Kalach tend une feuille de papier à Ridge.
— C’est quoi cette merde ?
— Le rapport de Ferenc sur les finances publiques.
— Et pourquoi ça pue la pisse ?
Kalach se gratte la tête et Ridge se dit qu’il va devoir embaucher un désinsectiseur. Tant pis pour les économies : la propreté, d’abord, la propreté, toujours.
— Euh. Y’avait ce type. Il voulait te voir. L’ambassadeur d’Ouganda. Ou je sais plus quel fan. Tu m’as dit de filtrer, j’ai filtré. Mais il me racontait sa chasse à la lionne, Ridge, passionnant, et voilà. J’ai dû rester assis, pouvais pas partir…
Ridge parcourt le document. Ferenc et les autres, on peut compter sur eux pour tenir leurs gars et respecter les consignes. Dans son gouvernement, y a pas de francs-tireurs. Celui qui se sent grossir les balloches, il a intérêt à avoir souscrit une bonne assurance vie. Ferenc, c’est autre chose. Kalach, c’est le meilleur pote. Les taux d’intérêts de la Banque centrale sont faibles, incitant à l’emprunt malgré la note désastreuse de la France. Mais Ferenc veille au grain. Cependant la dette publique est abyssale, et le dernier budget De Villiers, en déficit record, a valu à la France une pénalité rétroactive. Là- bas, à la Santé, à 18 ans, même quand tu reviens de l’enfer, si t’as pas d’ami… Ces enculés te tendent une main, mais de l’autre ils te foutent un doigt dans le cul. Ferenc, ça fait vingt piges ans qu’il moisit là-dedans, vingt ans à faire des pompes et des tractions et à écrire sa thèse sur l’échec des théories économiques et sociétales staliniennes. Il ne faut pas emprunter, Ridge, écrit-il, il faut leur dire d’aller se faire enculer, de nous lâcher les couilles. Dans les douches, le premier jour, un golgoth recouvert de croix gammées s’était approché du jeune Ridge, une gaule d’enfer, prêt à le déchirer de l’anus jusqu’au plexus. Faut renationaliser, Ridge, ça, son disque n’a pas changé, et ils sont d’accord là-dessus : un Etat fort, qui impulse et protège, une main de fer dans un gant de kevlar. Le golgoth, qui répondait au doux nom de Lulu Tutu, s’est écroulé dans la douche, le sang qui pissait de son entrejambe aspiré vers la bonde d’évacuation, et Ferenc, qui essuie son surin contre ses grosses fesses adipeuses et regarde le jeune Ridge, recroquevillé et tremblant, et qui lui sourit, et qui lui dit, gamin, celui-là il te fera plus jamais chier, crois-moi. Il faut ensuite déléguer aux entreprises, des contrats d’exploitation, négocier les meilleurs taux d’intérêt, devenir un putain d’Etat rentier. Ferenc n’a jamais dévié, il ne bouge pas ; il n’a jamais obtenu son doctorat, car contrairement à Kalach, il est incapable de se faire l’avocat du diable. C’est un chien qui ne lâche pas, jusqu’à la mort.
Ridge signe le document.
Kalach hoche la tête. Il n’est pas d’accord avec Ferenc, ni d’ailleurs avec Imane, mais il sait - Ridge le lui a appris - mettre son ego de côté lorsque c’est nécessaire.
— Et maintenant ?
— Ça doit passer sous forme de loi, Ridge. Tu vas avoir besoin du Parlement.
— Et ça pose un problème ?
Kalach hésite, minaude. Ridge attrape son coupe-papier et le fait tournoyer, puis l’attrape au vol et fait mine de le lancer sur son Secrétaire Général.
— Pas de ça avec moi, Mousse. Crache le morceau.
— Ça s’inquiète de la nationalisation du Dragon, Ridge. Ils disent que c’était pas prévu.
Le Dragon prend une grande inspiration. Il ajuste sa robe de chambre, se lève, et se dirige vers la fenêtre qui donne sur les jardins de l’Élysée, qui ressemblent à un champ de guerre avec les travaux qui ont commencé. L’Élysée, quel nom à la con.
— Tu sais ce qui était pas prévu, Mousse ?
Kalach grimace. Comme souvent dans ce genre de situation, ses entrailles menacent de le lâcher
— Non, Dragon…
— Que ces fils de chiennes fassent ce que je leur dis. On va donc passer à l’opération Hydre. Personne n’est indispensable, mon vieux. Personne. Mais ça, je le sais mieux que quiconque. Et je l’avais prévu.
