avec des mots gros comme des ballons. « Progrès ! », « Justice ! », « Avenir ! » Mais leurs mots, c’est du vent. Des bulles. Ça gonfle, ça éclate comme un volcan de boue et il ne reste rien. Rien, juste des bouts de merde en plastique par terre.
Et les autres, dans tout ça ? Les autres, ce sont des miroirs. Des miroirs qui mentent car ils sont sourds. Tu dis « J’ai mal », ils entendent « Je râle ». Tu demandes « Aide-moi », ils répondent « Fous-moi la paix ». Alors tu cries, et eux, ils ferment les yeux pour dormir. Ou ils sourient bêtement aux corneilles qui passent. Et quand ils te donnent un conseil, c'est toujours le mauvais, le plus mauvais.
Et le temps, ce voleur. Il te pique tes idées avant que tu ne les penses. Si tu as une idée, tu la tournes dans ta tête. Et pouf — elle s’envole. Comme un oiseau, mais sans chant. Juste un courant d'air, et plus rien. Alors tu prends une autre idée, encore plus tordue, une sans queue, sans tête, et tu cours encore pour l’attraper. Comme un chien fada, après sa propre queue. Mais la queue, c’est toi.
Et la politique ? Ah, la politique… C’est le grand cirque du pouvoir. Des clowns tristes en costume, crachent des mots en sucre d'orge amères. « Je vais tout changer ! », « Demain, ça sera mieux ! » Mais demain, c’est déjà là. Et aujourd’hui, c’est pareil qu’hier : mêmes mensonges, mêmes petits chefs, mêmes lois bidon. Ils jouent au meilleur. On les regarde et écoute quand on a le temps. On vote en croyant parfois au moins le pire ou pour celui qui est porté par l'air du temps, certains pour le plus jeune (des fois le plus con), certaines même pour le plus beau pour elles. On espère. Comme des gosses qui croient au Père Noël. Sauf que le Père Noël au mois de mai, c’est un type en plastique, qui rigole jaune et qui nous chie sur la gueule en piquant, sans honte, dans notre monnaie.
Alors, la pensée, ça sert à quoi ? À rien. Ou à tout. À faire semblant de bien voir, de contrôler sa vie. Mais en vrai, c’est comme prendre de la fumée dans la main. Tu saisis, tu serres, et il ne reste rien. Juste un souffle de litanie qui s’en va.
La prochaine fois qu’on te dit « Réfléchis ! », demande « À quoi ? ». Il n’y aura pas de réponse. Juste un silence poli. Ou une autre question. C'est sans fin. C'est comme un serpent qui se mord la queue.
Alors, on fait quoi ? On rit. On pleure. On va boire un coup. Mais on ne peut pas arrêter de penser. Même si c’est fou. Même si ça ne mène nulle part. Parce que c’est tout ce qu’il nous reste.
La pensée, c’est un cirque. Un grand cirque où tout le monde court après Éole. Mais c’est notre cirque. Alors on y reste. On regarde le show. On siffle, on applaudit, ou on jette des cailloux. Et parfois, on se demande : « Mais pourquoi j'ai payé l’entrée ? »
Ce texte est aussi un petit jeu pour réfléchir, il n'y a qu'un mot qui a plus de trois syllabes.
A vous de le trouver, car la pensée, c'est aussi s'amuser à réfléchir avec parfois.
La Zone -
Résumé : Un texte sur la pensée. Enfin, plutôt sur le moment où elle part en vrille et où plus personne ne fait semblant de tenir le volant. Ça ressemble à un truc un peu con : ça déborde, ça s’éparpille, ça enchaîne des images qui ont l’air posées là au hasard. Une soupe tiède avec des morceaux douteux. Sauf que non. C’est maîtrisé. Juste assez pour qu’on y croie, pas assez pour qu’on s’en sorte. Le texte fait le débile avec application. Il casse la logique, il embrouille les mots, et il nous laisse dedans comme des gens polis qui n’osent pas dire qu’ils ont rien compris. On cherche un fil, un sens, une sortie… et lui, il continue. Tranquille. Au fond, c’est peut-être ça le plus sale : il ne nous perd pas vraiment. Il nous regarde nous perdre tout seuls.
