LA ZONE -

Fragments

Le 03/02/2025
par Glaüx-le-Chouette, 222
[illustration] Le lien vers la "Première litanie" : https://www.lazone.org/articles/1713.html

Le "Premier dialogue", premier texte posté par [222] sur la Zone. Il y en aura neuf en tout. La voix de l'autrice semble se confondre avec celle de la narratrice. On ne sait jamais vraiment. le style oscille entre une forme particulièrement cisaillée de poésie en prose et de magnifiques exhortations à la férocité glauque. https://www.lazone.org/articles/1467.html

Première apparition d'Amélie Vuissin, qui pourrait tout à fait correspondre à la narratrice des Dialogues ET des Litanies : https://www.lazone.org/articles/1725.html

A noter que, suite à un long et houleux débat en commentaire de l'un des textes de [222] (il me semble que c'est "Première litanie"), Glaüx-le-Chouette, agacé au plus haut point par les tendances à la critique comparative de ses petits camarades, finit par cracher à la gueule de ses interlocuteurs que [222] n'était rien d'autre que l'un de ses avatars, démontrant ainsi qu'il faut juger un texte en tant que tel et non par rapport à son auteur supposé.
FRAGMENT - Le père, l'infirmier

(temps : le traitement ; couloir de l'HP)



Le Père - Elle me fatigue. Elle parle. Elle parle tout le temps. Elle parle, pour ne rien dire, pour, pour s'entendre parler.
L'Infirmier - On en est tous là, non ?
Le Père - On en est tous là, oui, peut-être... Mais non ! Pas à son âge ! Pas quand, quand on n'a rien à raconter !
L'Infirmier - Pourtant je trouve qu'elle a beaucoup à dire, moi.
Le Père - Ah ?

Le Père - Elle me fatigue. Moi je voudrais une vie familiale. Une vie calme, construite, quelque chose qu'on puisse, partager, vivre, vraiment vivre. Avec nos corps, nos regards, nos... Ensemble, quoi. Mais elle ! Elle il faut qu'elle PARLE.
L'infirmier - je confirme.

Le Père - Elle parle, oui ; mais qu'est-ce qu'elle dit ?
(un silence)
L'Infirmier - Elle chante.
Le Père - Pardon ?



- - - - -


FRAGMENT - Amélie, le psychiatre

(temps : l'après ; consultation de suivi, cabinet du psy, en ville)



Guérie ? Moi ?

Non. Je ne parle pas. Je ne parle plus. On n'est pas guérie quand on a été détruite.

Et pour parler, plutôt que de parler, c'est vomir qu'il faudrait, je le sais, et je ne peux plus vomir. Ma tête sait, mais plus mon corps. Vomir. Dégueuler. Gueuler. Eructer. Beugler. Me regardez pas comme ça. Racler la gorge et les glaires et tout vous cracher à la face, sur les gens et les choses.
Je ne sais plus. J'ai perdu ça.

Vous n'avez jamais su, vous. Parler. Ou comprendre ce qu'est parler. Vous n'avez jamais saisi le cœur même de votre métier. Le langage. Parler. Me regardez pas avec ces yeux. Fermez-la.



Mais c'est vrai : vous m'avez calmée. Vous m'avez assourdie. Vous m'avez tue.

Désormais les mots sonnent faux sur ma langue. Ils me gênent, ils frottent, ils dépassent, ils trébuchent en sortant. Les mots n'ont plus leur sens - leur sens : mon sens, le sens de moi. Les mots - les mots étaient ma chair - pas les mots, la toile qu'ils tissaient -

regarde ;

vieille image. Vieux cliché.

Je sonne faux. J'ai oublié ma langue. Je parle la vôtre.



Vous m'avez pris ma haine et ma puissance, avec vos médocs, puis avec vos mots à vous, vos mots logiques et vos mots sains. « Il faut que ça fasse sens », « qu'est-ce que tu veux vraiment dire », « explique-moi », « explique-toi ». Et j'ai suivi, par faiblesse et fatigue j'ai obéi. Vos mots clairs et métalliques, siliconés et froids, fixés en moi désormais comme des insectes morts, je les ai ingurgités. Vous me les avez fait avaler, puis fichés dans la gorge à coups d'épingles et de seringues. Piqué les mots de la politesse, du calme, de l'élégance relationnelle, de l'explication psychologique et post-traumatique, à même la glotte. « Voilà ce que tu voulais exprimer ». Vous m'avez démolie, avec méthode, avec cet air satisfait de propriétaire débordant de vos paupières grasses, celui que vous aviez, là, encore, aujourd'hui, à l'instant.