LA ZONE -
/ Rubriques / Droguistan
Résumé : On touche ici à la faille principale de la gestion administrative de la Zone, où la répartition des tâches est si bancale que je me retrouve à chroniquer ce septième chapitre sans avoir lu les précédents, condamné à me faire spoiler la gueule par paresse de fouiller des archives que j'ai la flemme de consulter. Bon, je me lance quand même. On assiste à une collision frontale entre analyse macroéconomique de PMU avec des traumatismes de douches carcérales dignes du prochain bouquin de Sarkozy, le tout restitué dans un film d'action roumain où l'Élysée se retrouverait dans le 93 en tournante dans ta cave. Et à sa tête un gouvernement de repris de justesse. Si l'avenir ressemble un jour à Droguistan, le suicide collectif reste encore l'option la plus subtile.
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[ On touche ici à la faille principale de la gestion administrative de la Zone, où la répartition des tâches est si bancale que je me retrouve à chroniquer ce septième chapitre sans avoir lu les précédents, condamné à me faire spoiler la gueule par paresse de fouiller des archives que j'ai la flemme de consulter. Bon, je me lance quand même. On assiste à une collision frontale entre analyse macroéconomique de PMU avec des traumatismes de douches carcérales dignes du prochain bouquin de Sarkozy, le tout restitué dans un film d'action roumain où l'Élysée se retrouverait dans le 93 en tournante dans ta cave. Et à sa tête un gouvernement de repris de justesse. Si l'avenir ressemble un jour à Droguistan, le suicide collectif reste encore l'option la plus subtile. ]
= biblio =
07/03/2026
06/03/2026
03/03/2026
27/02/2026
26/02/2026
06/03/2026
03/03/2026
27/02/2026
24/02/2026
20/02/2026
DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 7/33France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
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= commentaires =
Je me demande si cette saga ne va pas s'essouffler avec le temps. Personnellement, j'en ai déjà raté plusieurs et j'avoue ne pas avoir eu le courage de remonter plus haut, même si le format court est plutôt appréciable.
Après si on doit faire du putaclic, y'a une scène de douche avec une gaule d'enfer à lire. J'dis ça comme ça.
J'avoue que ça avait pas trop été calibré pour la publication en "feuilleton". Même si les chapitres étaient un peu courts. Là aussi, sans spoiler, c'est les chapitres qu'on a écrit au début, un peu au feeling, pour ma part j'étais malade+confiné avec la belle doche+au cap d'agde, donc ça se ressent sur les thèmes et l'écriture. Mais aprés la phase d'exposition ça bouge (enfin dans mon souvenir)
J'ai apprécié un passage, celui de la douche, en effet, et c'est le premier qui m'ait un peu réveillé dans la série. Ce qui m'a plu, c'est la tension qui existe tout à coup ici entre le style indirect libre, constant depuis le début de la série et qui, moi, m'embête un peu parce que je ne le trouve pas très crédible (en termes de saleté, de cynisme et de dédain ; ça me semble beaucoup trop gentil, comme style), et une manière tout à coup de décrire une scène par touches visuelles, vues de l'extérieur. Ca, sur moi, ça marche, parce que je les vois, les détails visuels. Alors que j'ai pas très envie d'écouter la voix qui me raconte des trucs qu'elle a vus.
Dans l'ensemble pourtant je reste à distance : trop de circonvolutions techniques sur les ressorts politiques. J'ai l'impression qu'ils se posent beaucoup de questions, ces révolutionnaires-là. Faudrait pas qu'ils se mettent à voter Bayrou, tout à coup.
Ah ouais, et en lisant, je me suis pris à regretter que, à part la scène de la douche qui est très bien éclatée et insérée pour servir d'explication au rapport entre Porridge et Fenec, les textes semblent si peu chronologiques ; on est sans cesse en train de revenir en arrière et de se décaler dans le récit, entre divers lieux, personnages, moments clefs.
La faute au découpage en micro-épisodes, que je comprends dans le contexte d'une publication web. On peut probablement pas faire autrement sur le net, le temps de concentration humainement disponible étant ce qu'il est. Mais sur papier ça me ferait vraiment braire.
Nino, t'as une excuse pour pas avoir écrit le récit de ton séjour au cap d'Agde confiné avec ta belle-mère ?
Est-ce que tu as conscience du flux d'entrée qu'une métadonnée comme "confinement with mother-in-law nudist Cap d'Agde beach" pourrait nous offrir grâce aux moteurs de recherche ?
SOIS G2N2REUX
@Glaüx-le-Chouette, il n'y a pas eu de découpage en micro-episodes pour s'adapter au format Web. Nous avons écrit sans savoir sous quel format on donnerait le texte à lire sur la Zone. S'il y a sans cesse des entorses à la chronologie, c'est parce qu'on suit les pensées des personnages. Au fil des chapitres, le récit progresse, mais jamais de manière linéaire. Tu trouveras aussi des scènes dialoguées qui correspondront peut-être davantage à tes attentes.
