LA ZONE -

Morgatha

Le 18/11/2025
par Nino St Félix
[illustration] « Morgatha… Tu me manques tellement. Sans toi, les jours n’ont plus de sens, de début ni de fin, la nuit commence et ne s’achève jamais. Je suis éteint - je ne fonctionne plus ; tu te souviens ? Tu disais : papa, tu t’embrouilles, tu te disperses. Oui, ma chérie : je me perds. Mais je n’abandonnerais pas tant que toi, tu ne seras pas revenue. »
Zoltan reposa le micro, et tendit l’oreille. Dehors, le sifflement caractéristique des trains-fusées accompagnait le clignotement frénétique des enseignes géantes sur lesquelles se tordaient des images d’Augmentés, exhibant fièrement leur dernier doigt mécanique, vantant les mérites d’un colon assisté, pour un transit maîtrisé … De lourdes gouttes d’eau venaient s’écraser sur les vitres du petit appartement ; en glissant sur les carreaux rafistolés, elles dessinaient de fantasques arabesques, dont les ombres se tortillaient sur le sarcophage blanc de Morgatha, qu’il avait déplacé à l’autre bout de la pièce, le plus loin possible de l’Éditeuse.
« Je n’ai pas le choix. C’est notre dernière chance », murmura-t-il. Il arrosa la tulipe, puis se dirigea vers l’énorme engin qui occupait tout le mur du fond, vérifia que les caméras étaient bien réglées, et s’installa dans l’habitacle. Édith ronronna, puis les panneaux de contrôle s’illuminèrent.
« Édith… Protocole standard - mode actif », ordonna-t-il.
Aussitôt, les bondes s’ouvrirent, et le liquide cicatrisateur se déversa à l'intérieur. Zoltan ajusta son masque à oxygène, puis laissa ses bras pendre le long de son corps. Lorsque l’étroite cabine fut remplie, il se plaqua contre la paroi et ferma les yeux. Édith lança une musique douce, qui l’aida à se décontracter encore davantage. Alors, les poinçons surgirent, lui perforant les poignets, les chevilles, et les épaules. Ils se déployèrent ensuite pour l’immobiliser totalement. Une douleur infime, à peine plus qu’une sensation de piqûres, parvint jusqu’à son cerveau, qui l’analysa, et décida de l’ignorer. Le liquide faisait des miracles. Jésus, se dit-il, avait dû drôlement en baver.
« Édith. Active le réseau. »
L’écran devant lui bascula sur la page d’accueil de Summerland, qui affichait 8,4 milliards d’utilisateurs connectés. Zoltan n’était suivi que par sept « summériens », qu’il n’avait d’ailleurs jamais rencontrés. Mais, il le savait, il suffisait d’un seul. Il lança l’enregistrement.
« Bonjour à tous. Je m’appelle Zoltan Orionis ; vous ne me connaissez pas, et pourtant, un grand nombre d’entre vous porte en lui une petite partie de moi. J’ai pendant longtemps, en effet, travaillé au développement des prothèses et implants de première génération, bien avant la mode du custom-art, à une époque où… »
Zoltan ferma les yeux à nouveau. Il ne fallait pas parler de ça. Cela n’intéressait personne, pas plus que de savoir qu’il demeurait « vierge », 100 % matériel d’origine. Le passé ne valait plus grand-chose. Il se força à sourire.
« Les améliorations thérapeutiques sont désormais monnaie courante. La personnalisation est entrée dans les mœurs, tout le monde possède au moins une partie « augmentée ». Mais aujourd’hui, j’ai décidé… De nous permettre de franchir une nouvelle étape dans l’aventure de l’Édition. Je me propose… comme cobaye. Il est temps, en effet, de passer à la troisième phase. J’ai longuement essayé d'imaginer ce que pourrait, et devrait, être cette création ultime, ce nouveau golem. Qui pouvait le savoir ? Et finalement, j’ai compris, mes chers amis. Comme toujours, la création n’est pas une, mais multiple. Elle ne surgit pas ex nihilo, mais s'extrait, ex materia. Je ne suis pas Dieu, et vous non plus : mais nous sommes, tous ensemble, les artisans de notre destin. Aussi, vous allez le créer. À partir de moi. »