J'avais des mots moi mais - des mots qui font langue. Qui font langue et qui dansent entre les joues et battent et qui font chair, qui excitent, qui caressent. Des mots à faire vibrer les côtes et la poitrine, à faire frémir ma peau. Qui m'érigent et des mots qui s'écrivaient lisses, courbes, fluides, qui faisaient oublier la colonne vertébrale et la déplaçaient au creux du poignet, qui recentraient sur eux-mêmes, sur leur danse en huit allongé, celle des abeilles au sortir de la ruche et juste avant d'y replonger, je sortais seulement pour vous la lancer au visage, ma langue, puis je revenais en moi. J'avais un centre et un sens, et c'était ma langue.

Maintenant même quelques phrases, comme celles-là, me fatiguent. Faire la vaisselle me fatigue moins, travailler me fatigue moins, obéir à l'injonction de ces rendez-vous de suivi me fatigue moins. Alors je fais la vaisselle, je travaille, je viens vous voir et je regarde déborder votre satisfaction comme une chassie hors de vos yeux visqueux de porc engraissé par la bêtise. J'accepte, je subis ; je ferme ma gueule.

Alors vous pouvez bien prétendre que vous m'avez traitée, soignée, guérie, docteur, vous pouvez prétendre. Mais vous m'avez tuée. Vous m'avez fait taire.

= commentaires =

Mill

Pute : 7
    le 03/02/2025 à 10:30:33
Je dois avouer que je n'ai pas relu l'intégralité des oeuvres de [222] avant de publier. Allez, disons en diagonale et en faisant l'impasse sur la majorité des Dialogues. Je tiens toutefois à rappeler que [222] correspondait à une construction littéraire. Glo la faisait commenter en collant au personnage et ses interventions étaient presque aussi perturbantes que ses textes. On en venait à s'imaginer que ces fictions étaient à prendre au premier degré.

Quant à ce texte proprement dit, j'y retrouve une plume relativement familière que j'ai beaucoup aimé suivre il y a presque vingt ans. A la différence près qu'on tente ici de mettre en place une situation de départ. Départ pour quoi? Ma foi, on verra bien. La thématique de la patiente à moitié folle, dévorée par la haine du monde et des autres, qui se confronte au père puis à une figure symbolique à travers le psy n'a rien de nouveau mais le monologue de fin laisse supposer de belles phrases à venir. J'ai été particulièrement touché par les références à cette langue qu'on lui aurait volé. De fait, je suis enthousiaste sur les suites possibles d'un tel texte.

L'intro avec le père et l'infirmier me semble toutefois inutile et très en dessous du reste. Cette chute, là, "elle chante", on dirait du Disney, c'est curieux, non ? Evidemment, ce ne sont ici que fragments, mais il me semble que ça ne colle pas tout à fait.
Mill

Pute : 7
    le 03/02/2025 à 23:26:40
Mais à quel moment t'as eu l'impression qu'on essayait de te faire rire ?

Et pourquoi un retour flamboyant ?

Ah mais euh, laisse-lui le temps d'arriver, m'enfin !
Mill

Pute : 7
    le 04/02/2025 à 12:28:22
COMMENT ??? GLO EST LE VINCENT BOLLORE DE LA ZONE ???

Ptain on me dit rien, à moi.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 04/02/2025 à 13:53:31
On m'a forcé. Le démon du marketing m'a manipulé le clic.

Mill, t'es toujours aussi surlittéraire, plus que moi je crois, et ça me réjouit. Tu as vu un truc qui m'embête, depuis des années, dans ce texte. J'ai capté depuis des plombes que ce que je voulais faire, c'était faire entendre deux voix qui se percutent et s'interdisent l'une l'autre, la voix lyrique de [222], passionnelle, immodérée, fortissimo, et la voix prosaïque du reste du monde autour d'elle. Je voudrais montrer ce que tu dis déjà un peu, à savoir qu'en revenant de l'anorexie, tu te retrouves pauvre et quasi muet, l'exaltation a disparu, tu peux formuler, mais plus chanter.
Et dès lors c'est chiant : y aura toujours une part du texte lyrique qui prend le lecteur ou l'auditeur par où il convient d'être pris, et des pans entiers du texte qui seront, ben, chiants en regard. Par définition, en conséquence même du projet.
Et je trouve pour l'instant pas de structure viable pour mettre tout ça dedans. Mais ça viendra.

