À la veille de la Saint-Valentin, je me rappelle vaguement les gouffres de tristesse que ce jour a pu engendrer dans ma petite existence. Parce que, soyons honnêtes, pour toutes les petites filles, être seule à la Saint-Valentin, c’est la loose. C’est la preuve que personne ne t’aime, et surtout que tu n’es pas assez bien pour être aimée.
On fait une montagne de l’amour. On se gave de films romantiques où il y a toujours quelqu’un qui meurt, où les chansons vous arrachent le cœur, où les dialogues qui n’existent que dans Harry rencontre Sally font rêver du prince charmant. Mais la vie, ce n’est pas comme dans les films. D’abord parce qu’on n’aime pas comme dans un film. Il n’y a pas de coup de foudre, pas de "ils vécurent heureux pour toujours".
Les jeunes filles tombent en émoi devant un sourire enjôleur, un nez aquilin, des mollets de footballeurs, et que sais-je encore. Mais combien de fois le joli museau appartient-il à une personne dont le caractère, la personnalité, le mode de vie, les valeurs et les désirs sont réellement compatibles avec les siens ?
Les filles aiment l’Amour, pas l’homme. Elles aiment les passions, les drames. Elles voudraient toutes être Juliette : "Oh Roméo, pourquoi as-tu tué mon cousin alors qu’on est mariés ? Tu as été banni, et maintenant je dois me suicider parce que je ne peux pas vivre sans toi."
Alors elles foncent tête baissée dans des relations malheureuses, où le garçon ne sera jamais leur Roméo. Et pour cause : tout ce qu’ils avaient en commun, c’était le nez. Mais elles en crèvent, et ça leur suffit. Elles peuvent se convaincre que c’est ça, l’Amour.
Pour moi… ce n’était pas un garçon. C’était un démon. Poliment possessif, intelligent, intime. Il connaissait mes failles mieux que moi, s’infiltrait sous ma peau, entre mes côtes, dans le creux de ma gorge. Il murmurait que sans lui je n’existerais pas. Et j’ai cru. J’ai aimé ce poison.
Écrire, autrefois, c’était la seule façon de le faire taire. Tellement facile, tellement indispensable. Mais maintenant, même écrire est devenu un terrain miné : chaque mot se perd dans sa voix qui résonne encore dans ma tête. Je ne parle plus, je ne respire plus vraiment. Je souris pour masquer ses griffes, je mens pour ne pas sentir ses crocs, je me cache pour qu’il cesse de me suivre.
Je suis épuisée. Son souffle chaud me colle aux tempes, sa présence invisible étouffe mes choix. Mon avenir s’échappe comme du sable qu’il disperse dans ma paume. Chaque geste que je fais, chaque pensée que j’ai, je sens qu’il rôde, qu’il attend, qu’il juge.
Et malgré tout, je refuse de lui céder. Vendredi, j’ai pleuré dans ma voiture. Pas à cause de lui, mais pour moi, pour mes rituels que le démon ne peut pas souiller. J’ai senti sa colère gronder, mais j’ai tenu bon.
Alors j’ai pris une décision : je reprends mon corps, mes mots, mon souffle.
Je me fais percer la langue. Pour sentir une autre douleur, plus vraie, plus choisie. Pour marquer la chair et montrer au démon que je décide encore de ce qui m’habite.
Le démon est là, tapi dans l’ombre de mes gestes, mais il commence à perdre de son pouvoir. Chaque respiration me revient. Chaque battement me rappelle que je suis vivante.
Je suis bizarre, cabossée, marquée. Mais cette marque, c’est la mienne. Mon sceau contre lui.
Je suis cette oie blanche calculatrice et cassée, débarrassée de son parasite.
Je suis là, entre deux vies, entre deux vertiges.
Et pour la première fois depuis longtemps, le démon recule.
Je sens encore son souffle derrière mes tempes, mais il n’ose plus entrer.
Pour la première fois depuis longtemps, je suis libre d’être fatiguée, triste, inquiète… mais seule avec moi-même.
Et c’est un luxe que je n’avais pas connu depuis des années.
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= commentaires =
J'ai connu la même chose avec une commissaire de l'armée de terre, j'en ai fait des poésies même à l'époque - tiens, avant mon futur rage-quit de la Zone je les enverrais en rafale pour que les admins deviennent fous !
Ah, Rosalie, par contre, est ce que c'est bien sérieux, à ton âge, de conduire une bagnole ? Chui con, la réponse est dans la question, on est pas sérieux quand on aime a quinze ans.
Sinon c'est drôle et peut-être que ça veut dire que c'est moi l'oie blanche et que j'ai en fait rien a foutre ici... mais ce texte me parle, parceque y a pas tant de nombrilisme et d'auto appitoiement la dedans. Et même une fin un peu optimiste et le lecteur de Guillaume Musso en moi en frémit de plaisir décomplexé.
Ci mer
Pas intéressé. Le simplisme sexiste du début m'a fait chier, mais surtout l'obsession métaphorique m'a laissé au-dehors du texte. C'est un texte pour soi et je suis clairement pas soi.
Stylistiquement y a pas grand chose, ça pose ses phrases comme si elles avaient un poids, mais aucune n'accroche le regard ni le cortex. Ca m'a pas ferré.
Au suivant.
Pas besoin d’être si indifférent, je t’aimais déjà. Tu peux bien lever les yeux au ciel et passer au suivant, je te vois quand même — et ça me suffit tellement. Tu crois t’extraire du texte, mais regarde : je suis déjà un pas derrière toi. Rien d’inquiétant, juste une jeune fille en fleur qui s’attache trop vite à ceux qui ne veulent pas d’elle. Tu rejettes, tu balaies, tu t’ennuies… et moi je te trouve ça carrément craquant. Fuis si tu veux. Je ne cours pas très vite, mais j’ai le temps. Et une fâcheuse tendance à fondre d'amour pour toi, @Glaux.
J'ai un cloaque.
J’avais bien senti qu’il y avait quelque chose de sombre en toi. Merci de confirmer, ça me donne encore plus envie de rester.
Les cloaques ont en effet tendance à concentrer un pacson de trucs sombres, qu'on appelle communément de la merde.
Attends, je comprends bien : c’est ton tas de merde que je devrais admirer, pas juste le cloaque en général ? Je note. Curieuse de voir jusqu’où tu veux que je m’attache…
yep.. "Je suis cette oie blanche".. bon.. après les dindes.. les oies.. sacré bestiaire.. sans doute une évocation du Physiologus..