— Je vais passer la tête.
Avant qu’elle ait pu réagir, Ridge s’est déjà redressé. Il salue la foule, le long des Champs-Élysées. Quelques insultes, mais beaucoup de cris de joie. Ces gens croient en lui. Il a ce truc - à la fois inquiétant et rassurant - qui fait émoustille les ménagères blasées de leurs mecs débiles et paresseux, qui excite les petits loups en quête de modèle dominant, qui intrigue les petites filles, le soir, avant de se coucher, et trouble les plus grandes, aussi. Ce petit côté sauvage à la James Dean et ses mimiques d’énarques, qu’il a copiées en regardant Youtube. Un foutu caméléon.
— Montrez-vous, bandes d’imbéciles. J’ai pas de première dame, mais j’ai deux ramasseurs de balle
Kalach et elle échangent un regard. Elle ne supporte pas son odeur, et ça conditionne tout le reste. Lui, il a peur d’elle ; il a peur de tout le monde. Il n’est jamais vraiment sorti de la décharge dans laquelle Ridge l’a récupéré, où la première partie de son éducation fut probablement assurée par des chiens sauvages. Mais tous les deux, ils sont bien dressés. Ils se lèvent.
Dehors, l’air est frais. L’avenue, c’est vrai, grouille de crétins. Les trois quarts d’entre eux planent au Dragon. Le reste y croit vraiment.
— Vous vous rendez compte… murmure Kalach, estomaqué.
Personne ne l’entend : les cris de joie, le grondement des motos, et la plainte des gyrophares noient sa voix.
Ridge commence à chanter :
— Emmenez-moi, au bout de la terre…
Il tape Kalach sur l’épaule.
— Profites-en, Mousse. Tu crois quoi ? Un kiff pareil ça se reproduira jamais. On vient de réaliser le hold-up du siècle, mon vieux. Et le cerveau, c’était toi , Kaiser Söze.
Kalach salue de la main les jeunes femmes qui crient son nom. Il repense aux ponts sous lesquels il dormait, sous le périph », à côté des camps de roms. Il devait leur demander la permission pour chier là où ils chiaient. Et le voilà. Douze ans plus tard. Des filles le prennent en photo au sommet d’une 406 blindée. Ridge a déjà fait savoir qu’il voulait la remplacer par une Bentley.
— Ouais, mais tu le sais comme moi. A partir de demain, ils vont tous commencer à te haïr, petit à petit.
— Après-demain, Kalach. Le Dragon va nous acheter la paix pendant au moins deux ans. Suffit qu’on touche 20 % des 15-45 ans, et on est peinard jusqu’à mi-mandat. Ça va le faire, mon vieux.
— On arrive, Ridge, fait remarquer Imane, soulagée.
Elle pensait que ça finirait à la Kennedy.
A peine arrivé, Ridge reçoit un texto de Baroin, qui reconnaît sa défaite. Puis un appel de l’étranger. Il active le haut-parleur. Imane et Kalach ne bronchent pas. Au bout du fil, un interprète avec un accent impossible, sec et terreux.
— Le président Stone tient à vous présenter ses félicitations.
— Bonjour Mister President. Il doit être tôt à Washington.
— Le président Stone précise qu’il se trouve à Salt Lake City, pour superviser la nouvelle « Maison Pure » dont les travaux s’achèvent bientôt.
— Je suis impatient de pouvoir l’y rencontrer. Nous avons beaucoup de dossiers à évoquer.
— Le Président Stone s’en réjouit d’avance. Il vous fait savoir qu’il est prêt à revoir sa position sur le Dragon, si l’expérimentation française donne des résultats significatifs.
— Les résultats sont pourtant déjà significatifs, Monsieur le Président. Je suis un résultat significatif. Il y a vingt ans, ce pays a voulu m’expulser. Il y a cinq ans personne ne me connaissait. Je suis devenu le Dragon grâce au Dragon.
— Le Président Stone aime ce genre d’histoires, Président Tahgui. Il croit fermement que Dieu décide des épreuves, et que plus elles sont dures, plus Il entend nous préparer à de grandes choses. Le Président vous laisse à présent car il doit s’occuper de ses épouses, avant l’heure de la prière.
— Cher Obadiah, je vous souhaite… euh, un bon devoir conjugal.
Après avoir raccroché, Ridge se retourne vers Imane et Kalach.
— Merde, je savais pas quoi lui dire. Préparez-moi des infos sur ces mecs. Imane, je veux tout savoir de leurs vies personnelles. Il a combien de femmes, ce taré ? Et toi, Kalach, je veux que tu fasses des fiches sur leurs politiques, leurs relations, leurs valeurs, toute cette merde. Recrute des larbins, comme ça te chante : je ne veux pas arriver devant eux à poil. On joue en NBA, maintenant.
Après leur départ, Ridge sort sur le balcon. Il va dormir ici ce soir. Dans le jardin, il aperçoit Imane qui briefe le chef de la sécurité. Une douzaine de Dragons se mêlent aux équipes de traditionnelles.