En attendant, ouais, y a des bouts chiants, des bouts lyriques réussis (dans les Litanies), des bouts lyriques fragmentaires ou amputés (ici, parce qu'on est après la "guérison").

Par contre, Disney, je vais être obligé de te le tatouer à l'intérieur du prépuce, puis de te le retourner sur la tête.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 04/02/2025 à 13:54:37
{user-25}, merci pour la tentative de lattage des couilles, je demande effectivement que ça.

Par exemple, supposer que le texte ait une fonction comique m'a instantanément donné envie de brûler tout ton quartier.
Mill

Pute : 7
    le 04/02/2025 à 17:41:28
Bon, j'avoue, Disney, c'est un coup bas.

Mais comme j'ai plus de prépuce hein...
Mill

Pute : 7
    le 04/02/2025 à 17:52:12
Sinon, par rapport à cette histoire de structure du texte, je me demandais si tu arrivais à visualiser le texte. Si tu envisages une pièce de théâtre, tu ne manipules pas que des mots sur du papier mais des gestuelles, des situations, de la 3D, du décor, etc. Peut-être que la piste proposée par LC (en gros revenir aux fondamentaux du persona de 222) offre un sentier intéressant (à défricher hein mais quand même).

La question c'est aussi l'angle de ton texte final. Ton héroïne a-t-elle forcément raison ? Oui, pour elle, tout est terne, fade, chiant, mais ton intention est-elle de convaincre le lecteur-spectateur qu'elle a entièrement raison ? Si oui, une idée serait d'aller chercher un personnage normatif dont on s'aperçoit qu'il est dysfonctionnel. Je pense au père mais ce pourrait être le psy, la mère, un ex amoureux, voire une constante de personnages toxiques dans son entourage.
Youki

Pute : 2
    le 05/02/2025 à 12:36:16
"ah ! Glaüx est un turfiste ! un fucking turfiste, un turfiste fucking."

Glaüx aime les chevaux ? Mais alors, c'est bien vrai qu'on va s'entendre ! On va aller se boire une chopine avec Voltaire.
Clacker

Pute : 5
{user-25}, amore    le 05/02/2025 à 18:13:45
Avec ses commentaires, {user-25} a complètement volé la vedette au texte. Peut-être même à tous les textes de [222]. Peut-être même à tous les textes existants, même si, apparemment, il ne faut pas les comparer entre eux, et surtout pas en regard de l'auteur qui les a rédigés.

Une affirmation que je trouve stupide, au demeurant. Surtout pour la partie "ne pas les comparer entre eux". La littérature, comme toute expression artistique, est un continuum. On ne peut juger, analyser et critiquer un texte que par rapport à d'autres textes préexistants, et le nier serait de la mauvaise foi, ou un réel discours de prof de littérature défoncé au crack (ce qui est peut-être le cas de Glaüx/[222], qui sait, mais tout ça ne nous regarde pas, je prenais juste un exemple parce que j'abhorre les profs de lettres plus encore que les AUBERGINES CRUES).
Non seulement on ne peut pas cognitivement faire autrement, c'est biologiquement impossible à moins d'être une espèce d'Être de Lumière se nourrissant exclusivement de prana et évoluant dans des dimensions qui nous échappent - ou bien on pourrait donner ce texte à lire à une biche de mer. Mais elle aurait du mal à venir le commenter sur la Zone, je le crains - mais en plus, putain j'ai perdu le fil de ma phrase, je suis en train de faire du Proust, mais en plus, disais-je sans transition, force est de constater que ça se BRANLE LE NOEUD PIRE QU'UN TRISOMIQUE EN SEVRAGE D'ANXIOLYTIQUES TOUT CE BORDEL.

Le texte se branle, l'Auteur se branle, Borges se branle, l'univers entier de la littérature et au-delà est rempli de branleurs de chèvres.

Tout ça pour dire que {user-25} est mon comique préféré de tous les temps.
Mill

Pute : 7
    le 05/02/2025 à 18:23:17
"Le texte se branle, l'Auteur se branle, Borges se branle, l'univers entier de la littérature et au-delà est rempli de branleurs de chèvres."

Ca fait beaucoup de branlette dans une seule phrase. je ne trouve pas que Borges se branle, en l'occurrence. Quant à ce texte, ma foi, il est imparfait. Mais en quoi se branle-t-il ?

Pour ce qui est de l'univers entier de la littérature, je dis pas, mais pourquoi des chèvres ? D'abord des gnous, ensuite des chèvres, je n'ai rien contre les zoophiles mais si tu viens boire un café, je mettrai mes chats à l'abri.
Clacker

Pute : 5
    le 05/02/2025 à 18:42:40
Glaüx et Lunatik aiment les chevaux et on ne les traitent pas de tous les noms.

