Les hommes
Ce jour de grande pluie, le ciel était en rage :
Nul homme mouillé ne pouvait espérer meilleure
Destinée, tout ruisselant de nombre de pleurs.
Celui de Marbre maudissait tant d’orage.
Pénétrant dans l’auberge chaude, avec son air
Altier, il heurta, sans attention, son serviteur.
Celui-ci plia sous le choc ; mais un cri salvateur,
Un cri de douleur, sortit de ses viscères.
De ce son sourd, le Marbre n’en eut que cure.
En s’installant à une table, près de l’âtre,
Il considérait l’homme comme une ranâtre
Il était l’Éponge, et non sa vêture.
Malgré tout, il héla pour commander : pichet
De meilleur vin, et une soupe de champignons.
L’Éponge lui apporta celui d’Avignon,
L’instant d’après, une soupe chaude, sans déchet.
Marbre, par l’odeur, fut ravi, fit bombance
De ce met, tendrement parfumé d’épices.
Il manda le serveur pour une suite tentatrice :
Pour boire, il remplit son verre à outrance.
Brusquement, la porte de l’auberge, soudain,
S’ouvrit. Une bourrasque humide par elle
Entra, puis celui de Cristal, plein de tousselles
D’or ; et, par ses pas, l’eau coulait comme un andain.
Bien que transparent, il éclatait de splendeur.
Sur lui, les gouttes ruisselantes brillaient
En mille et une couleurs ; vers le sol, elles
Coulèrent, éclatantes, reflets émouvants de sa blondeur.
Lui aussi vit l’Éponge, et le considéra.
Il passa près de lui, avec son dédain haut,
Lui ordonna de vite sécher ces rehauts
Son éclat essuyé, il deviendrait translucide.
Marbre, réjoui par son arrivée, l’invita
À sa table. Cristal, ravi, trouva cela
Séant ; il accepta, et le rejoignit là.
Ils parlèrent, heureux, du vin de Civita.
Cristal commanda de belles cailles rôties
Sur un lit de légumes, à la sauce blanche,
Un pichet d’hypocras, et du pain en tranches ;
Pour dessert, un gâteau d’oranges confites.
Les reflets des flammes, au travers, lui brillaient,
Étincelaient en lui, tellement de couleurs.
Il était fier de sa transparence et de sa valeur,
De son charme surfait, lui-même en était troublé.
Quand l’Éponge apporta les mets, juste chauds,
Aucun des deux ne le remarqua : il n’était
Pas de leur monde, et pour eux, il n’existait.
Mais gare si le repas n’était pas trop chaud !
L’homme d’Acier observait ces nobles cuistres
De sa table bancale, non loin d’une fenêtre.
Il méditait sur la nature de l’être :
Ces deux-là croyaient, mais n’étaient pas des ministres.
Son regard erra au son de la musique.
Le tango résonnait dans son corps paisible.
Dame Soie l’attirait, lui parut raisonnable.
À la belle, il fit une demande volcanique.
Tout sourire, elle accepta d’unir son corps,
Le temps d’une danse, à ce cavalier d’acier.
Saisi par une main ferme, sans la disgracier,
Ses pas, par le rythme, ne nuisaient pas au décor.
Bien cabré, il avance, elle recule.
La tenant d’une main, fermement par les reins,
Sa cuisse, pénétrant, en mouvement sans frein,
Elle va en arrière, il la véhicule.
Elle se laisse déborder, elle chavire
À la cadence de la musique douce.
Marbre et Cristal la regardaient en douce :
Ils voyaient ses cuisses rosées quand elle virait.
Ils enviaient Acier d’avoir si belle compagne.
Le contenu des verres descendait vivement.
Les esprits devenaient embrumés doucement ;
Vers Acier, leurs basses ires l’accompagnaient.
Ils essayèrent d’attraper le couple dansant,
Près de la table, mais leur geste les fit choir,
Entraînant bancs, table, verres, couverts, crachoir :
Le tout dans un bruit d’Enfer, les deux se brisant.
Cristal s’éparpilla en mille fins morceaux ;
Marbre se rompit en darnes importantes.
Le patron de l’auberge pleura sur ses non-ventes.
L’Éponge sourit, prit son balai et son seau.
Moralité
Qui se croit beau finira toujours en tombeau.
L’humble nettoiera encore les dégâts.
Le patron de l’auberge oubliera ces argas.
Petite histoire restera : celle des sots beaux.
