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La Zone -
Résumé : Puisque l'auteur, dans un message complémentaire, demande notre avis sur cet extrait de son nouveau roman, je dirai qu'il abuse des comparaisons et des métaphores : celles qui sont bien trouvées s'en trouvent noyées dans un flux irritant (merde, c'est contagieux) de "comme" et de tournures figées ("avec + groupe nominal + proposition subordonnée relative"). Voilà pour le style. Et sans surprise, le contenu est à l'avenant : du déjà-vu ressassé avec l'assurance de ceux qui croient avoir inventé le roman noir. Le bar, son tenancier maître de lui au milieu des soûlards et des petites frappes, ses femmes venues de la rue ou du caniveau, ses règlements de comptes entre mâles. Au final : une scène de filles qui gloussent devant des gamins jouant à qui aura la plus grosse.

22h30 : L’heure où les chiens hurlent et où les loups ricanent

Le 22/08/2026
par GD Lodace
[illustration] Passage tiré d'un de mes romans " Les copains d'abord ". Une enquête policière avec un brin de réalisme magique.
22h30 : L’heure où les chiens hurlent et où les loups ricanent
    Les néons clignotaient comme des paupières fatiguées, les verres vides s’entassaient comme des regrets, et l’air empestait ce mélange unique de vin aigre, de tabac froid et de sueur rance. Dédé, les doigts tremblants comme des feuilles mortes, serrait son dernier canon de rouge comme s’il s’agissait de son ultime bouée avant le naufrage. « Encore un et j’me casse », marmonnait-il, mais tout le monde savait qu’il mentait.
    Solange étalait ses cartes sur la table avec la précision d’une chirurgicale et le sourire en coin d’une voyante qui n’a plus rien à prouver. En face d’elle, Léona - cette ancienne péripatéticienne au rire de gravier et aux yeux qui avaient vu défiler les siècles - glissait un ticket à gratter vers elle. « Tiens, ma poupée, c’est tout c’que j’ai. Mais dis-moi au moins si j’vais clamser avant l’été. » Solange éclata d’un rire qui sonnait comme une cloche fêlée. « Avec c’que t’as déjà dans le sang, ma vieille, la mort elle osera même pas t’approcher sans t’inviter à dîner ! »
    Et puis la porte explosa.
    Pas une entrée. Une invasion. Un coup de pied dans la tranquillité, une gifle dans le calme plat de cette fin de soirée. Le caïd du quartier fit son apparition, encadré par ses deux molosses, leurs ombres bouchant la lumière comme une éclipse de mauvais augure. L’air se chargea soudain d’une tension électrique, cette odeur âcre de testostérone mal placée, de sueur froide, de cette arrogance qui précède toujours la chute.
    Marc sentit une colère glaciale lui monter le long de l’échine. Pas la peur. Non. Une fureur pure, nettoyante, comme un coup de balai dans un taudis. Ce gamin. Ce gamin qui osait revenir, qui osait profaner son bar, son royaume, son dernier bastion de dignité.
    « Alors, t’as réfléchi ? »
    La voix du caïd était trop aiguë, trop forcée, comme un revolver mal graissé. Et justement, il en sortit un. Un calibre minable, tenu par une main qui tremblait presque autant que celle de Dédé. Il le braqua sur Marc, les yeux injectés de cette morgue stupide qui précède toujours la correction.
    Marc ne cligna même pas des paupières. Il essuya lentement un verre avec son torchon, comme s’il avait l’éternité devant lui. « Range ce jouet, mon p’tit, ou t’as un accident qui t’attend. »
    Un silence. Le genre de silence qui précède l’orage.
    « Quoi ?! T’me menaces ? » Le caïd essayait de jouer les durs, mais sa voix chevrotait comme celle d’un gamin qui a vu un fantôme.
    « Non, je te donne un conseil d’ami. » Marc posa le verre, impeccablement propre, sur l’étagère. « Un conseil entre hommes. »
    C’est alors que l’un des complices - un costaud au crâne rasé et au regard de poisson mort - envoya valser une chaise d’un coup de pied. Le bois gronda en s’écrasant, comme un coup de tonnerre dans une cathédrale.
    « Ramasse-la. Remets-la en place. »
    La voix de Marc était calme. Trop calme. Le genre de calme qui glace les os.
