• compte
  • articles
  • poster
La Zone -
Résumé : A la demande particulière de Mack Blask, un contributeur / une contributrice qui semble aimer les contrepèteries, "l'admin" du site, qui n'est pourvue d'un article défini singulier qu'à la faveur d'un été suffocant qui voit les autres admins délaisser leurs activités underground et bénévoles, "l'admin" du site, donc, publie un nouveau texte de Caz quelques jours seulement après le dernier en date. Autant vous dire qu'au vu du titre, je me serais bien délestée de cette tâche. Je l'aurais refilée, disons, au hasard, à Nino, que la scatologie n'a jamais effrayé. Mais en bonne capitaine, je me suis convaincue que, dussé-je couler avec mon navire, il me fallait remplir ma tâche d'unique admin provisoire jusqu'au bout. Voici donc, après une longue intro qui m'aura toujours permis de gagner du temps, la présentation. Je comprends ce texte radical comme une critique définitive et dont (on peut l'espérer), elle ne se relèvera pas, de la littérature narcissique prétentieusement qualifiée d'autofiction. Voire, à moins que je ne projette sur ce récit mes propres obsessions, un portrait-charge de Christine Angot elle-même dont je crois me souvenir qu'une page entière d'un de ses romans rempli de "je" l'est aussi du mot "merde". Voilà ce que j'en dis. Vous en ferez ce que vous voudrez.

Ouuuh Émeline elle a pété ! Ouuuh Émeline la péteuse !

Le 14/08/2026
par Caz
[illustration]
Émeline, elle disait « je ».
Elle disait toujours « je ».
Elle disait « je » même quand elle ne voulait pas.
Et chaque « je » venait avec son petit pet.

Pet.
Pas fort. Suffisant. Suffisant pour marquer.
Pet.
Pas fort. Suffisant pour faire rougir.
Pet.
Pas fort. Suffisant pour que le monde entier remarque.

Au travail, elle disait « je ».
Elle disait « je » en réunion.
Elle disait « je » devant le patron.
Pet.
Elle disait « je » au téléphone.
Elle disait « je » dans le couloir.
Pet.
Chaque « je » était accompagné d’un petit pet embarrassant. Chaque phrase était ponctuée par ce pet.
Et plus elle essayait de se retenir, plus le pet sortait. Incontrôlable. Implacable.

Elle essayait de respirer.
Elle essayait de parler doucement.
Elle essayait de dire des phrases sans « je ».
Elle essayait tout.
Tout.
Rien ne marchait.
Chaque « je » venait avec son pet.

pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet
pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet pet
pet pet pet pet pet pet pet pet
pet pet pet
pet

À la cantine : « Je… » Pet.
Les voisins de table sursautaient légèrement. Elle baissait la tête et continuait à manger en silence.
Dans le métro : « Je… » Pet.
Un regard de travers. Une petite grimace. Et elle se demandait si le monde entier venait de l’entendre.
Au téléphone : « Je… » Pet.
Un silence gêné à l’autre bout du fil. Elle bafouillait, tentait de continuer.

P E T

Chez elle, ce n’était pas mieux.
Elle parlait seule devant le miroir : « Je… » Pet.
Elle essayait de regarder la télévision : « Je… » Pet.
Elle voulait répondre à un texto : « Je… » Pet.
Elle voulait juste se laver les mains : « Je… » Pet.

Elle essayait parfois de reformuler : « le sous-traitant de mon moi… »
Pet.
Même en parlant comme ça, le pet venait. Même avec des mots compliqués, même avec des phrases longues, le pet ne manquait jamais.

Les jours passaient.
Chaque jour : Pet.
Chaque phrase : Pet.
Chaque respiration : Pet.
Chaque pensée à voix haute : Pet.
Et parfois, elle s’arrêtait pour écouter.

Un soir, elle a pris une grande inspiration.
« Je… » Pet.
Elle a ri.
Elle a ri parce que c’était ridicule.
Elle a ri parce que c’était incontrôlable.
Elle a ri parce qu’elle pouvait pas faire autrement.

Elle était Émeline.
Elle disait « je ».
Et chaque « je » venait avec son pet.
Le matin, le midi, le soir.
En marchant, en mangeant, en discutant (même de trucs chiants, même de trucs intéressants).
Chaque « je » avait son pet. Vous l’avez compris, je crois.
Chaque « je » était ponctué par ce petit pet.