Résumé : Sur le site de la Zone, il est bien précisé à l'intention des auteurs que la poésie n'est admise que si elle est "exceptionnelle". Je me suis toujours demandé dans quel sens il fallait prendre l'adjectif et je suppose que l'ambiguïté est voulue. Quoi qu'il en soit, on se s'étonnera pas que GD Lodace ait fait fi de l'avertissement. Mal lui en a pris, et les précautions d'usage de son introduction ne le sauveront pas. Et parce que, décidément, il n'a peur de rien, il exhume, pour accompagner ses alexandrins massacrés, le genre moyenâgeux de la moralité et ses personnages allégoriques. Ceci dit, j'aime bien l'Eponge. Et je ne dis pas ça juste pour finir sur une appréciation sympathique. C'est souvent comme ça d'ailleurs : pour apprécier le manque d'originalité, il faut se focaliser sur la périphérie.
Pour changer dans la zone où tous est possible, un peu de poésie.
C'est un texte sans prétentions si ce n'est son message à la réflexion et surtout pour moi, le plaisir de découvrir une autre forme d'expression en faux alexandrins.
Je sens que les partisans du désordre vont rugir MDR
C'est un texte sans prétentions si ce n'est son message à la réflexion et surtout pour moi, le plaisir de découvrir une autre forme d'expression en faux alexandrins.
Je sens que les partisans du désordre vont rugir MDR
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= commentaires =
GD Lodace a raison : sur la Zone, tout est possible, y compris publier le 12 juillet un texte du 10. Nous avons toutes les audaces, y compris celles d'envoyer paître les contraintes du temps. Peut-être que finalement ça se tient quand on publie un texte aussi anachronique.
C'est les soldes ? 2 GD pour le prix d'un. Et moi brusquement très soudain aguiché par l'espoir vain que l'éponge fusse Bob et qu'on allasse bien se marrer.
Il y a une ironie délicieuse dans ce texte : il se moque de personnages vaniteux qui passent leur temps à admirer leur propre éclat... tout en semblant parfois faire exactement la même chose avec son vocabulaire.
On sent fortement la période « je viens de découvrir le dictionnaire et je vais en faire profiter tout le monde ». Ranâtre, tousselles, argas... À ce stade, ce n'est plus un poème, c'est une chasse au trésor lexicale.
Le problème, c'est qu'un mot rare n'est pas forcément un mot juste. Quand le lecteur doit faire une pause pour vérifier si un argas est un acarien, l'émotion est déjà partie prendre un café.
Le plus cruel, c'est que les meilleurs passages sont aussi les plus simples :
« L'Éponge sourit, prit son balai et son seau. »
Comme quoi, il n'était pas nécessaire de convoquer l'intégralité du Littré pour écrire quelque chose de fort.
Le poème raconte que ceux qui brillent trop finissent par se briser ; peut-être que cela vaut aussi pour certains effets de style.
PS : Je fatigue de ces hommes qui ont le droit à une symbolique, une psychologie et une destinée, tandis que les femmes restent jolies et c'est tout.
"Les hommes", pour moi, étaient génériques dans les sens la race humaine, pas au niveau du sexe pur.
Il y a aussi des femmes qui sont pires que certains hommes. Surtout dans le superficiel
Pour les mots peu usités, ce sont surtout pour les rimes. Ce n'est pas trop facile d'écrire ce genre de texte. Les neurones doivent chauffer.
J'ai un texte surréaliste où je décris un désert. Je me suis amusé à le narrer sans "o".
Pour lui aussi, c'est un jeu d'écriture.
Je cherche une idée pour écrire un truc sans "a". C'est tellement plus amusant que de rédiger avec facilité ;)))
Le sexe pur, c'est souvent sans "a"
Écrire sur le sexe est une solution de facilité. Remplacer la chatte par Minette est trop simple. Il y a trop de synonymes.
Et puis ce genre de texte vient de me rapporter 100 euros pour une journée à peine de boulot. Cela ne m'intéresse pas vraiment maintenant.
Au passage, il y a des années, il y avait sur la toile un mec qui avait fait un montage de photo de culs et une d'un abricot. Le but était de retrouver celle de l'abricot. A première vue, les moteurs de recherche pudibonds ont frappé On ne retrouve plus ce montage génial.
Mais c'est super. Et sinon moi j'ai réussi a faire pousser huit tomates malgré la canicule. Ça compte, aussi ?