    Le gros bras ricana, prêt à en remettre, mais le caïd, lui, sentit le piège. « T’as entendu, connard ? Ramasse ! »
    Trop tard.
    Marc bondit. Pas comme un homme qui attaque. Comme un fauve. Comme un danseur de tango qui guide sa partenaire vers l’abîme. Il évita le bras tendu du molosse, pivota, et son coude s’écrasa sur le nez du caïd avec la précision d’un marteau de juge. Un crac sec, sordide, suivi d’un grognement étouffé. Le cartilage éclata comme du verre pilé, et le sang gicla, chaud et épais, éclaboussant le comptoir comme une signature rouge sur un contrat diabolique. Le caïd porta les mains à son visage, le souffle coupé, le sang coulant entre ses doigts comme une malédiction.
    En une seconde, le pistolet changea de main. Marc le glissa entre les lèvres du caïd, qui sentit soudain le goût du métal et de sa propre bêtise. « Je t’avais prévenu, non ? Alors dis à tes chiens de ranger le bordel. »
    Les deux comparses, figés, obéirent comme des écoliers pris en faute. Les chaises se relevèrent, les tables se remirent en place. En moins de temps qu’il n’en faut pour allumer une Gauloise, le bar retrouva son ordre. Son équilibre.
    « Maintenant, » dit Marc en appuyant légèrement le canon contre les dents du caïd, « baisse ton froc. »
« QUOI ?! » Le caïd écarquilla les yeux, le nez en feu, le sang coulant sur sa lèvre supérieure comme une larme écarlate.
    « Ton froc. Et ton caleçon aussi. » Marc sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux.
    « Montre-nous donc c’que t’as dans le pantalon, mon p’tit roi. »
    Et, incroyable mais vrai, le caïd obéit. Comme hypnotisé. Comme s’il venait de réaliser que, dans cette pièce, il n’était plus le maître. Juste un clown pathétique.
    Le pantalon tomba. Puis le caleçon.
    Et là, sous les néons impitoyables, apparut l’arme du crime. Un petit truc triste, ratatiné, qui semblait se cacher sous le regard des femmes.
    Solange porta une main à sa bouche, les yeux écarquillés. « Ohhh… » Un son entre l’horreur et la pitié.
    Léona, elle, n’eut pas cette retenue. « Ben ça alors ! » Elle éclata de rire, un rire grave, profond, qui résonna comme un glas. « J’en ai vu, des bites, dans ma vie. Des grosses, des petites, des tordues, des bien membrées… » Elle marqua une pause théâtrale, savourant son effet. « Mais une aussi minuscule, jamais ! Franchement, mon p’tit, t’es sûr que t’as pas confondu avec ton petit doigt de pied ? À Marseille, on dirait que t’as vendu ton âme pour une poignée de lentilles. »
    Le caïd devint blanc. Puis rouge. Puis blanc à nouveau. Ses comparses détournèrent les yeux, étouffant des rires nerveux. L’un d’eux murmura « Putain, patron… », comme une oraison funèbre.
    Marc éclata de rire. Un rire franc, libérateur, qui brisa la tension comme une vitre. « C’est avec ça que tu voulais me faire peur ? » Il donna une tape sur l’épaule du caïd, presque paternelle. « Tournes-toi, fais donc un tour sur toi-même. Laisse ces dames admirer ton… équipement royal. »
    Le caïd obéit, mécaniquement, comme un pantin désarticulé. Dédé, recroquevillé sur son tabouret, osait à peine regarder. Solange ricanait en se couvrant la bouche, les yeux brillants de larmes. Et Léona, impitoyable, alluma une cigarette en secouant la tête. « T’as l’air d’un coq sans crête, mon p’tit. T’as perdu plus qu’un combat ce soir, t’as perdu ton ombre. »
    Un silence. Puis Dédé éclata de rire, renversant son dernier canon de rouge. « Putain, Marc… T’es un putain d’artiste ! »
    Solange secouait encore la tête, incrédule. « J’crois que j’vais devoir me laver les yeux à l’eau de Javel après ça. »
    Léona, elle, sortit un autre ticket à gratter de son soutien-gorge et le tendit à Solange. « Tiens, ma belle. Pour te dédommager du spectacle. »
    Marc ramassa le pistolet, le regarda avec dédain, et le jeta dans le tiroir-caisse. « Bon. Qui veut un dernier verre ? Parce que moi, j’ai soif. »
    Dehors, la nuit était toujours là. Mais dans le bar, quelque chose avait changé. L’air était plus léger. Comme si on avait chassé les démons d’un coup de balai.

