LA ZONE -

Promesse tenue

Le 11/07/2026
par Rosalie
[illustration] Il m’a promis que je ne serai plus jamais seule.
Chaque nuit, les mêmes vers me reviennent, obsédants :
L'exceptionnel amant ressemble au flux marin.
Tranquille ou furieux, n'ayant ni hâte ni repos,
Il s'enfle, gronde, roule et écrase mes raisons,
Et dans mes draps, passe soirs et matins.
Si la satiété de cet athlète est brève,
Si son endurance est un cri sans fin,
Quand je trébuche à ce gouffre malsain,
L'amour et le bonheur ne sont que rêves d'un rêve.
Ô force du mâle, ô toi enviable martyr,
Que dévore l'envie de crier "amen",
Toi qui veux être libre et qui te surmènes,
Regarde le flot monter et venir nous engloutir.
Nos folles étreintes mille fois rêvées
Me laissent chaque matin un souvenir éthéré.

Je me réveille en sueur, les cuisses tremblantes, le corps marqué d'une mémoire qui n'existe pas. Car il n'y a jamais eu d'amant. Jamais eu d'homme. Seulement ces rêves. Seulement cette présence.


Et puis... il y a ce silence. Ce vide dans mes draps, dans mes jours, dans mon corps.
Deux semaines. Deux semaines que je guette, que je compte, que je recompte. Mon corps se joue de moi. La nature m'angoisse, me questionne. Je devrais savoir, je devrais être préparée, rationnelle... et pourtant je panique.
Quand je passe devant la pharmacie, je ralentis, je n'ose pas entrer. Savoir, c'est pire que ne pas savoir. Mais je sens quelque chose. Quelque chose de froid, qui s'insinue dans mes entrailles.
Quatre jours de plus, et je découvre la vérité.
Deux traits. Deux lignes bleues qui défient toute logique, toute raison.
C'est impossible. Je suis seule depuis des mois. Aucun homme, aucun contact. Seulement les rêves. Seulement cette voix nocturne qui murmure des promesses obscures.
Et pourtant, mon ventre ne ment pas.

Au début, je pensais que je pourrais continuer, que je pourrais vivre avec cette réalité impossible. Mais le temps passe, et l'idée s'insinue : je porte quelque chose qui n'aurait jamais dû exister.
Ce n'est pas un accident. Ce n'est pas une conception ordinaire. C'est une force ancienne, une volonté étrangère qui grandit en moi, qui palpite avec un rythme propre, qui murmure et exige.
Je sens sa présence à chaque instant. Cette voix nocturne qui m'a choisie, qui m'a modelée dans mes rêves, n'a jamais cessé de m'enseigner. Elle m'a rendue capable de gestes que je n'aurais jamais cru possibles, m'a poussée, façonnée, possédée. Et maintenant, dans cette vie impossible que je porte, elle est là, silencieuse et insistante.
Ce que je porte dans mes entrailles n'est pas seulement un enfant : c'est une semence démoniaque, un souffle ancien qui prend racine et s'impose. L'immaculée conception que l'on nous a contée était celle d'un dieu. La mienne est celle d'un démon.
Et moi… je suis Rosalie. Celle qui a été choisie. Celle qui crée ce qui ne devrait pas exister. Celle que l'on nommera sorcière, que l'on craindra et peut-être brûlera. Celle qui sent déjà, dans son sang et dans ses os, la puissance et la damnation d'un futur qui n'appartient qu'à elle.
Je ne sais pas si je pourrai échapper à ce destin.
Mais je sais ceci : rien ne sera jamais innocent. Et ce qui naîtra de moi ne connaîtra ni pitié, ni loi. Ce sera ma récompense et ma malédiction.



La nuit est dense, presque solide. Mon ventre brûle d’une chaleur qui n’est pas la mienne. Je sens chaque fibre de mon corps vibrer sous une pression nouvelle, un rythme ancien qui réclame son accomplissement.

Puis il vient. Une poussée, un cri silencieux, une force qui déchire mes entrailles et les transforme. Je n’accouche pas, je cède. Chaque souffle de ce monde semble s’incliner devant ce qui émerge.

Et il apparaît enfin : pas un enfant, pas un corps humain, mais une forme fluide et vivante, tremblante et consciente, qui palpite au rythme de mes battements et des murmures nocturnes qui m’ont façonnée. Ses yeux — ou ce qui y ressemble — me fixent avec une intelligence ancienne, une curiosité effrayante et déjà souveraine.

Il ne pleure pas. Il ne crie pas. Il observe. Et dans ce silence, je comprends que tout ce que je connaissais de la vie, de l’amour, de la peur, vient de basculer.

Le démon est né. Et moi… je suis à la fois son temple et sa prison.
Dans ce délire, son nom est apparu comme une nouvelle promesse.

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