Il sort son téléphone. 578 SMS, 182 messages vocaux. Il faudra changer de téléphone, aussi.
Ça y est. J’y suis arrivé. Maintenant, je veux qu’on se revoie. On ne refuse rien à son Président.
Il sourit. Se souvient d’une blague qu’elle avait faite à propos des photos de bites. Mais ça c’est la technique Kalach.
Est-ce que c’est une bonne idée ? Elle avait dit « quand tu auras décidé de voir plus loin ». Il est Président maintenant. Ça devrait suffire, non ? Il ne doit plus jamais hésiter. Sur rien.
Juste après, son téléphone sonne à nouveau. Il est 5 h 48 du matin et le soleil commence à se lever à sa droite. Numéro inconnu. Tous les inconnus vont prétendre être connus. Et il faudra se méfier des connus. Mais se méfier, il sait faire. Oh, oui. On peut s’approcher du Dragon, mais il faut s’attendre au retour de flamme. Ridge décroche.
— Tahgui ?
Voix artificielle.
— On dit « Monsieur le Président ».
— Ta gueule.
— Ok. Bonne journée, si t’arrives jusqu’à la fin.
— C’est toi qui verras pas la fin, Tahgui. Tu te crois malin ? Tu crois qu’on sait pas d’où tu viens ? Tôt ou tard, ça te rattrapera. Quelqu’un te trahira. T’as envie de savoir qui ?
Ridge soupire. Ce nouveau boulot n’est pas si différent de l’ancien..
— Mon gars… Perds pas ton temps. Tout ce que tu trouveras, soit je l’assumerai, soit je prouverai que c’est faux. Rien : tu peux rien contre moi.
— Saintes-Maries. 2008.
— C’est bien, t’as révisé tes fiches. J’ai rien à cacher.
— Anita.
Ridge raccroche aussitôt.
Ne plus hésiter. Jamais.
LA ZONE -
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Résumé : Droguistan la bonne grosse série de Nino et Laetitia. Mauvaise idée de commencer au chapitre 5. J’ai d’abord râlé : trop de monde, pas assez d’action, des détails qui m’énervent pour rien. J’ai même chanté Aznavour, c’est dire. Puis quelque chose s’est posé. Pas une intrigue, pas un événement, un type porté par le bruit, le pouvoir, la foule, déjà cerné : La geste épique de Ridge, roi des Champs-Élysées et des selfies au sommet d’une 406 blindée ; on sent l’ombre d’un James Dean de supermarché et la poésie d’un manuel de marketing politique. Les dialogues, entre menaces voilées, tutoiements et compliments présidentiels, sont un festival d’autocongratulation qui ferait pâlir un manuel de leadership douteux. Au final, il me reste une chose qui accroche vraiment : les trois dernières lignes. Après ça, j'attends la suite.
= chemin =
= résumé =
[ Droguistan la bonne grosse série de Nino et Laetitia. Mauvaise idée de commencer au chapitre 5. J’ai d’abord râlé : trop de monde, pas assez d’action, des détails qui m’énervent pour rien. J’ai même chanté Aznavour, c’est dire. Puis quelque chose s’est posé. Pas une intrigue, pas un événement, un type porté par le bruit, le pouvoir, la foule, déjà cerné : La geste épique de Ridge, roi des Champs-Élysées et des selfies au sommet d’une 406 blindée ; on sent l’ombre d’un James Dean de supermarché et la poésie d’un manuel de marketing politique. Les dialogues, entre menaces voilées, tutoiements et compliments présidentiels, sont un festival d’autocongratulation qui ferait pâlir un manuel de leadership douteux. Au final, il me reste une chose qui accroche vraiment : les trois dernières lignes. Après ça, j'attends la suite. ]
= biblio =
24/02/2026
20/02/2026
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DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 5/33France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
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= commentaires =
En résumé : pour survivre au Dragon, il faut être le Dragon...
Vous n'avez pas osé la faire... mais vous l'avez pensée tellement fort...
Sinon le texte est tellement bien foutu que j'ai du mal à croire que c'est une fiction.
On pourrait croire que c'est une caricature...
Et non, justement.
Impatient de voir la suite où les choses semblent déjà se gâter.
Mais je n'anticipe rien : je préfère découvrir.
J'ai bien aimé et comme j'ai passé ma jeunesse en banlieue parisienne, ce texte m'a rappelé ma condition atavique inexorable alors j'ai décidé de faire un commentaire à la façon du banlieusard zonard que je suis. Elle est sous le texte. J'ai appelé ma critique "-ZER".
Bwaaaaaaa Lapiniench ta chanson elle arrache, t'as plié le game là ! j'ai envie de chialer, c'est le plus bô compliment t'as vu : quand on reprend ton truc et qu'on en fait autre chose (et pas évident, t'as fait un truc qui troue le ionf, a partir d'une boule de clichés assumés, franchement, chanmé)
C'est du fan-art. Tout droit qui vient du cœur-zer.