Arf, le texte. Oui, j'ai oublié de parler du texte. Alors, puisqu'il faudrait le ressentir plutôt que tenter de le comprendre ou l'analyser (je ne ferai aucune comparaison, promis, calmons-nous tout de suite), je dirais que ça m'a fait me sentir comme le vile être pubère que je fus, plus occupé à se faire reluire le nombril et à se chercher des poux dans le cerveau qu'à bosser son bac.

Donc, c'est probablement réussi.

Bon, et puis, je suis d'une terrible mauvaise foi : je n'ai jamais lu Borges.
Mill

Pute : 7
    le 05/02/2025 à 19:08:21
Glo, je ne connais pas son rapport aux chevaux : il aime les vélos. C'est encore plus grave. Mais je lui pardonne parce que mon fils aîné travaille actuellement sur l'histoire des réparations de vélo (je n'invente rien) et que je ne vais pas verser dans le deux poids deux mesures.

Après, par rapport au texte, j'ai fait un truc que je fais rarement quand je découvre un texte sur la Zone, je l'ai lu à voix haute. Eh bien, il a du rythme et ça le rend assez gouleyant. Pour le reste, je ne discute pas un ressenti (ou une absence totale de ressenti, ma foi). Mais un texte qui se lit avec rythme mérite toute mon attention.
Édition par le commentateur : 2025-02-05 19:08:52
Clacker

Pute : 5
    le 05/02/2025 à 19:42:01
Je précise, parce que je me rends compte que je n'ai pas été clair, ou plutôt que j'ai médit, mais ce n'est pas tant le texte qui se branle à mes yeux que toute la théorie censée soutenir le projet, en tout cas de ce que j'en ai compris en lisant les commentaires des textes cités en préambule, et ceux d'Asylum 1.

Mais voilà, je n'ai pas lu Borges, et je ne connais rien de la critique tlönienne, ceci explique sans doute cela.
Mill

Pute : 7
    le 05/02/2025 à 19:53:53
Je crois qu'il y a une incompréhension quant au projet. Au départ, Glo poste sous le nom de 222 des textes censément écrits par une jeune fille anorexique complètement ravagée de la tête. Personne à l'époque ne sait que Glo et 222 ne sont qu'une seule et même personne - à part nihil et peut-être d'autres admins. Glo, en tant que commentateur secret de ses propres textes, s'énerve parce que les commentaires ne sont QUE comparatifs du type : ouais pas mal mais c'est ce qu'on attend de 222, ou c'est du 222 tout craché mais en moins bien, ce genre de trucs. Il ne cesse de répéter : oui d'accord mais le texte ? D'autres commentateurs (je ne sais plus lesquels) lui disent ben dis donc mon loulou, on voit très bien l'auteur derrière les textes, c'est normal etc. Ca l'agace tellement qu'il dévoile son identité et le monde découvre la vérité vraie : 222 n'existe pas. Elle n'est qu'une création littéraire de Glo. Quant à la critique tlönienne, elle n'est au fond qu'une boutade piochée chez Borges, reprise par l'un des commentateurs, et par Glo, plus récemment par LC. Honnêtement, je n'ai pas en tête la nouvelle de Borges qui invente le concept mais c'est plutôt une blague littéraire avec un fond métaphysique qu'une théorisation sérieuse de ce que devrait être la critique. Chouette nouvelle par ailleurs, même si je préfère d'autres nouvelles dans le même recueil.

Ce que j'aimais dans les textes de 222, c'était cette rage sourde, le mal-être suintant. Je ne retrouve pas, dans ce texte-ci, la même hargne dérangée mais je ne crois pas me tromper en lisant ce texte comme de la prose poétique. L'oralité sied à ce texte et c'est probablement la voie à suivre. Glo, il te faut un gueuloir.

Cependant, il ne suffira pas de rythme et de mélodie pour que ce machin se transforme en pièce à part entière.
Mill

Pute : 7
    le 05/02/2025 à 21:13:31
Petite précision, c'est moi qui ai ajouté les liens en liminaire et non Glo.
Youki

Pute : 2
    le 05/02/2025 à 21:22:37
Pas ma came, trop drama pour moi, et puis {user-25} m’a tuer, avec ses mots à lui de {user-25} perdus dans la logique trop rigide et trop vaste de la théorie de la littérature.