La preuve par 3
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= commentaires =
Je commencerai par insulter l'auteur : enflure de merde.
Ceci pour témoigner que j'ai fini par comprendre le paragraphe final, mais qu'il m'a fallu trois relectures, débile que je suis.
Bien joué ; enflure de merde.
Concernant le projet du texte, je comprends vraiment ce que propose le résumé, et c'est aussi mon impression : celle d'un texte qui se perd et veut nous perdre et en même temps nous garder dans ses filets, en se donnant comme proie à l'esprit critique du lecteur. Je suppose en tout cas que c'est intentionnel ; auquel cas, sur le procédé, pourquoi pas, ça casse pas trois pattes à un canard mais c'est marrant et tordu.
Ceci étant, les appâts sont quand même vraiment mal foutus pour certains.
- Les comparaisons de la pensée ou du langage, plusieurs fois, à une lampe, ou à quelque chose qu'on pourrait ne pas allumer, sont trop faciles à aplatir d'emblée. La pensée ne s'initie pas, elle est là, dès avant le départ. Or la première arrive très tôt dans le texte et donne un peu trop envie de penser que c'est juste un texte stupide de mauvais élève de terminale en philo. Ce serait mieux si c'était pas là, je trouve.
- Le passage sur l'arbitraire du langage, et celui sur l'arbitraire des images, pourra avoir deux destins : soit il sera lu par quelqu'un qui connaît Saussure et a fait un peu de linguistique ou de philosophie, et ça paraîtra là aussi un truc de rébellion de début de vie intellectuelle sans grand intérêt (et qui ne risque pas de causer beaucoup de retour réflexif au lecteur), et celle ou celui qui lit sortira du texte ; soit ça marchera, ok ; mais sur qui, alors ? Sur celles et ceux qui n'ont pas encore vraiment assez d'armes pour comprendre, à la fin, en quoi le texte est malin. Calibrage à affiner, quoi.
- La contradiction de la logique en soi est bête ; ça, ça m'a sorti du texte, parce que c'est indéfendable, intellectuellement. On n'a aucune raison de se questionner sur la validité ou non du texte : il est non valide sur tout le paragraphe.
- le passage sur la politique, poubelle, hors-sujet et situé intellectuellement, du côté de celles et ceux qui refusent justement la pensée, et qui n'ont donc dès le départ rien à foutre du texte. J'aime pas. Du tout.
- le lyrisme de la fin me semble hors-sujet aussi ; lyrisme sur quoi, on sait pas bien, soit sur le texte lui-même s'adorant comme texte incroyable (or il est marrant cinq minutes, mais faut pas charrier non plus), soit sur l'esprit supérieur qui aurait sorti ce texte (et alors ça se retournerait contre l'esprit en question, tout comme le truc de la politique et le passage sur la logique).
Bref, j'aime bien l'idée qu'on nous fabrique un labyrinthe pour nous y perdre comme des gros rats stupides ; mais j'aurais bien aimé que le labyrinthe soit un peu moins en carton, et qu'y ait plus que trois couloirs en tout.
Après encore un peu plus de réflexion (réflexion qui tend à prouver que le texte fonctionne, en tant qu'objet technique, et permet de remplir utilement un bout de samedi matin, et de retarder d'autant tout le taf qui trône sur la planche), je me rends compte que sur moi, le texte n'a fonctionné que grâce à sa dernière paire de phrases.
Si elles n'avaient pas été là, j'aurais replié le truc en me disant que c'était simplement une forme de rébellion adolescente de la pensée, un moment historique par lequel on passe toutes et tous mais dont personne n'a plus rien à foutre ensuite.
Heureusement, y a eu ces deux phrases et j'ai compris qu'on me faisait un truc pas net par en-dessous, et ça a commencé à fonctionner.
Alors pour éviter que Godasse nous sorte sa réplique habituelle piquée à Oronte, je dis ce qui aurait pu faire que sur moi, en tant que cible, ça marche mieux : si à chaque paragraphe, au lieu d'une thèse simpliste trop facile à mettre en PLS, il y avait eu non pas à la place mais en même temps, une autre thèse de haut niveau, d'un niveau qui me dépasse mais que je reconnaisse, alors j'aurais été perdu entre deux tentations, celle de dédaigner et celle de creuser pour comprendre ; j'aurais été pris par l'envie de tester, d'emblée, sans avoir besoin des deux phrases finales.
