Résumé : Lui, c'est le copain idéal : il est là pour elle, il est son miroir complaisant, inconditionnel et désintéressé. Elle le traite d'abord avec égards. Puis, rassurée sur sa valeur, elle se sert de lui pour en conquérir un autre. Avant de le laisser tomber. Au sens propre. Sans crainte de vous spoiler, puisque c'est posé dès les premières lignes : le narrateur dans cette version renouvelée du triangle amoureux est un téléphone. Dans ce récit, il est question de notre dépendance au numérique, du fétichisme des objets, de la solitude ultra connectée, mais aussi de l'éternelle illusion amoureuse et de notre propre transformation en objets de consommation. Trop pour un même texte ? Avec le point de vue retenu, qui dépasse le simple artifice de narration, l'auteur réussit à tenir tous ces fils, et d'autres encore. Le style est soigné même si on peut déplorer la répétition à la longue indigeste des mêmes schémas de phrase. Quant à la chute, sa brutalité invite à reconsidérer ce que le récit pouvait avoir de mièvre. On découvre alors que chez les objets, c'est comme chez nous dans le rayon des sucreries : on croit baigner dans la douceur et on finit par avoir envie de gerber.
= commentaires =
Le début du texte m'a bien plu. J'ai eu l'impression de lire une resucée de Stendhal, une lecture ironique et distanciée de tout ce que le style romanesque et romantique a pu produire de plus kitsch (aux yeux d'aujourd'hui), et ça m'a fait rire, appliqué à un objet technique. J'ai cru à une parodie pas trop compliquée et efficace.
Mais ça se gâte ensuite.
D'abord, parce que le texte devient poussif à force de filer son procédé de personnification. Les incohérences se multiplient concernant le fonctionnement réel du téléphone : quand l'appareil affine et modifie des images avec ses logiciels intégrés, très bien, la personnification fonctionne ; mais quand il se met à prétendre choisir ses actions vis-à-vis de sa propriétaire, musique, images, alors il prétend faire ce qu'il ne fait pas réellement, mais que font des algorithmes sur des sites externes, dans des applications en ligne. La personnification s'effondre.
Et ensuite, surtout, parce que malgré ça elle continue, la personnification, envers et contre tout, pas après pas, impitoyablement ; et moi je me suis endormi, impitoyablement.
L'humour (la possibilité de l'humour en tout cas) avait disparu, tout était poussif et forcé.
Même le style devient plus plat et moins lyrique, au milieu du texte, j'ai l'impression.
Enfin parce que l'intrigue est vraiment prévisible ; est-ce qu'il y avait besoin d'une intrigue ?
Bref. L'idée de départ, j'aime beaucoup. La réécriture romantisante, j'aime beaucoup, et en plus la langue est léchée. Mais le développement du texte finit par le tuer.
Ah oui, et m'a gonflé aussi l'intention morale ; j'avais pas besoin que le texte, tout à coup, devienne le véhicule de critiques sociologiques (parfaitement fondées et nécessaires en soi) sur les comportements genrés dans un contexte de séduction et de communication à distance. C'est encore un truc rapporté dans le texte, au bout du compte on sait plus ce qu'on lit, y a trop d'intentions.
La première suffisait.
D'ailleurs je vais effacer de ma mémoire tout le texte à part ses cinq premiers paragraphes.
Devoir de non-mémoire.
AH OUI ET LE TITRE EST BIEN je garde le titre aussi. Surlittéraire et polysémique à souhaits. Le genre de titre qui te fait te sentir intelligent et réveille le "huhuhu" qui est en toi.
En fait en relisant j'aime bien quand même, ma première lecture a été teintée par la déception au fil des paragraphes mais globalement ça se tient. J'ai eu une image mentale de ce que je voulais voir dans le texte mais en fait on s'en fout de ce que je voulais y voir.
En soi, il tient et il est bien foutu.
CMB.
Oooh j'ai compris après coup que c'était un TDM, et un bon.
Que c'est prétentieux, boursouflé. L'exemple parfait de l'auteur qui se regarde écrire (et qui me donne encore envie de chier). Ces phrases sentencieuses, ces jugements sans appel sur "comme font les femmes" et compagnie. Ça serait exaspérant si c'était pas un TDM.
Mais du coup justement, comme c'en est un (enfin j'essaie de m'en persuader) je salue quand même la capacité de l'auteur a changer de style d'un texte à l'autre. J'ai trop ralé sur ça pour ne pas le noter.
"On pardonne à ceux qui vous laissent tomber, pourvu qu’ils vous aient un jour tenus dans leur main"
Non, pas toujours.
"La fidélité, pensai-je, est un animal capricieux ; privez-le d’attention, il devient transparent, et se prend pour le décor."
Ce téléphone doit ête sympa en début de soirée, mais a la fin... Bordel, mais j'ai compris.
C'est en fait un téléphone multi-reconditionné.
Il a vécu mille existences/propriétaires, d'où sa sapience totale de l'univers. Merde, il paraît même qu'un propriétaire belge se l'est fourré dans le fion, et qu'une chanteuse lyrique canadienne a voulu l'épouser.
Tout prend sens, puisque de fait son tout premier possesseur était en effet Flaubert (ou peut être juste Eric Emmanuel Schmidt)
ce texte a en tous cas le records de commentaires postés à pas d'heure...
L'idée de base en faisant de l'objet un observateur de l'humain, mais aussi un espèce de miroir auquel on confie notre reflet, est vraiment bien exploitée. Et ça se lit avec plaisir parce qu'il y a un bon sens de la formule et de la métaphore. C'était cool comme texte. Dankeshone.