Mais le texte, donc (à noter : je n’ai pas lu les autres textes, hormis Asylum 1 - Cellule 218 que j’ai trouvé surjoué)

L’intro pas ouf, mais pas dispensable pour autant. Juste tiédasse, un peu convenue, faudrait rajouter du sucre ou du sel ou du tramadol. Le tramadol, ça va avec tout.
Le mini paragraphe Disney, par contre, il me plaît bien. Un petit côté Anouilh. Et puis c’est intrigant, on veut savoir ce que l’infirmer entend et que le père ignore.

Ça par contre, j’ai entendu les sanglots des violons longs en arrière plan, et ça m’a fait crisser les oreilles :
"Guérie ? Moi ?
Non. Je ne parle pas. Je ne parle plus. On n'est pas guérie quand on a été détruite."
Je pense que tu peux faire mieux, Glaüx, moins tout venant, plus viscéral.

J’aime assez la musicalité de tout ce paragraphe : « J'avais des mots moi mais - des mots qui font langue (…) J'avais un centre et un sens, et c'était ma langue.. » et plus globalement la réflexion sur les mots, sur la langue, sur ce que ça dit de nous, intimement, et comment un bon remodelage linguistique peut raboter toute personnalité jusqu’à n’en laisser que des copeaux.
Clacker

Pute : 5
    le 05/02/2025 à 21:26:49
J'ai tenté de lire le texte à voix haute, j'ai failli avaler ma langue.

Toutes ces prépositions relatives, dans tous les sens, j'imagine que ça doit se ressentir comme un boeuf de djembés sur une scène ouverte d'Inzinzac-Lochrist, à l'occasion du trentenaire de l'amicale des manchots du Morbihan.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 05/02/2025 à 21:31:14
"la réflexion sur les mots, sur la langue, sur ce que ça dit de nous, intimement, et comment un bon remodelage linguistique peut raboter toute personnalité jusqu’à n’en laisser que des copeaux"

Keur.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 05/02/2025 à 21:33:16
Ben du coup je suis content, Clacker, parce que là, le personnage en est à ne plus savoir chanter. La langue d'où elle part, c'est celle de la seconde litanie, et un peu de la première. Mais c'était à vue de nez dix ans avant, au moins.
LePouilleux

Pute : 72
    le 05/02/2025 à 23:26:18
Tiens, {user-25} vient d'inventer un nouveau genre littéraire. Le métacommentaire de texte.

Sinon, si j'ai bien compris toute l'histoire, Glaux est une émo goth anorexique qui fait du vélo et qui aime les chevaux ?
Dourak Smerdiakov

Pute : -100
ma non troppo
    le 05/02/2025 à 23:37:35
Glaüx est aussi quelqu'un qui aime qu'on commente le texte et pas l'auteur (fuis, pauvre fou !).
Clacker

Pute : 5
    le 07/02/2025 à 15:18:09
Boarf, j'ai bien tenté de l'asticoter tant et plus, mais la chouette nous est revenue en putain de maître zen.
Dourak Smerdiakov

Pute : -100
ma non troppo
    le 07/02/2025 à 15:32:17
Les vieux moteurs, ça doit chauffer plus longtemps. Et je crois me souvenir qu'en phase défensive, je veux dire en commentaires de ses propres textes, Glaüx joue son jeu et encaisse poliment tant qu'on critique honnêtement son texte et pas l'auteur, logique. Quant à moi, je me mets à parler comme un commentateur sportif, c'est terrifiant.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 07/02/2025 à 18:26:58
TOUUUT A FAIT, DOURAK §
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 07/02/2025 à 18:39:40
La chouette est surtout extrêmement usée aux entournures et à l'intérieur des entournures, et peut-être que la sagesse est là. Les bonzes sont simplement super crevés.

J'ai tardé à réagir à tes commentaires, Clacker, parce que :

- t'as dit plein de merde relativement superficielle et mononeuronale sur la réception des textes et les théories qui s'y rapportent, mais comme c'était lié à des attaques manifestement outrancières contre les profs de lettres et les borgésiens dont tu disais toi-même que tu l'avais pas lu, j'ai pas pris ça autrement que comme une pièce qu'on glisserait dans ma fente pour que je réagisse, et j'ai donc ressenti un besoin d'y répondre assez proche de l'altitude moyenne de la Hollande, où sur tous ces sujets, je te propose d'aller plutôt planter des carottes ou ta bite ; merci pour la pièce et le petit moment de plaisir, mais je passe mon tour pour l'instant, doit y avoir un truc cassé ou coincé dans ma machine à grosses colères, depuis 2007 ça s'est grippé ;