***

« Cela fait maintenant vingt jours, Morgatha. Peut-être ai-je fixé les tarifs trop haut ? Mais il s’agit du seul moyen. Édith ne peut rien pour toi, et, hélas, moi non plus. Autrefois, sans doute, quand cela avait encore une valeur, j’aurais pu vendre mes organes. Mais aujourd’hui, un corps, même en état d’origine, ne vaut plus rien. La chair, les os, le sang, sont devenus des matières comme une autre, à peine plus nobles que la cire, l’argile ou le papier.
« Je propose à présent des forfaits. Pour les zones sans danger : 200 000 en externe, 400 000 en interne. Le double pour les zones dangereuses. Et je n’ai eu que deux clients, très prudents. L’artiste peintre a fait remplacer mes ongles par des miniatures de ses paysages grotesques. Et un collectionneur de scarabées m’a implanté des coques en fibre mixte sur les omoplates. Mais c’est loin de suffire pour te ramener. Je ne sais pas comment faire, Morgatha, pour attirer leur attention - pour qu’ils me regardent, et s’emparent de moi ?
« Tout serait tellement plus simple, si je pouvais simplement m’arracher le cœur, et t’en faire don. »
Zoltan demanda à Édith de cesser l’enregistrement, puis se reconnecta à Summerland. HK-56, une tatoueuse des bas quartiers venait de lui transmettre un énième message. Elle essayait, depuis plusieurs jours, de négocier un partenariat. Il arborerait ses créations en étain fondu, au niveau du pubis et des pommettes, en contrepartie de la visibilité auprès de son réseau dans l’Under. Le dessin des arabesques morbides était certes fin, mais Édith, en principe, pouvait le reproduire sans trop de difficultés. Cependant, HK se montrait inflexible : elle voulait pratiquer l’opération elle-même, en direct. Zoltan hésitait. La jeune femme n’apporterait que quelques milliers de spectateurs. Parmi eux, bien entendu, se trouveraient essentiellement des voyeurs, il y en avait toujours ; mais des investisseurs, c’était moins sûr.
Le message contenait une vidéo. Il eut du mal à la lancer : à chaque tentative, Édith, sans doute par souci d’économie d’énergie émotionnelle, s’évertuait à la refermer. Il lui fallut désactiver le contrôle hormonal pendant quelques minutes.
Il s’agissait d’un genre de documentaire sur la tendance émergente du random-custom. Ils étaient plusieurs, déjà augmentés ou vierges, à s’être lancé dans la « libération » de leur propre matière, et la plupart agrémentaient leur présentation d’un charabia sur l’indépendance de l’âme. Aucun, cependant, ne disposait d’un dispositif aussi performant qu’Édith, et personne n’allait aussi loin que Zoltan. La plupart des « randies » -ainsi qu’ils se surnommaient - se filmaient lors de leur première et unique opération, qui, bien souvent, virait à la catastrophe, du fait du manque d’équipement et des conditions d’hygiène déplorable.
Le cas de la jeune Madness faisait école : sur commande d’un entrepreneur asiatique, elle s’était énucléée, avec force hurlements, en direct, devant sa caméra, avant d’installer elle-même, en grimaçant, son nouvel œil de dragon et sa fossette thermosensible dans l’orbite vide. Mais la jeune randie s’était trompée, entre deux évanouissements, dans les connexions et les soudures. La pauvre avait rendu l’âme, en direct, quelques jours plus tard, trouvant malgré tout la force de décrire, dans son agonie, ses visions d’enfer bicolores - hallucinations, par ailleurs, très certainement provoquées par la gangrène qui s'attaquait au reste de son visage.
— Salut Z.
— Salut HK.
— Cette gamine a attiré des millions de Summériens, mec.
— C’est sa mort qui les a fascinés, pas son « body-art », tu le sais comme moi.
— Non, Z, ce qui les fascine, c’est le risque, pas l’échec. Grâce à moi, ils verront le sacrifice que tu réalises, et mon art qui le sublime.
Il regarda, à travers le hublot d’Édith, dans la pénombre, les tulipes qui commençaient à brunir, et soupira.