= commentaires =

GD Lodace


    le 22/08/2026 à 13:43:58
Je viens de relire encore une fois ce texte.
Grrr !!!
Comme d'hab, j'écris en overdose du "Comme".
Il va falloir que je me soigne.
Je vais reprendre cette partie de texte.
Nino St Félix


    le 22/08/2026 à 15:18:34
J'ai décroché là :
Marc bondit. Pas comme un homme qui attaque. Comme un fauve. Comme un danseur de tango qui guide sa partenaire vers l’abîme.

le combo "pas+comme+comme" m'a tuer. Du coup je peux hélas pas trop parler de l'histoire dans son ensemble. J'ai juste eu du mal avec l'arrivée de Marc, comme un poil de zboub dans la soupe, littéralement. Mais en fait, j'en déduis qu'il a été présenté avant dans le roman.
Rosalie


    le 22/08/2026 à 16:54:06
J'ai compris !!!

Voilà un passage qui ressemble à une fanfiction de virilité écrite par quelqu’un qui rêve d’être le patron mystérieux d’un PMU : calme devant les armes, imbattable à mains nues, spirituel sous pression, respecté des femmes, craint des hommes et, bien sûr, toujours disponible pour lâcher une dernière punchline avant de retourner servir des verres.
Évidemment, dans sa version, personne ne résiste vraiment : tout le monde abandonne instantanément sa personnalité, son intelligence, son intérêt et jusqu’à son instinct de survie pour participer bénévolement à la démonstration de puissance de Marc.
Ici on touche à un raccourci d’une finesse bouleversante : le méchant est méchant, donc il a une petite bite ; il a une petite bite, donc tout le monde peut officiellement conclure qu’il est une sous-merde. On dirait que l’auteur a découvert à quatorze ans que les pénis existent et qu’il n’est jamais tout à fait redescendu de cette révélation.
Ce n’est pas une scène, c’est une masturbation narcissique déguisée en règlement de comptes. Tous les personnages cessent d’exister dès que Marc entre dans son fantasme de toute-puissance et le pauvre caïd n'a plus qu'une fonction narrative : permettre à Marc de prouver qu’il est, symboliquement, celui qui a la plus grosse.
Nino St Félix


    le 22/08/2026 à 17:25:58
En outre depuis que j'ai vu La flamme et le Flambeau dès que je rencontre un Marc je vois Jonathan Cohen. Or la donc c'était Jean Benguigui attaquant Jonathan Cohen, ç'aurait ou être drôle.
Dommage.
Nino St Félix


    le 22/08/2026 à 20:05:59
Wtf j'ai quand même lu la suite et putain c'est ça le réalisme magique ?? Défroquer le vilain boubou oulala et comme par hasard il a un mico-pénis et ça c'est la fin du monde en effet. En fait on dirait du Jean-Patrick Manchette mais sans le Jean-Patrick. Ni la Manchette.
Nino St Félix


    le 22/08/2026 à 21:01:58
Ah mais j'ai compris. C'est en fait a lire tout a second degré. C'est une parodie du roman noir. Tout prend son sens. Et du coup je retire : c'est complètement réussi
GD Lodace