Dans ce cas (et merci pour les précisions !), sur moi, ce type de narration fonctionne mal, s'agissant d'une dystopie politique. J'ai besoin de comprendre la situation pour y entrer, d'abord ; pas forcément avec des aplats lourdingues explicatifs, mais en tout cas avec un récit initial (et ensuite, il sera bien temps de voir le détail des rouages et les personnages et leur psyché). C'est subjectif, mais si un texte ne me donne d'emblée que des impressions de personnages, à moins que les personnages soient inédits et inimaginables dans le monde réel, je décroche.
@Glaüx : non, je préfère ne pas écrire ce séjour, pas pour le moment, le traumatisme est encore trop présent. Je n'avais jamais été aussi proche de commettre un meurtre, en vérité. Au moins un meurtre verbal. J'ai tenu mais dieu sait à quel prix.
Concernant la narration je crois comprendre ce que tu veux dire ; ce qui est drôle c'est que pour ma part ce serait l'inverse que j'attendrais, ce que j'aime c'est découvrir petit à petit, sans qu'on me présente trop les trucs. Je dis toujours (même si ça a rien à voir) que la meilleure bande annonce du cinéma pour moi c'est celle du 1er Alien, qui doit durer 5 secondes et de mémoire, avec juste un apperçu de la planète, avant le fameux slogan. Et, au passage, j'ai beaucoup critiqué ici (et aussi j'ai pas mal été critiqué là dessus, à juste titre) le fait d'être trop "didactique". D'ailleurs à la relecture je trouve que même là on a été trop explicatifs par moments ; mais c'est un équilibre délicat, en fait. Le texte "mon date avec n°7" par exemple, se permet des plages explicatives et ça passe crème, dans la narration, parceque c'est maitrisé. Peut être tout simplement qu'on progresse, d'ailleurs je pense qu'on a progressé en écrivant Droguistan. Sachant que la thèse de base restait quand même quelque chose d'à la fois trés banal, et totalement improbable : un trafiquant qui devient président. Aprés, je veux pas spoiler, on comprendra aussi pourquoi / comment, et d'ou / a quel prix
et j'ajoute juste (aprés tout on est aussi là pour partager une expérience d'écriture à deux !) que avant le 10 eme chapitre environ, on avait pas non plus... de plan.
Et là je sais pas pourquoi je revois le Doc dire à Marty :
La route ? Quelle route ?
... là où on va on n'a pas besoin de route.
Bah voilà le tout premier cliffhanger de votre texte qui fonctionne sur moi, tiens. Tous les autres m'ont gonflé, mais de savoir que vous écrivez comme on tire à vue et que le texte se construit de lui-même à mesure, ça me réjouit. C'est exactement comme ça que je conçois l'écriture moi aussi (en ajoutant une multitude de couches de relectures et réagencements ensuite, mais j'imagine bien que c'est dans vos projets pour de futures réincarnations de ce texte).
Hourra.
Franchement, cette prose nous gratifie d’une poésie anale d’une finesse absolue, où le trajet de l’anus au plexus ressemble davantage à une consigne de GPS pour routier en manque qu'à une véritable menace existentielle. L’auteur tente de nous effrayer avec son projet d’État rentier, oubliant que le véritable narco-État dystopique est déjà parmi nous sous la forme de l’industrie de l’homéopathie, qui vend du sucre au prix de la coke avec la bénédiction des autorités. On nous inflige ensuite des signatures de rapports et des simagrées parlementaires totalement datées, alors que n'importe quel Trump de pacotille a déjà prouvé qu’on peut piétiner les institutions sans complexe ; imaginer un mafieux s'encombrer du Parlement, c’est comme croire qu'un requin demanderait l'autorisation de mordre au garde-côte. Voir Ridge s’ajuster dans sa robe de chambre est d'ailleurs une déception esthétique majeure : après ses exploits passés, la seule façon crédible de diriger ce pays en ruine aurait été de le faire la bite à l’air, affirmant une dominance sauvage que le velours ne saurait égaler. Le prétendu rapport de force géopolitique avec l’Ouganda n’est qu’un décor de carton-pâte servant à masquer qu'on a fait un milliard de fois pire a l'epoque benie des colonies. Quant à cette Opération Hydre , elle pue le Tyler Durden de supérette, une mystique de chaos pour les nuls qui manque cruellement d'envergure. Pour nettoyer cette fange, une Opération Écuries d’Augias aurait eu au moins le mérite de la franchise historique, car il faut plus qu’un surin et un peignoir de soie pour curer la merde d'un pays qui pue déjà l'urine au premier chapitre.
Mais attend donc le twix final, deux barres de chocolat croustillant grignotées jusqu'aux phalanges, et tu comprendra mieux le pourquoi du comment, les véritables ambitions et la chronologie intime. Le drame étant que le chapitre suivant a peut être commencé a répondre (a contretemps) au souhait émis par Glaüx le Chouette, d'une exposition plus détaillée ... Mais ne satisfera pas le tiens ! (car ca explique la chute du Roisident plus que l'ascenscion du "petit dealer").
Ah, bordel, que c'est difficile d'écrire.