***

Les consignes étaient d’une précision absolue. Après avoir saisi le code d’entrée, elle pénétra dans l’appartement, et se dirigea aussitôt vers les fenêtres, à côté de Morgatha. En passant, elle effleura la surface du sarcophage, du bout des doigts. La poussière s’envola à travers les rayons de soleil qui filtraient des volets fermés. Elle se pencha au-dessus du hublot. Là, un visage, sous la couche de crasse…
— Stop ! s’écria Zoltan, à travers l’intercom, à l’autre bout de la pièce.
La jeune femme s’immobilisa, puis haussa les épaules.
— OK, comme tu veux, chef. Mais faudra songer à aérer, un jour, Z. Ça pue la mort, ici.
— Tu es prête ?
Elle hocha la tête, doutant cependant qu'il puisse la voir.
— Mes affaires ?
— Sur ta gauche.
En effet, sous une masse de cartons et de vêtements d’enfant, se trouvait enseveli là un canapé miteux. Elle y déposa son sac, l’ouvrit, et commença à se déshabiller. Puis elle s’équipa de ses outils.
— Pas d’autres implants que ceux que tu nous as indiqués ?
Elle détecta une nuance de méfiance dans sa voix. Rien d’étonnant.
— Relax, Z., ça va bien se passer.
Il procéda au retrait du liquide cicatrisateur. À sa propre surprise, et avec un peu de tristesse, Zoltan constata qu’il ne ressentait qu’une série de picotements et quelques tiraillements. L’intégration était presque parfaite. HK se présenta devant l’entrée ; il hésita un instant. Elle s’impatienta.
— Alors ? Je t’intimide ? Faut pas avoir honte de…
HK ne put s’empêcher de faire un pas en arrière. La porte d’Édith s’était ouverte d’un seul coup. Elle avait l’habitude de voir des choses étonnantes, parfois drôles, souvent écœurantes ou effrayantes, dans le cadre de son métier. Mais jamais encore elle n’avait contemplé quelque chose d’aussi triste. L’être qui se tenait devant elle avait perdu sa couleur et sa substance. Un réseau de veines bleutées courait sous son épiderme quasi-translucide. Z., immobilisé, tournait ses yeux pâles vers elle. Ses os glissaient sous sa peau à chaque respiration. Une sorte de palimpseste humain, se dit-elle : indéchiffrable, et racontant, cependant, une histoire de souffrance et d’abandons. On pouvait discerner, dans son dos, les deux énormes plaques luisantes de sa ridicule carapace kafkaïenne.
« Mon pauvre… murmura-t -elle, en s’introduisant dans la cabine.
Ils tenaient à peine tous les deux à l’intérieur. Elle dut se coller à lui, son épaule gauche contre la paroi, face au profil de Z. La proximité, comme la nudité, ne lui posait aucun problème : HK en avait vu d’autres. Zoltan, pour sa part, restait impassible. Sa peau était froide et légèrement gluante. Elle nota qu’il avait la chair de poule.
Du regard, il lui indiqua le masque, qu’elle enfila. Puis la porte se referma et le liquide emplit à nouveau la cabine, tandis qu’ils se connectaient sur Summerland. La matière qui l’enveloppait, visqueuse et chaude, se révélait plutôt agréable. HK sentait que sa peau se relâchait, ses muscles se décontractaient.
Leurs visages s’affichèrent sur l’écran. Elle déroula alors son message d’introduction, comme convenu. Elle allait présenter sa nouvelle collection, « hard-core », en direct et en collaboration avec son ami Z. Elle s’excusait pour la tenue d’Adam, et des centaines de cœurs apparurent à l’image. Zoltan, lui, restait impassible. La jeune femme brandit son scalpel face à la caméra en souriant, puis se tourna vers son « randie » et pratiqua une incision juste sous l’œil droit de Zoltan. Le sang, en gouttelettes, se dispersa dans le liquide, qui l’assimila aussitôt.
— Je vais maintenant installer les cornes et les lombrics : je vais devoir percer l’os afin de les fixer, et…
À cet instant, Édith produisit un sifflement strident. HK choisit de l’ignorer.
—    Rassurez-vous - ou regrettez-le, bande d'adorables sadiques (pluie de cœurs) Z. ne sentira presque rien. À peine une petite piqûre, et…
Le sifflement retentit à nouveau, plus puissant. HK se tourna vers son hôte.
—    Putain, Z, c’est quoi ce bruit ?
Zoltan restait impassible. Soudain, elle ressentit une douleur au niveau des hanches.
—    Qu’est-ce que…
Ils baissèrent tous deux les yeux. Un poinçon d’immobilisation lui traversait le bassin. Elle se retrouvait empalée latéralement. Le pieu déploya ses arêtes de stabilisation, la plaquant, en biais, contre la paroi, collée à Zoltan.
—    Bordel… souffla HK.
Un second poinçon surgit alors, lui transperçant les épaules.
Elle hoqueta, puis vomit un peu de sang, qui se dispersa en volutes devant la caméra.
—    Z…
Une pince articulée en titane jaillit entre eux, et se dirigea vers son œil droit. HK trouva la force de hurler, mais tout ce qui sortit de sa gorge fut un gémissement. Zoltan, lui, ne pouvait détacher son regard du compteur Summérien. 2 millions de spectateurs ; et le nombre continuait, chaque seconde, d’augmenter.