    le 22/08/2026 à 23:47:47
Dans le chapître suivant, Marc se fait dessouder. Ce passage n'est qu'un amuse gueule (que j'ai déjà modifié. Il ne reste deux "comme" dans sa nouvelle version).
Le réalisme magique arrive après, mais à ma façon.
Merci à Nino de comparer ce texte avec les ouvrages de Mancette. Je n'ai jamais rien lu de lui.
C'est en acceptant les critiques que l'on peut progresser dans l'écriture.
C'est en effet une parodie de roman noir.
GD Lodace


    le 22/08/2026 à 23:58:18
Pour les fans de réalisme magique (à la Gabriel García Márquez).
C'est en plus sombre et plus humoristique).
Rosalie


    le 23/08/2026 à 00:35:40
Ca ne répond pas à la question...
Lapinchien


    le 23/08/2026 à 00:37:19
Pas encore lu le texte mais je tiens à préciser que l'image d'illustration est une photo du dossier d'autopsie du petit Grégory qui a fuité dans la presse.
Lapinchien


    le 23/08/2026 à 01:15:50
j'avais une blague avec "karaté caïd" mais je vais plutôt bien fermer ma gueule.
Mack Blask


    le 23/08/2026 à 01:40:20
ok c'est second degré, mais non, c'est pas du JP Manchette. GD L, je te conseille "La position du tireur couché" pour découvrir.
Deux problèmes de logique : pourquoi le caïd doit-il se retourner alors que ces dames ont déjà commenté ? pourquoi Marc doit-il ramasser le pistolet qu'il pointait dans la bouche du caïd ?
"la précision d’une chirurgicale" ? "Tournes-toi"
J'ai une tendresse pour les zeugmes, ça marche toujours. En tout cas, mieux que les "comme".
GD Lodace


    le 23/08/2026 à 02:29:11
Eosalie : Quelle question ?
Il n'y en a aucune dans ta critique.
GD Lodace


    le 23/08/2026 à 02:34:05
Mack Bladk
Simplement parce qu'il agit tel un toutou docile.
Pour le pistolet, personne ne m'avait signalé cet énorme problème. Je vais rectifier dans mon texte ... merci :))))
Nino St Félix


@Mack Blask    le 23/08/2026 à 09:30:42
C'est bien entendu tout l'opposé de Manchette, ne serait-ce que dans la présence (ou l'hyper présence) du narrateur/auteur. C'était le sens de ma vanne foireuse.
Si c'est donc une parodie, je pense qu'il manque quelque chose pour qu'on le comprenne. Peut être que c'est justement le style qui sonne bien trop sérieux, avec l'avalanche de métaphores et d'interprétations. A moins bien sûr qu'il ne se fusse agit d'une "auto-parodie" de style (mais une parodie fonctionne comme un clin d'oeil, si personne ne voit le clin d'oeil...)
Mack Blask


@ GD L    le 23/08/2026 à 11:05:21
Le problème était que les deux dames avaient déjà commenté le zozio donc il leur était visible sans qu'il se retourne. Peut-être y avait-il d'autres dames ?
Nino St Félix


    le 23/08/2026 à 12:03:50
Ou s'agissait-il d'une illusion d'Ebbinghaus à rotation multiversiale ayant piégé les archétypes féminins.
Lapinchien


    le 23/08/2026 à 12:53:59
Je ne savais pas que Machete écrivait du roman noir. Je pensais que son activité principale était de tourner des pubs pour Old El Paso.
Nino St Félix


    le 23/08/2026 à 14:54:15
Dani Trejo dans le rôle de Marc. Et Dany de Vito dans celui du Caïd.
Voilà, comme ça on pourra pas me traiter de sioniste.
Lapinchien


    le 23/08/2026 à 15:47:15
Perso, je verrais bien Manuel Valls dans tous les rôles réussissant le même double tour de force qu'un Eddie Murphy à jouer tous les personnages dans "Le Professeur Foldingue" puis "La famille Foldingue". Par contre faudrait faire une sacrée extension en silicone à Manuel Valls pour faire croire à l'illusion d'un micropénis dans le rôle du caïd.

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