- t'as dit un truc qui me paraît à la fois vrai et faux, "le texte se branle", mais pour répondre à ça il me faut du temps, parce que je vais devoir parler de mode d'inspiration - oui, l'inspiration, ça s'attend, mais ensuite et surtout, ça s'accompagne, ça se conduit, ça s'aide, et si tu veux bitocentrer, ça se branle, d'accord, disons-le comme ça - et de mécanique du style et là j'ai la flemme ; mais on sera partiellement d'accord, quoique pas comme tu sembles l'entendre ;

- je viens tout juste de revenir et avant de commenter frénétiquement comme une grosse pute en bois sous le texte que j'ai moi-même pondu (avec ma pote sous-alimentée), je trouvais malin et cordial et poli d'aller aussi commenter plein d'autres textes parus récemment ou non, ce que j'ai commencé à faire, mais les tiens, pas eu le temps ni le courage encore, 2TANT DONN2 QU4ILS SONT UN TANTINET MASSIFS? HEIN? NE NOUS VOILONS PAS LA FACE, mais y a de la Bretagne dedans et rien de mauvais ne peut venir de Bretagne, comme chacun sait, mis à part les porcs et la foi sur le climat local, bien sûr.
Clacker

Pute : 5
    le 07/02/2025 à 20:20:11
Bien d'accord pour toute la partie juke box, provoc bête et méchante dans le seul but de t'entendre frapper tes cymbales.

Pourtant, je suis sérieux quand je dis qu'on ne peut pas appréhender un texte comme si c'était le tout premier qu'on lisait de sa vie. Fatalement, consciemment ou non, on ne part pas d'une appréhension vierge de toute lecture. Tout comme la façon de lire et d'appréhender la lecture évolue quand on se met à écrire (et je veux dire par là, à réellement penser l'écriture (de fiction, en particulier)).
Je ne crois pas en une espèce de transcendance, de pure immédiateté des émotions à la découverte d'un texte.
Mais je suis peut-être complètement à côté du sujet, et sans nul doute mononeuronal (et le neurone en question grésille comme un néon sous la flotte). Et je vais aller mettre ma bite dans un composteur rotatif.

"l'inspiration, ça s'attend"
Mouerf, non. Je ne sais plus qui disait qu'au lieu de parler d'inspiration, on ferait mieux de parler d'imprégnation.
On peut toujours attendre de se faire frapper par la foudre, certes. Et des fois ça arrive, certes. Des fois on ne l'a même pas demandé, certes encore.
Ce qui inspire, c'est plus un environnement mental, dans lequel on se plonge plus ou moins volontairement, et qui fait naître des associations propices à la création, plutôt qu'une espèce de - encore une fois - transcendance venue du fond de l'éther.

Pourtant, je serai quand même très curieux de te lire sur la "mécanique du style".

De mon côté, il faut bien que j'avoue que je ne me suis pas fadé tous les textes de [222] avant de honteusement critiquer (à vide, qui plus est) celui-ci, étant donné que c'est assez MASSIF également. Donc je passe forcément à côté de la majeure partie du contexte.

Mais je reviens tantôt pour user un peu de mon neurone, et tenter de me montrer plus constructif. Expliquer au moins pourquoi ce genre de texte m'en touche une sans faire bouger l'autre.
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 07/02/2025 à 23:03:05
Je tomberai d'accord avec toi sur le fait qu'aucun lecteur ne peut se dispenser d'intertextualité et de comprendre une oeuvre en contexte, parce qu'il s'agit d'une évidence. Oui, on apprend à lire d'abord, en lisant des mots, puis des phrases, puis des textes, puis on lit d'autres textes, et quand on en lit un de plus, on le perçoit en comparaison, en opposition, en fonction de tous ceux qu'on a lu auparavant. Oui. Mais c'est tellement évident que ça n'a aucune importance, aucun besoin d'en parler, ni surtout d'en faire un mode de lecture super élaboré et intelligent.

Je ne crois pas non plus en quelque transcendance que ce soit, du côté de la littérature, j'ai arrêté d'écrire des trucs sur et vers le Verbe en seconde, je crois ; à l'époque j'en avais déjà vaguement honte, de cette idée de Verbe et de langage premier, malgré les hormones et les effets de la solitude et de l'ennui adolescent et l'orgueil qui va avec pour survivre, et j'ai très vite arrêté, merci la vie, merci le cortex frontal.

