Ça le prend toujours aux pires moments. Avec les années, il pense que son corps aurait pu s’habituer, mais non, au contraire : c’est de pire en pire. Est-ce que Ridge s’en doute ? Certainement, mais il ne dit rien. Pourtant c’est la règle numéro un qu’il enfreint. Il prétend que c’est un défaut de naissance, un problème dans ses intestins, qui empire avec l’âge, plaisante en disant qu’il sera incontinent à trente ans - il l’est en fait déjà à 27. Il a soudoyé un médecin et obtenu de fausses IRM - on sait jamais. Porte de discrètes couches. On lui dit que s’il s’enfile son dragon par piqûre, ça ira mieux, mais il ne peut pas se permettre de traces visibles. Il a essayé les pilules, celles qui seront bientôt remboursées grâce à la loi « Dragon pour tous », mais elles sont coupées à la caféine, ça ne fait qu’empirer sa chiasse. Il reste la poudre à sniffer, comme les clodos, et finalement, ce n’est qu’un juste retour des choses, se dit-il en repensant à la baraque de tôle que son vieux avait construite au bord du canal, sous le périphérique. Odeurs de merde et d’essence, déjà.
— Tout va bien, Monsieur Kalach ?
Y’a pas, ces petits Dragons - enfin, petits… Ils mesurent tous au moins un mètre 90 - pigent vite. Hier en jogging dans les sous-sols pour protéger leur go ou escorter leur mule, aujourd’hui en costard Armani, leurs oreillettes qui crachent les consignes, lunettes de soleil en novembre. Transitions réussies, autant de preuves du succès du « grand retournement » qu’il a lui-même théorisé.
— Oui, oui, ça va.
Il tousse pour couvrir (en vain) une vilaine flatulence. Pourquoi ? Pourquoi cette Cambodgienne de première qualité, qu’il va maintenant récupérer lui-même à Tanger, en prétextant des voyages diplomatiques afin de « renforcer l’Alliance méditerranéenne », lui tord-elle les boyaux ? Pourquoi lui, l’architecte de l’Empire du Dragon, doit-il souffrir ainsi ?
Son esprit est, à l’état normal, aussi embrouillé que celui de n’importe quel camé. Les journalistes ont exhumé les traces de ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique - la magie de Ridge, c’est qu’il lui suffit de hausser les épaules et de dire « Et alors ? Je préfère un cinglé qui se soigne qu’un sain d’esprit qui se croit immunisé ».
Le Dragon lui éclaircit les idées. Il range tout dans sa tête. Alors Kalach devient une machine. Capable de tout comprendre, de tout prévoir, tout anticiper.
Et puis l’envie de chier revient.
— Ils arrivent bientôt ?
Il fait frais sur le perron de l’Elysée. Mais Bastien, le Dragon de garde, se moque du froid. Est ce qu’il a jamais eu mal au ventre dans sa vie ?
La Bentley présidentielle dérape sur le gravier de l’Elysée. Imane en sort, rayonnante, sapée façon geisha, une grande épingle rouge fichée en travers de sa coiffure en forme de testicule géant. Kalach frissonne.
— C’est la mode à Tokyo ? Néo-rétro ? Ou bien t’as poussé jusqu’au bout ton rôle de pute présidentielle ?
Elle s’approche de lui. Quand Imane lui sourit, Kalach se dit toujours que c’est parce qu’elle connaît son petit secret. Elle se penche sur lui, le renifle, et murmure :
— On s’est encore laissé aller, monsieur le Secrétaire général ?
— Où est Ridge ?
Elle rajuste sa robe rouge.
— Il est descendu au Hilton.
— Pourquoi ? On a besoin de lui ici. Les décrets d’application de « Dragon pour tous » sont prêts. J’ai déjà des offres de Pfizer et Monsanto pour la commercialisation.
Son sourire disparaît. Alors il devine. La balle change de camp.
— C’est cette journaliste, pas vrai ? Il a préféré passer la soirée avec elle…
Imane soupire.
— Kalach… Tu sais, pendant que Ridge discutait de paix mondiale et de taux de croissance… J’ai pris quelques leçons.
— Suçage de pines asiatiques pour grosse salope européenne ?
Elle lui caresse la joue. Kalach tressaille, son ventre hurle. Personne ne le touche.
— Le shiatsu. Façon yakuza. Et il se trouve que je suis… très douée.
Elle presse doucement un point le long de sa jugulaire. Puis appuie sur son sternum. Et s’éloigne. Son parfum, cerisier et cuir, flotte dans l’air frais.
— Monsieur ?