Au bout du compte avec ce temps de réflexion supplémentaire, je me dis que le texte n'est pas encore conçu comme un labyrinthe, justement ; mais plutôt comme un interrupteur binaire, ce qui est pour l'instant moins intéressant, à mes yeux.
Une liste de poncifs pas super inspirés et encore moins inspirant.
La partie sur la logique démontre l'ignorance de l'auteur sur le sujet.
Quant au jeu final, il y a deux mots de plus de trois syllabes, un évident et l'autre moins mais aucun n'apportant au texte une plus value vraiment intéressante.
Bref du nihilisme nullissime.
Ah si! Pardon, y a un truc génial avec ce texte.
L'illustration !
Ma phrase préférée dans ce texte : "Mais la queue, c’est toi."
La queue c'est toi
La queue c'est moi
nanani nanana
Putain ça ferait une super chanson d'un chanteur de l'époque, mais j'connais pas leurs noms. Jeremy Frérot, c'est tout ce qui me vient, et c'est pas bon signe.
Sinon tout a été dit sur le texte. Je l'ai proposé parceque je me disait que ça changerait un peu, et puis qu'il y avait quand même une énergie, peut être un peu naive et puérile, mais sincère, qui le traversait. Et pour m'être farci les 130 textes en attente je peux vous dire que la sincérité, je l'ai pas trouvée à beaucoup d'endroits...
En même temps vous me direz c'est la Zone, pas "Envoyé Spécial"
Du reste, Godasse, même s'il s'énerve beaucoup, il revient régulièrement commenter des textes, et pas seulement les siens. C'est aussi un argument pour le garder, au minimum comme animal de compagnie parlant.
Et puis c'est plus cool qu'un tamagochi. Et toutafé : participer, c'est avoir plus de chance de se voir publié, enfin en tous cas dans le comité de lecture que j'ai constitué, constitué grosso modo de ma sale gueule et de mon arbitraire, donc députez moi a donf si la sélection des textes vous plait pas, j'adore ça.
Là, c'est un texte quand même raltivement bien écrit, qui s'aventure sur un terrain peut êtr un peu trop ambitieux, mais qui a le mérite de rester accessible, de pas nous faire du Merleau Ponty ni du pseudo poète maudit, donc je me suis dit que ça passerait bien, CMB. surout un samedi. Un dimanche, ça aurait été plus délicat (DNC)
Bon à première vue, personne n'a compris le jeu d'écriture.
Et personne n'a trouvé le mot anormal.
Ce n'est pas simple de se limiter à trois syllabes maximum par mot. Il faut parfois avoir le courage d'essayer de jouer avec notre langage et de sortir de son train-train linguistique.
Notre train linguistique est actuellement arrêté en pleine voie. Nous vous rappelons que pour des raisons de sécurité, il est strictement interdit de descendre des wagons. Kévin, notre barista, vous acceuillera en voiture 14 pour vous fournir rafraîchissements et casse-croûtes, avec pour nous excuser du dérangement une réduction de 15% sur les prix supérieurs de 350% aux prix du marché. Notre retard est estimé à 3h50, tenez-vous au courant de son évolution sur notre application lazone.org. Notre arrivée en gare de Aaaaah-mais-alors-ce-texte-n'était-pas-complètement-naze est prévue à 14h50, le 7 avril 2049.
CONGRATULATIONS §§§ You are a motherfucking OuLiPist cyclable.
Tu m'auras permis d'apprendre ce qu'est une syllabe au final et pour ça je te donne un point pute.
Malheureusement le traitement du fond de ton texte est très loin d'être à la hauteur de la forme malgré la contrainte et son exécution.
C'est con a un jour près on publiait un texte sur la pensée le jour de la mort du philosophe de la "pensée complexe". Au lieu de ça on l'a publié le jour de la deuxième victoire du PSG...
Justice immanente.