Là aussi, ça relève de l'évidence ; même chez Beckett dans l'Innommable, ça marche pas vraiment, la réduction du langage appris et la quête d'un langage vrai. C'est dire.

Mais bordel, quand tu entres dans un texte, si tu commences par te dire, "alors, voyons voir, à quoi ça ressemble, ça, mmmh, est-ce que c'est de la confiture de mûres ou de la confiture de ta mère", tu ne peux que rater le texte. On commence pas par là. On y passe, à un moment, mais on commence pas par là, si on veut exister, ressentir, profiter du fait qu'on n'est pas qu'une trieuse à matériaux linguistiques.

Quand tu vas à un concert, et que le bassiste balance un premier mi dans tes tripes sur douze temps de long, le premier truc qui se passe, c'est pas ton esprit critique qui se demande avec le petit doigt sur la lèvre inférieure "mmmmh où ai-je donc déjà ouï ceci, diantre, ne serait-ce point une citation de Sunn O))), ou plutôt du NON, ou bien papy quand le camion lui a roulé sur l'estomac". C'est tes tripes qui se mettent en résonance et qui te disent OPUTAINOPUTAIN, avant de transmettre aux rides de ton front et à tes tétons.

Pourquoi ce serait différent en littérature ? Simplement parce que les mots n'ont pas le pouvoir d'agression sensoriel des sons ? Simplement parce qu'y a pas de murs d'amplis ? Non : simplement parce que le lecteur, très souvent, le plus souvent, est une putain de feignasse de merde, et se refuse le meilleur de la littérature quand elle existe vraiment : elle dépote. Mais pour le percevoir, faut s'y ouvrir. Faut lire à voix haute. Faut écouter. Faut percevoir comme si on était vierge.

C'est une fiction, cette virginité, mais elle doit être première. Elle fait exister le texte.

Et après, il est bien temps de tranquillement remettre son petit noeud papillon et de chausser une docte voix et de dire "mmmh, il y a du machin là-dedans", et de s'extasier soi-même devant ses propres capacités au name-dropping.

En revanche je crois qu'il n'est jamais question de faire de l'intertextualité avec les autres textes de l'auteur, à moins qu'il y ait série ou projet cohérent liant plusieurs textes ; mais alors c'est entre ces textes qu'on fait de l'intertextualité, l'auteur, à la limite, on s'en fout.

Et en la matière j'ai la limite large.


Et sur l'inspiration je reviendrai, j'ai subitement piscine en capsule.
Clacker

Pute : 5
    le 08/02/2025 à 00:07:20
Grosso modo, on dit la même chose. A ce détail près que, par exemple, quelqu'un de particulièrement rompu à la poésie aura tendance à ressentir plus d'émotions à en lire qu'un novice parfait. En règle générale, je veux dire. Bien sûr qu'on peut se retrouver sur le cul à lire un poème au pif alors qu'en temps normal on s'en bat méchamment les reins de toute cette rimaille à la con, mais ça arrive bien moins souvent que si on a déjà l'habitude d'en lire. C'est bien que, quelque part, l'intertextualité et l'expérience jouent dans l'appréhension d'un texte, en terme d'émotion, et sans parler d'analyse ou de dissection ou d'enculage de mouches.

Après, tout à fait d'accord sur ton exemple avec la musique. Là, on est sur de l'émotion brute. Mais je pense, et je suis même certain, qu'on ne vibre pas avec un texte comme on vibre sur de la musique. Ce n'est pas le même mécanisme.

"Non : simplement parce que le lecteur, très souvent, le plus souvent, est une putain de feignasse de merde, et se refuse le meilleur de la littérature quand elle existe vraiment : elle dépote."

Le meilleur de la littérature, dis-tu. Bon, ben je n'ai qu'à te croire sur parole. C'est un vaste débat, ça. Dans lequel je n'ai pas franchement envie d'entrer, d'ailleurs.

Tu m'as perdu, avec ta virginité fictive. Mais je te l'accorde : je suis un béotien. Quand un livre ne m'accroche pas, mais alors vraiment pas, et quand bien même il est écrit par Balzac, Volodine ou ma tante Clothilde, quand bien même tout le monde me dit que c'est la plus raffinée des littératures, j'ai beau le lire à voix haute, le scander sur un tambour shamanique ou en faire des boulettes de papier mâché, je ne vibre pas.

