Je sais exactement ce que je fais.
Depuis le début.
Je la laisse croire qu’elle décide, qu’elle vient de son plein gré.
Mais c’est moi qui choisis la date, le menu, l’heure.
Et les mots.
Toujours les mots.
Je sais qu’elle a peur.
Pas de moi, pas vraiment - de ce que je lui renvoie.
Je suis le miroir où elle se voit fausse, déplacée, imparfaite.
Je n’ai pas besoin de parler fort. Il suffit d’un froncement, d’un silence un peu trop long.
Un soupir mesuré.
Le reste, c’est elle qui le fabrique toute seule.
Je prépare le dîner avec soin.
Un peu trop.
Je sais ce qu’elle aime, je le sers trop tard.
Je sais ce qu’elle déteste, je le pose au centre de la table.
Je l’observe - chaque geste trahit quelque chose.
Ses doigts tremblent quand elle verse le vin, elle regarde souvent la porte, comme si elle cherchait une issue.
Je souris. C’est si simple.
Il parle, lui, mon fils.
Il ne voit rien.
Il croit que tout va bien, que nous “apprenons à nous connaître”.
Je le laisse croire. C’est plus élégant.
Et puis il me regarde avec cette reconnaissance d’enfant qu’on félicite d’avoir ramené un trophée :
Regarde maman, je l’ai trouvée.
Je ne réponds pas.
Je découpe la viande.
Je parle de choses neutres - la pluie, les travaux, le voisin mort.
Mais chaque phrase la ronge un peu plus.
Elle s’efface à vue d’œil, avalée par le besoin de plaire.
Elle rit quand je ne souris pas.
Elle s’excuse quand je ne dis rien.
C’est presque trop facile.
Je sais qu’elle rentrera vidée, qu’elle pleurera peut-être.
Et qu’elle reviendra.
Toujours.
Parce qu’elle croit encore qu’un jour, j’approuverai.
Mais je n’approuve jamais.
Je règne.
Silencieusement.
Et dimanche, elle reviendra dîner chez sa mère.
La Zone -
Résumé : Après le hit de Lindsay S : « J’ai peur », Rosalie nous livre en face B le récit introspectif d’une mère qui reçoit pour dîner son fils et sa toute nouvelle belle-fille. Une plongée dans la psychologie mystérieuse et incompréhensible de la « belle-mère », cette espèce terrifiante. Tout en non-dits, en silences et regards, un huis clos glaçant dont le fils n’est qu’un ornement, et le gigot un prétexte. Ici, ce qui se joue, c’est plus que de la domination : c’est du dressage.
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= commentaires =
J'aime bien le final twist de Rosalie qui dans la dernière phrase révèle que la belle-mère de sa protagoniste est également sa mère et que donc depuis le début elle parle de Christine Boutin.
Le twist c'est que le type et la fille sont frère et soeur, c'est ça ? je ne comprends pas l'intérêt. Ou c'est juste une coquille.
Comme je le disais, l’intérêt est de créer un petit malaise vagal purement boutiniste.
https://www.youtube.com/watch?v=ZJaQ0X21lM4
J'aime bien ce texte, pour une fois, je le comprends.
C'est un morceau de vie qu'on dévore.
Elle ressemble à ma belle-mère en plus jeune.
J'ai pas pigé.Elle approuverait quoi au juste?
On lit entre les lignes qu'elle n'approuvera jamais d'avoir Cinoque des Goonies comme petit-fils.
Quelle terrible invention que les belles-mères.
Mack Blask, en anglais ça donnerait "his mother", sa mère à lui, la mère du mari. Le français ne fait pas la différence dans le déterminant possessif, contrairement à l'anglais.
Merci Laetitia. J'ai cru qu'il n'y avait ici que des débiles issus de la consanguinité, avec en tête GDLodace et son "j'ai compris" aussi crédible qu'un LC qui parlerait du texte et pas du fantasme qu'il a monté autour.
Je ne vois pas pourquoi parler des fantasmes que le texte induit inconsciemment en moi reviendrait à ne pas parler du texte lui-même. Ces projections m’échappent totalement par définition, justement parce qu’elles naissent de ce que l’écriture laisse dans l’ombre, dans les non-dits et les quiproquo. En les formulant, je ne m’éloigne pas de l’œuvre : j’en explore au contraire les effets réels sur un lecteur lambda. Le texte ne cesse pas d’exister quand on interroge ce qu’il provoque, il s’approfondit. Refuser cette dimension, c’est se priver d’une part essentielle de ce qu’une écriture aussi rétive et calculée est capable de déclencher. D'ailleurs, je trouve bien plus intéressant de digresser sur les lapsus des auteurs. Il est évident qu'en réalité tu parlais de la mère du gigot de voisin mort et donc du "silence des agneaux" et donc d'Hannibal Lecter et que tu décris donc une scène banale de cannibalisme dominical.
C'est de te définir comme Lambda, qui frise la stupidité.
C'est car j'estime que la stupidité gagnerait à être un peu plus crépue.
Je vois pas le rapport avec la Lambada.
Tu sais Rosalie, il n'y a pas que toi qui travaille sur la manipulation psycho.
Je crois que tu as un problème avec moi, là aussi, c'est un problème psychologique.
Je suis peut-être l'un des rares à dire sincèrement et sans agressivité ce que je pense des textes d'autrui.
Ah, pardon. J’avais oublié que lorsque toi tu donnes ton avis, c’est « sincère et sans agressivité », mais que lorsque quelqu’un te répond , ça devient immédiatement un « problème psychologique ».
C’est fascinant, cette capacité à décréter soi-même que son propre comportement est parfaitement sain, neutre et bienveillant, tout en expliquant aux femmes qui réagissent qu’elles ont un problème avec lui.
Mais rassure-toi : je ne te manipule pas psychologiquement. Je te trouve simplement d’un premier degré assez violent et d’une misogynie suffisamment constante pour que tes interventions soient parfois pénibles à lire pour tout le monde.
Ai ai ai
Dançando lambada
não vejo a relação com a inteligência artificial.
Autant pour moi. La Lambada a un rapport avec TOUT
elle est le début et la fin
Le beta et le caca
L'absolu et le néant
Bonne idée de répondre en miroir au texte de Lindsay. Ça c'est de l'émulation collective.
Et ça réveille pas mal de traumatismes, j'imagine que ça veut dire que c'est un texte globalement réussi.
Par contre la dernière phrase, bof. C'est bancal, ça foire un peu le ton chirurgical général.
Je pense qu'on sous estime la polysémie de ce passage justement. C'est quand elle dit "sa mère" en parlant d'elle, qu'on peut se dire que c'est la mère du mec, mais qu'aussi, en tant que prototype de la belle-mère imbuvable, manipulatrice et machiavélique, le summum de de la perversion relationnelle qu'elle aura établi, c'est quand la fille l'appelera "maman" et pas "belle-maman". Ce sera le point retour, le degré ultime de l'aliénation des repas en famille. Et elle est tellement déja sûre d'elle que ça va arriver.
Ou pas du tout et je pars dans de l'hérméneutique onaniste digne des plus grandes heures de tonton R.
* le point de non-retour
heureusement on a échappé à "Et dimanche, elle reviendra dîner chez son maire." final twist révélant que la belle-mère est Robert Ménard en pleine transition de genre.