***

Morgatha se réveilla en sursaut. Elle étouffait. Les chants d’oiseaux et la rumeur du ruisseau ne la calmaient pas. Elle repoussa le clapet, qui retomba lourdement au sol, et se redressa, haletante. Les câbles la gênaient : elle les débrancha, et, après s’être assurée que tous ses membres répondaient correctement, se hissa hors du sarcophage. La simulation de petit matin s’y poursuivait : mais la pièce était plongée dans la pénombre, et le vent frappait les volets.
Elle ajusta sa vision. Sur la table, une tulipe fanée gisait au bord de son pot, comme si elle voulait en vain se déraciner, s’enfuir. Au fond, une légère fumée s’échappait de l’Éditeuse. L'appartement sentait la pourriture, la poussière et l'urine. Elle s’approcha de la porte entrouverte d’Édith, pataugeant dans le liquide collant répandu au sol. Un râle subtil, couvert par le bruit des ventilateurs, provenait de la cabine. Morgatha tira la poignée.
D’abord, elle ne distingua que l'habitacle maculé de sang, de morceaux de chair et de matériaux divers - boue, aluminium, bois, et même un peu d’or. Dans un coin, un squelette en position fœtale reposait sur le flanc, incrusté contre la paroi dans un mélange d'organes et de plastique brûlé. Puis quelque chose lui effleura le tibia. Elle baissa les yeux et rencontra le regard de la créature.
Celle-ci n’avait plus de jambes, remplacées par des tentacules et des mécanismes en fer rouillés, autour desquels grouillaient des centaines d'asticots ; son corps disparaissait sous des couches d’implants superposés dans la plus complète et frénétique anarchie : jouets pour enfants, serres d’aigles en bronze, moulages de sexes en silicone… On lui avait greffé des seins sur les épaules, des testicules au niveau du cou ; des ongles sur le torse et des pages de Moby Dick sous les aisselles. Son visage, patchwork de brique, de verre et de caoutchouc, de gravures orientales et de morceaux de peluches, était pourvu d’une douzaine d’yeux factices, parmi lesquels un seul brillait réellement, d’amour et de dévotion. La chose ressemblait à un dessin d’enfant, à son cauchemar, naïf et troublant, maladroit et incohérent, en train de s’effondrer sur lui-même.
De l’une de ses bouches s'échappait un chuintement, laborieux et pitoyable. Morgatha réalisa alors que Zoltan n’était pas avachi, comme elle l’avait d’abord cru.
Il essayait de se hisser vers elle ; et, dans ses mains difformes recouvertes d’écailles et de poils, dégoulinant et encore relié à son torse par des câbles gainés, lui tendait, haletant, son propre cœur, vierge, intact et palpitant.

= commentaires =

Lapinchien

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Pute : 211
à mort
    le 17/11/2025 à 18:00:23
L'intrigue est complexe et j'ai eu parfois du mal à suivre mais je me suis accroché et ça en valait vraiment le coup. Nino St Félix a un talent protéiforme. J'aime autant ses textes de grande déconne mais tout autant des textes comme celui-ci, un sujet sérieux sur une dystopie flippante où la marchandisation du corps humain est banalisé à l'extrême. J'ai tout particulièrement aimé la fin, très bien amenée et dont le final twist m'a beaucoup surpris.
Nino St Félix

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Pute : 63
    le 17/11/2025 à 18:53:42
Merci LC ! J'étais jeune en ce temps là (ya 3 mois). Ensuite j'ai découvert la Zone et plus rien n'a été pareil, surtout pas mon regard sur Philippe Croizon.
Arthus Lapicque