Faut-il essayer jusqu'à se persuader d'apprécier ? Dans ce cas-là, quelle était l'émotion première, brute ? Et qu'est-elle devenue ?
Jano

Pute : -7
    le 21/02/2025 à 18:01:33
Des mots qui font langue c'est un peu trop vieux prof de lettres à mon goût mais elle est peut-être victime d'un trouble dissociatif, qui sait. Sinon j'aime bien le dialogue avec l'infirmier. Il y a de quoi faire avec l'infirmier (j'ai pas lu tous les textes)
Clacker

Pute : 5
    le 23/02/2025 à 18:49:56
J'avais dit que je reviendrais commenter, donc me revoilà, et je veux tes vêtements, tes bottes et ton vélo.

En plus, je suspecte tout pareil que Lapin, donc la chouette cycliste ne peut même pas défendre son texte dans l'immédiat, c'est impeccable.

A noter : je n'ai toujours pas lu tous les textes de [222], mon laïus ne concernera donc que celui-ci, pris indépendamment des autres, mais c'est de toute façon ce que souhaite l'auteur, enfin il me semble, enfin on s'en branle, allons-y.

Dans le petit dialogue entre le père et l'infirmier, on constate que l'utilisation de la virgule est fantaisiste (seulement pour les paroles du père), et je ne comprends pas ce que c'est censé signifier. Le récit dans son ensemble traite de la langue, de l'utilisation qu'on en fait, de sa construction et déconstruction, de son formatage, donc il y a forcément une intention derrière ces répétitions et ces virgules impromptues, mais j'avoue que ça m'échappe. Est-ce que le type se plaint que sa gamine parle, alors que lui-même baragouine n'importe quoi n'importe comment ? On veut nous souligner la rupture de communication entre eux ?
Bon, admettons. Mais voilà justement ce qui me gêne : les sujets à surinterprétation. Parce que, dans ce cas précis, il n'y a rien d'autre, et ça ne raconte rien, ça ne fait qu'illustrer un concept. Oui, je parle de branlette et de triturage de nombril, parce qu'on est, à mon humble avis, en plein dedans.

Le texte s'inscrit dans une espèce de tradition zonarde qui ne dit pas son nom, et que je me permets de baptiser en ce jour "la confession-constipation".
- Qu'est-ce donc, fils de pute ? me demanderez-vous.
- Eh bien, c'est un texte le plus souvent composé d'un seul monologue introspectif traitant généralement d'un mal être, d'un mal de ventre, d'un vague à l'âme, d'un sentiment de marginalité. Le personnage narrateur se plaint d'être incompris, maudit, différent et rejeté en raison de sa différence.
- Quel est le problème, raclure de bidet ?
- Aucun problème. Chacun est libre d'écrire ce que bon lui semble, et chacun est libre de lire et d'apprécier ce genre de récits.

Je ne peux parler qu'en mon nom, donc.

J'arrive au bout de ce texte, et j'ai l'impression de n'avoir rien lu. Je n'en retiens rien, sinon un vague ennui, et l'attente d'un début de quelque chose, d'une esquisse de personnage, d'une situation et d'un enjeu qui ne viennent jamais.
J'ai seulement le sentiment d'avoir ouvert au pif le journal intime d'une adolescente (par définition mal dans sa peau).

Pourtant, le sujet est grave, violent et propice à taper fort sur le coin de la tempe. On cause de maladie mentale, d'addiction, de camisole du langage. Mais le personnage en souffrance n'est caractérisé que par cette voix intérieure plaintive, poético-torturée, totalement autocentrée et excluante.
Je suis peut-être un vilain sociopathe, qui sait, en tout cas je ne rentre pas une seule seconde en empathie avec la narratrice.
La forme ne réussit pas à sublimer le fond.

Après, rien à redire sur l'écriture en elle-même, sinon que la poésie en prose a souvent tendance à me gonfler. Ici, heureusement, c'est assez musical, ça se lit bien, sans trébucher (à part avec ce père bègue), c'est même assez entraînant.
Ouais, ça sonne pas mal, mais ça ne me raconte rien.
HaiKulysse

Pute : 4
    le 02/01/2026 à 20:51:09
J'AI MEME PAS LU CAR JE SAIS D'AVANCE QUE C'EST DE LA MERDE. PAS BESOIN DE BOUFFER DE LA MERDE POUR SAVOIR QUEL GOÛT ELLE A.
Si vous vous croyez malins à faire les trous du cul sous mon texte, je ne peux vous dire qu'une seule chose : ALLEZ VOUS FAIRE ENCULER À SEC, vous n'avez aucune idée du travail que ça demande d'écrire un bon texte...
Glaüx-le-Chouette

Pute : 100
à cloaque
    le 02/01/2026 à 21:47:01
Bonjour madame.

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