Kalache réalise qu’il n’a plus mal au bide. Et autre chose… Il se sent salement bien.
— Monsieur ? insiste Bastien
— Quoi ?
— Votre, euh… pantalon…
Kalach baisse les yeux. Il va encore devoir se changer.
LA ZONE -
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Résumé : Kalach, son pouvoir et ses sphincters retrouvent Imane dans un décor politico-dystopique où tout — le corps, le fric, la politique, la came — patauge dans la même boue. Le monde est posé vite, sans mode d’emploi, et ça fait confiance au lecteur, ce qui est plutôt agréable. La toile de fond politique sert surtout à parler de contrôle et, surtout, de perte de contrôle. Kalach fonctionne bien : dégueulasse, puissant, ridicule, mais crédible. Il fait presque pitié sans jamais devenir attachant, et c’est cohérent. Imane arrive comme un contrepoint propre, froid, maîtrisé, et elle casse la dynamique juste ce qu’il faut. Le texte passe beaucoup par le corps : odeurs, ventre, tensions, honte physique, et ça rend tout très concret. Les Dragons marchent bien comme symbole du pouvoir total… qui reste toujours fragile. L’humour est noir, sale, assumé, pas là pour être sympa. On sent que l’objectif n’est pas de choquer gratuitement, mais de montrer un monde où absolument rien n’est sain. Le style, lui, reste propre, lisible, maîtrisé. Ça avance bien, ça n’en fait pas des tonnes, ça alterne narration et dialogue sans lourdeur. Les images sont frontales mais globalement utiles, pas juste posées pour faire “trash”. L’intention est claire : tout est pourri, du sommet de l’État jusqu’aux tripes. Ce n’est pas forcément révolutionnaire dans la provocation, mais c’est tenu du début à la fin. Et au final, malgré le sujet crasseux, ça glisse tout seul. Ça se lit bien.
= chemin =
= résumé =
[ Kalach, son pouvoir et ses sphincters retrouvent Imane dans un décor politico-dystopique où tout — le corps, le fric, la politique, la came — patauge dans la même boue. Le monde est posé vite, sans mode d’emploi, et ça fait confiance au lecteur, ce qui est plutôt agréable. La toile de fond politique sert surtout à parler de contrôle et, surtout, de perte de contrôle. Kalach fonctionne bien : dégueulasse, puissant, ridicule, mais crédible. Il fait presque pitié sans jamais devenir attachant, et c’est cohérent. Imane arrive comme un contrepoint propre, froid, maîtrisé, et elle casse la dynamique juste ce qu’il faut. Le texte passe beaucoup par le corps : odeurs, ventre, tensions, honte physique, et ça rend tout très concret. Les Dragons marchent bien comme symbole du pouvoir total… qui reste toujours fragile. L’humour est noir, sale, assumé, pas là pour être sympa. On sent que l’objectif n’est pas de choquer gratuitement, mais de montrer un monde où absolument rien n’est sain. Le style, lui, reste propre, lisible, maîtrisé. Ça avance bien, ça n’en fait pas des tonnes, ça alterne narration et dialogue sans lourdeur. Les images sont frontales mais globalement utiles, pas juste posées pour faire “trash”. L’intention est claire : tout est pourri, du sommet de l’État jusqu’aux tripes. Ce n’est pas forcément révolutionnaire dans la provocation, mais c’est tenu du début à la fin. Et au final, malgré le sujet crasseux, ça glisse tout seul. Ça se lit bien. ]
= biblio =
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DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 11/33France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
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= commentaires =
Comme promis, voici un commentaire tous les 10 chapitres ^^
Droguistan, ça avance comme un camion volé : bruyant, cabossé, mais impossible à ignorer.
L’idée de départ est excellente : une France où le pouvoir repose sur une drogue devenue outil politique. Il y avait là de quoi faire une vraie dystopie bien méchante.
Mais les auteurs ont visiblement décidé de tout pousser à 200 %.
Les personnages parlent comme s’ils étaient sous coke en permanence, et chaque scène essaie d’être plus sale, plus violente ou plus provocante que la précédente.
Ridge pourrait être un personnage fascinant, un mélange de gourou politique et de caïd moderne. Sauf qu’à force de le faire cabotiner dans des scènes outrancières, il finit parfois par ressembler à un super-vilain de BD mal élevé.
Ce chapitre sur Kalach qui se chie littéralement dessus est l’exemple parfait : l’idée grotesque est drôle deux minutes, puis on comprend que l'histoire adore patauger dans la fange et qu’elle ne va plus en sortir.