Pute : 64
    le 17/11/2025 à 21:07:50
C'est un très bon texte de SF qui ne prend pas le lecteur pour un con en tous cas. Franchement bluffé par l'inventivité de l'auteur, la complexité assumée. Il y a eu du boulot sur ce texte, enfin j'imagine. Je n'ai pas tout bien saisi à la première lecture, mais l'écriture agréable, sans chichis, sans accrocs, précise et efficace m'a donné envie d'y revenir. Et le texte est encore mieux à la deuxième lecture. Cela m'a fait penser au dernier (ou avant-dernier, je ne sais plus) Cronenberg : les crimes du futur.
Lindsay S

Pute : 184
    le 17/11/2025 à 23:37:33
Je préfère prévenir : j’aime bien l’auteur, mais ça ne va pas m’empêcher de lui dire quand il se repose un peu trop sur ses acquis. Et ici, franchement, j’ai passé un bon moment… mais je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel deux ou trois fois.

Commençons par le positif, histoire d’être aimable avant le coup de pelle :
oui, il y a des fulgurances.
Oui, les images sont belles, l’émotion est là, et la scène finale fonctionne tellement bien qu’on se dit presque : “tiens, il s’est réveillé.”

Mais alors… le chemin pour y arriver.

Je ne sais pas s’il a eu peur de transpirer sur certaines scènes ou s’il a trouvé la touche “ellipse” trop pratique, mais on est en plein dans ces transitions pour feignants : pouf, un personnage apparaît, pouf, une machine se rebelle, pouf, la catastrophe est déjà arrivée.
On dirait un magicien qui a oublié de faire ses tours, et qui te montre juste le lapin déjà sorti du chapeau.

Et ces moments d’explication qui tombent comme des fiches Wikipédia au milieu du texte… On sent l’auteur paniqué à l’idée que le lecteur puisse ressentir quelque chose par lui-même.
Résultat : il nous tient la main comme à l’école primaire alors que, paradoxalement, il n’est pas foutu de nous montrer les scènes vraiment intéressantes.

Le plus frustrant, c’est que malgré tout, ça marche.
Le texte a du cœur, de la chair, un imaginaire fort. Il a même cette petite singularité qui fait qu’on lui pardonne beaucoup.
Mais ce n’est pas une raison pour lui pardonner tout.

Alors oui, j’ai aimé.
Et justement : c’est parce que j’ai aimé que j’aurais préféré qu’il arrête de prendre les raccourcis dignes d’un conducteur de karting sous adrénaline.
L’histoire méritait mieux que ces coups de ciseaux trop visibles.
    le 18/11/2025 à 11:24:18
Un peu difficile à suivre, mais on finit par entrer dedans. Décidément le transhumanisme n'a pas fini de faire parler de lui !
réf ciné et BD : "immortel" de Enki Bilal, adapté de sa trilogie BD "la foire aux immortels".
question ponctuation sur les points de suspension (j'ai souvent galéré avec ça) : https://www.projet-voltaire.fr/ressources/signes-de-ponctuation-francais/ (faute dans le texte ci-dessus). C'est tout.
    le 18/11/2025 à 12:47:30
En lisant les premières lignes (« Morgatha… Tu me manques tellement. Sans toi, les jours n’ont plus de sens, de début ni de fin, la nuit commence et ne s’achève jamais.”), je me suis dit que Nino St Félix donnait dans la soupe à l’eau de rose, et ça m’a étonnée. Jusqu’à ce que surgisse le “papa”, qui donne une tout autre dimension à la déclaration d’amour que je trouvais convenue. Et tout le texte est ainsi : à chaque fois qu’on croit avoir affaire à un cliché, on est détrompé. Je suppose que c’est le propre d’un grand texte de science-fiction de renouveler nos manières de voir, et de revivifier les motifs littéraires.