Et demain, elle dirait encore « je ».
Et le pet serait là.

Et puis de toute manière Émeline elle n’était déjà pas très aimée.
Elle n’était pas super sympa Émeline. Un peu passive-agressive avec un rire super relou.
Elle était très peu intelligente Émeline, pour ne pas dire con comme un cul.
Quelle ironie.

= commentaires =

Lapinchien


    le 14/08/2026 à 08:50:16
Pas lu le texte encore mais spéciale dédicace à GD Lodace.
Lapinchien


    le 14/08/2026 à 08:57:30
Pas bien compris l'intention du texte parce que d'un coté le titre montre qu'on se moque d'Émeline donc j'éprouve de l'empathie pour elle et après elle est présentée comme égocentrique tout le long du texte donc elle m'est antipathique.

à titre personnel, je préfère les gens qui parle du Jê que du Noûs comme King Plutus.
Cormary Stéphane


    le 14/08/2026 à 12:30:56
ça sent (si je puis dire) le vécu, on dirait une vraie personne que l'auteur a connu, on la voit, on l'hume, on la devine, on entend ses pets, c'est vivant, c'est quelque part un peu de poésie, ça ne fait de mal à personne. Par contre, "con comme un cul", j'ai du mal. C'est pas toujours con un cul! J'en connais de très émouvant, de noble, de pertinent. peut-être l'auteur a-t-il eu de mauvaises expériences avec des culs dans sa vie?
Mack Blask


    le 14/08/2026 à 13:42:06
"Le moi est haïssable" a écrit l'autre, "better out than in" répond Shrek.
Si la cible est effectivement l'autofiction alors l'auteur ne peut être une mauvaise personne.
ralouf


    le 14/08/2026 à 13:43:30
Magnifique — simple, franco de port, efficace. J’aurais juste aimé que l’auteur tire un peu le fil de la contiguïté signifiante, par exemple pet - prout - proust - proteste - alain prost etc. Mais le texte aurait alors singé la grâce du cassoulet premier prix, donc ma critique n’en est pas une et je tire mon chapeau en poils de panda, qui recouvre évidemment mon bout-dehors.
Lapinchien


    le 14/08/2026 à 14:11:20
Un brûlot aussi frontal contre les animaux de compagnie va valoir à la Zone une cyberattaque de L214.
Mack Blask


    le 14/08/2026 à 14:25:59
oui, bon, mais c'est pas son meilleur
Laetitia Giudicelli


    le 14/08/2026 à 20:33:51
Ce texte aura été l'occasion d'immortaliser la faïence des toilettes de feue ma grand-mère. Cela méritait d'être dit.
Nino St Félix


    le 14/08/2026 à 21:16:13
J'ai (pet) bien aimé. Chouette travail rythmique. Mais je (pet) ne peut m'empêcher de vous (chiasse) renvoyer vers ce formidable texte qui exploite a un niveau inégalable la figure de répétition (et qui figure dans mes top favoris de La Zone) :
https://www.lazone.org/textes/3380.html
Lapinchien


    le 14/08/2026 à 22:00:44
pour approfondir le sujet :
https://www.youtube.com/watch?v=UDdp_N_lcR8&t=30s
https://www.youtube.com/watch?v=CaIfpqN5rUs
LePouilleux


    le 15/08/2026 à 08:18:02
Celui-là je l'écouterai en premier quand l'intégral de Caz sortira en audiobook.
GD Lodace


    le 15/08/2026 à 19:35:48
C'est certainement un texte inspiré par Lapinchien. Il devrait attaquer l'auteur en justice.
Ce serait normal pour un texte sur la merde ou plutôt sur la diarrhée mentale aiguëe
Lapinchien


    le 15/08/2026 à 19:51:55
Non, ce texte est inspiré par ta maman, Nadine de Rothschild. D'ailleurs pour bouffer ta merde Chattamiène, il faut placer les couverts à droite, à gauche ou dans ton cul ?
Caz


    le 15/08/2026 à 20:09:30
Merci pour vos commentaires avisés
Cormary Stéphane


    le 17/08/2026 à 09:44:28
On peut faire des remake, style Roberto il a pété? Ou Géraldine elle a pété? Il y a-t-il dans ce cas des royalties à payer?

= ajouter un commentaire =