Le style, lui, a de l’énergie. Ça frappe, ça déborde, ça ne cherche jamais à être propre.
Mais ça hurle tellement tout le temps que la satire finit par perdre un peu de ses dents.
Pas trop vu l'intérêt de ce passage-là.
En fait je suis déstabilisé par le format de publication. Je peine à trouver le fil du récit, à chaque fois on me donne une facette, un moment, difficilement rattachable aux autres, une ambiance, sans qu'il y ait forcément d'unité de ton entre les fragments, et certains fragments comme celui-ci me déplaisent (trop lourd, trop direct, trop scato sans apprêt).
Mais je suis une pute et je vais continuer à lire, de toute façon qu'est-ce que je pourrais bien faire d'autre de ma vie hein.
J’adore cette structure narrative dans Droguistan où chaque épisode brise le traitement précédent pour injecter un fil rouge inédit qui propulse l'intrigue globale. Passer de l'évasion labyrinthique de Ferenc saturée de flashbacks aux tourments intestinaux apocalyptiques de Kalash crée une dynamique de rupture absolument jouissive. Ce procédé me rappelle la maestria de X-Files ou Breaking Bad, ces monuments d'une époque où l'on osait encore bousculer le spectateur, bien que j'ignore si le paysage sériel actuel conserve cette audace.
(...)
Pourtant, en y réfléchissant bien, cette instabilité n’est qu'un aveu de faiblesse scénaristique, car il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis sur la qualité d’une œuvre.
(...)
Mais non, je divague, car la cohérence réside précisément dans ce chaos organisé qui refuse la linéarité ennuyeuse des productions lisses.
(...)
Quoi qu'il en soit, peut-être que tout cela n'est qu'un mirage et que la stagnation est, au fond, la seule forme de sincérité artistique possible ?
(...)
Voyons... Voyons...
(...)
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Oui... Voilà, que les imbéciles... Et...
(...)
Est-ce que le fait que l’humanité répète ce proverbe sur les imbéciles depuis deux siècles sans jamais en interroger le principe n’est pas, en soi, un peu con ? Est-ce que cela ne prouve pas qu'en réalité, tous ceux qui lâchent par habitude cette sentence ne sont pas les imbéciles de leur propre logique puisque personne n'a changé d'avis sur ce proverbe depuis 2 putain de siècles ? N’avouent-ils pas inconsciemment qu’ils sont de bons gros imbéciles en en étant paradoxalement conscients, mais de façon très refoulée au fond de leur cul ? Est-ce qu'ils ne sont pas juste de gros débiles qui ne prennent même pas le temps de réfléchir cinq secondes avant de balancer des banalités admises par tout le monde ? Y a-t-il au contraire un paradoxe intrinsèque à ce proverbe à la con qui s'auto-annule dès qu'on l'énonce ? Est-ce que toutes les convictions qu'on pense avoir ne sont pas des pièges à ours du même acabit dans lesquels on a nous-mêmes consciencieusement et méticuleusement pris soin de déposer ses couilles ?
(...)
Je vous l'avoue, je suis totalement paumé, errant dans un brouillard cognitif où plus rien ne fait sens. Lire Droguistan me pousse à des remises en cause si fondamentales que mon architecture logique s'effondre. Aucune telenovela en carton ou mélo de bas étage n'avait jamais réussi à fissurer ma carapace avec une telle violence. Si changer d'avis est la preuve de l'intelligence, alors l'amnésie totale est le stade ultime du génie humain. On en vient à conclure que le mouvement perpétuel des idées n'est qu'une forme sophistiquée de surplace mental pour éviter de regarder le vide.
Finalement, la seule véritable drogue du Dragon, celle qui rend irrémédiablement accro et qui bousille la tronche, c'est l'histoire de Droguistan en elle-même.
Ohwaaa.
J'ai pas dû accueillir le texte par les bons orifices sensoriels. Tu l'as mis en poudre et sniffé avec tous les métaux lourds et les terres rares du portable avec, c'est ça ?
Je sais pas mais j'ai la curieuse sensation d'avoir deux anus à la place des orbites oculaires après sa lecture.
J’ai rattrapé mon retard !
Elle me plaît bien cette chtite saga.
Les personnages sont sympas, et le rythme est correct.
Petite relation empathique pour Kalach grâce à mon traitement antibiotique. Vous n’auriez pas une marque de couche à conseiller ?
L'incontinence est bien le mal du siècle, j'en parlais récemment au professeur Raoult et il est d'accord avec moi, lui aussi flatule et chie régulièrement sans s'en rendre compte...quand on dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés!