Elle pousse le fauteuil jusqu’à la table, soupire. La gelée à la fraise tremble dans son assiette. Il la regarde avec des yeux écarquillés, bouche entrouverte, comme si c’était un lever de soleil sur Jupiter. Elle connaît le lever de soleil sur Jupiter : c’est juste un dessert qui colle aux doigts et qui tombe toujours par terre.
Le petit sapin clignotait dans le coin, avec ses guirlandes dépareillées et ses boules en plastique ternies. Un air de musique de Noël grésillait dans le salon, mais elle n’avait plus la force de sourire aux chants forcés.
« Allez, ouvrez un peu la bouche… non, pas comme ça, pas comme si vous alliez l’avaler tout entier d’un coup… »
Chaque cuillère est un effort, chaque grimace un rappel brutal qu’il n’est plus qu’un corps fragile et grincheux, mais elle, elle sait. Elle est là avec la conscience de tout ce qu’il a perdu. Elle lui tend la cuillère, essuie ses moustaches, replace son pull froissé. Vieux, moche, sale, seul. Et elle, là-dedans, à se battre contre la gelée, sa fatigue, et le silence pesant.
Hier encore, il savait dessiner la formule chimique des sucres complexes. Aujourd’hui, il la regarde comme si elle venait de tomber d’une autre planète. Elle aimerait rire, mais elle a trop chaud, trop mal au dos, trop marre de se répéter.
« C’est magique, hein ? » dit-il, béat.
Elle le fixe, la bouche pleine de soupirs retenus. Oui, c’est magique. Magique que ça lui donne encore quelque chose à sentir, et magique qu’elle soit toujours là pour subir ça.
Elle verse un peu de sirop sur la cuillère, glisse la gelée dans sa bouche. Il ferme les yeux, émerveillé. Elle serre les dents. Elle sait que personne ne la remerciera jamais pour ces instants magiques, que personne ne comprendra jamais à quel point la conscience de soi peut être un fardeau… pour deux.
LA ZONE -
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Chroniques de l'EHPAD. Hé, y'a un concept, là.
Des textes longs, lents, qui tourneraient en boucle, avec des flash du passé, des hallucinations, des ruptures aussi (ptain, mais comment je m'appelles déja ?).
Genre, du Sade en fauteuil roulant, les yaourts remplacant les chaines, les soirées bingo les tortures, mais un récit de l'enfermement et de la dégradation. De la littérature blanche mais si blanche qu'on la croit morte. De la littérature morte.
Qui veut écrire ça avec moi, j'suis chaud : j'ai un EHPAD juste sous ma fenêtre (pour de vrai en plus).
Je suis chaud, ça me cause, j'ai un EHPAD pas loin non plus, je pourrais m'y retrouver si ma descendance veut se débarrasser de ma gueule, je sais pas si y'a la clim, faudrait de l'alcool dans un mini bar et je dis pourquoi pas, de toute façon la vie c'est du caca, plus ça va plus je déteste les gens, mes collègues, je supporte plus quand ils pensent pas comme moi, c'est des fachos pis c'est tout.
L'idée, ce serait de faire comme là genre des tranches de vie bien glauques, mais vraiment chiantes, genre il se passe pas grand chose, sauf les flash backs et bien sûr quand les persos se chient dessus. Ou qu'ils ont des hallus. Ou qu'ils se font frapper par leurs soignants. Ou que leurs soignants se suicident.
Reste à voir comment on mettrait ça en musique. J'y réfléchis une fois que j'ai fini mon boulot de merde.
Ouai, peut-être façon Duras dans "Détruire, dit-elle"? Désincarné? Sans chair ni émotions. Juste des mots creux, des phrases vides et inutiles.
De la merde. Avec même pas des mouches autour. De la merde seule et qui crève dans son coin et qui pue.
Ce texte m'a fichu le cafard. Probablement car dimanche c'est l'anniversaire de Donald Trump et qu'un an s'est écoulé en un battement de cil.
J'ai proposé sur le forum un AAT inspiré du texte de Lindsay. Mais sentez vous libre de proposer des idées / contre-idées. Nous restons une dictature, mais une dictature du peuple.
C'est quoi une ATT? Tu peux causer le français bordel. Là je vais mater Brésil Maroc bourré et avec du Marocco 2 feuilles et je vous pisse a l'arrêt
Attentat Terroriste Textuel.
AAT
Appel à textes
Att c'est arrêt de travail temporaire je crois
La gelée de fraise est la flèche du Parthe après un repas anglais.
Shivers aurait dû être empalé, et sa recette coulée dans un bloc de béton largué dans la fosse des Mariannes.
Plus sérieusement, je pense que c'est de l'eau gélifiée pour les patients qui ont des troubles de la déglutition.
C'te merde pour administrer ça, bon courage.