Il en va de même dans le deuxième paragraphe : avec la mention des “trains-fusées” et des enseignes géantes, on croit à avertissement de l’auteur : ATTENTION, CECI EST BIEN UN TEXTE DE SF, jusqu’à la touche d’humour “un colon assisté, pour un transit maîtrisé” qui nous oriente vers la satire sociale. On est à nouveau piégé avec les gouttes d’eau qui ruissellent sur la vitre en formant “de fantasques arabesques” : ça y est, se dit le lecteur, encore un cliché et un auteur qui veut nous montrer qu’il sait créer de jolies images. Mais non : l’ombre projetée des gouttes forme des vers qui se “tortillaient” sur le sarcophage. Rien n’est ce qu’il paraît à première vue. Et on bascule dans l’horreur. Un homme garde chez lui le cercueil de sa fille.

Le lecteur avance de surprise en surprise, jusqu’à la révélation finale, qui éclaire rétrospectivement une phrase du début : “Tout serait tellement plus simple, si je pouvais simplement m’arracher le cœur, et t’en faire don.”

Je n’ai pas tout compris à la première lecture. Il m’en a fallu trois, ce qui en soi n’est pas un problème : lire, c’est relire, et j’aime bien les textes puzzles. Certes il y a des ellipses, mais elles sont préparées. Il reste quand même deux choses que je n’ai pas comprises : je suppose que la tatoueuse piégée par un Zoltan en quête d’audience est morte ? Qu’a-t-il fait de son cadavre ? Mais surtout, qu’est-ce qui permet à Morgatha de se réveiller ? L’argent récolté par Zoltan est-il destiné à payer sa transplantation cardiaque ? Là, je suis dans le flou, et je veux bien qu’on m’explique.

En tous cas, la dernière partie est splendide, très cinématographique. La description de la créature qui émerge de l’Editeuse Edith est poignante, et le mouvement de l’offrande est bien rendu par la cadence mineure dans la dernière phrase. C’est du grand art, et la preuve que Nino Saint-Félix peut écrire un texte qui ne soit pas scatologique. Me voilà rassurée.
    le 18/11/2025 à 12:50:08
Au passage, parce que ça a son importance : "Je n'abandonnerAI pas tant que toi tu ne seras pas revenue." C'est un futur, donc pas de S à "abandonnerai".
Nino St Félix

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Pute : 63
    le 18/11/2025 à 13:16:33
@LaetitiaGiudicelli : Merci pour ta critique ; oui, j'avoue que je dormais profondément en classe quand on nous a expliqué la différence entre futur et imparfait ou conditionnel, je ne sais jamais. honte à moi.
Je pense qu'on retrouve mes défauts, l'incapacité a doser entre le "trop démonstratif" ou ici le "trop obscure". Pour autant que je me souvienne, l'idée était que Zoltan a sacrifié la tatouuse pour faire du flouze et sauver sa fille (donc quand elle se réveille lui est quasi mort). Le squelette fondu dans la porte de l'éditeuse est en théorie celui de la tatoueuse, mais ça manque de repères visuels.

@Sylvestre Evrard merci aussi, je vais me mettre à jour, tous vos retours m'aident à progresser (ou pas trop régresser !)

@LindsayS oui, je vais me flageller publiquement, pour chaque estrisque d'ellipse que j'ai mis, en place Bellecour, tous les mercredi à midi... !

Je suis surtout rassuré que l'histoire ne fasse manifestement pas trop cliché (c'était ma crainte principale) et merci @Arthus car le fait qu'on ne se sente pas pris pour des cons, c'est l'un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire !
    le 18/11/2025 à 13:31:53
A temps pour moi. Le squelette en position fœtale, j'avais mal compris, je croyais que c'était ce qui restait du corps originel de Zoltan.
Dans ta réponse tu ne me dis pas comment l'argent récolté a sauvé Morgatha, ni si elle va avoir une transplantation cardiaque (à moins que le don du coeur soit à prendre de manière métaphorique?).
Nino St Félix

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Pute : 63
    le 18/11/2025 à 13:53:53
Dans mon idée c'était laisse a l'imagination. Mais en gros le sarcophage de Morgatha peut la guerir, une fois que l'argent récolté suffit, son coeur est réactivé. En gros tout est connecté, directement ou non, dans ce monde là (où la customisation de soi est devenu quelque chose de banal, la customisation par autrui encore marginale)
Lindsay S

Pute : 184
    le 18/11/2025 à 14:58:38
@nino, It's a date?
Nino St Félix

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Pute : 63
    le 18/11/2025 à 16:31:28
@lindsay
Je suis sur que je pourrais me faire du fric comme ça en plus

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